Quant à l’action d’al-Manṣūr, il dépêcha des troupes contre Muḥammad ibn ʿAbd Allāh ibn Ḥasan, sous la conduite de ʿĪsā ibn Mūsā, fortes de dix mille cavaliers choisis parmi les plus vaillants, parmi lesquels se trouvaient Muḥammad ibn Abī al-ʿAbbās, Jaʿfar ibn Ḥanẓala al-Bahrānī et Ḥumayd ibn Qaḥṭaba.
Al-Manṣūr l’avait consulté à ce sujet. Il lui avait dit : « Ô Commandeur des Croyants, convoquez qui vous voudrez parmi vos alliés en qui vous avez confiance, et envoyez-les à Wādī al-Qurā afin de les priver de la subsistance provenant du Šām (la Syrie), de sorte qu’il périsse, lui et ceux qui l’accompagnent, de faim. En effet, il se trouve dans une contrée dépourvue de richesses, d’hommes, de montures et d’armes. »
Avant le départ, al-Manṣūr s’adressa à ʿĪsā ibn Mūsā en ces termes : « Ô ʿĪsā, je t’envoie là où se trouve ce qui m’est le plus cher. Si tu vaincs cet homme, épargne ton épée et proclame l’amnistie auprès du peuple. Et s’il venait à se cacher, contrains-les à te le livrer, car ils sont plus au fait de ses refuges. » Il lui remit alors des lettres adressées aux notables des Quraysh et aux Anṣār de Médine, que ʿĪsā devait leur remettre en secret pour les inviter à revenir à l’obéissance. Mais lorsque ʿĪsā ibn Mūsā approcha de Médine, il envoya l’un de ses hommes avec ces lettres, lequel fut intercepté par les gardes de Muḥammad ibn ʿAbd Allāh ibn Ḥasan. Ils découvrirent les lettres en sa possession et les transmirent à Muḥammad.
Celui-ci convoqua alors plusieurs de ceux à qui ces lettres étaient adressées. Il les fit durement châtier, les frappa violemment, les entrava de lourdes chaînes et les jeta en prison. Il consulta ensuite ses compagnons : fallait-il rester à Médine jusqu’à l’arrivée de ʿĪsā ibn Mūsā, qui ne manquerait pas de les y assiéger, ou bien sortir avec ses hommes pour affronter les troupes venues d’Irak ? Les avis divergeaient, puis ils décidèrent finalement de demeurer à Médine, car le Messager de Dieu (ﷺ) avait regretté d’en être parti le jour d’Uḥud. Ils décidèrent également de creuser un fossé autour de la ville, à l’exemple de ce que le Messager de Dieu (ﷺ) avait fait le jour des Coalisés. Muḥammad accepta tout cela et participa lui-même aux travaux de creusement du fossé, suivant l’exemple du Prophète (ﷺ). Il apparut alors une brique du fossé originel creusé par le Messager de Dieu (ﷺ), ce qui les emplit de joie ; ils proclamèrent « Allāhu akbar » et annoncèrent à Muḥammad la bonne nouvelle de la victoire. Ce dernier était présent, vêtu d’un qabāʾ blanc et ceint d’une ceinture ; il était de haute stature, de teint brun, large d’épaules et à la tête imposante.
Lorsque ʿĪsā ibn Mūsā arriva à al-Aʿwaṣ et s’approcha de Médine, Muḥammad ibn ʿAbd Allāh monta en chaire. Il harangua les gens et les exhorta au combat. Ceux-ci étaient près de cent mille. Au cours de son allocution, il déclara : « Je vous libère de votre serment d’allégeance à mon égard. Que ceux qui désirent y demeurer y restent, et que ceux qui souhaitent se retirer le fassent. » Beaucoup d’entre eux, sinon la majorité, prirent alors congé, ne laissant derrière eux qu’un petit groupe à ses côtés. La plupart des habitants de Médine quittèrent aussi la ville avec leurs familles pour ne pas assister à l’affrontement à l’intérieur même de Médine, se réfugiant dans les lieux élevés et sur les sommets des montagnes. Muḥammad envoya Abū al-Layth pour les empêcher de partir, mais il ne put y parvenir pour la majorité d’entre eux, qui continuèrent leur chemin.
Muḥammad s’adressa finalement à quelqu’un en disant : « Prendrais-tu une épée et une lance pour retenir ceux qui ont quitté