Puis débuta l’an 145 (de l’Hégire). Parmi les événements qui s’y produisirent, il y eut la révolte de Muhammad ibn ‘Abd Allah ibn Ḥasan à Médine et celle de son frère Ibrāhīm à Baṣra, comme nous l’exposerons, si Dieu le veut.
Quant à Muhammad, il se souleva après qu’Abū Jaʿfar al-Manṣūr eut emmené de Médine vers l’Irak les membres de la famille de Ḥasan, selon la manière et la description déjà mentionnées. Il les fit enfermer dans un lieu inhospitalier, où ils furent très mal installés. Dans cette prison, on n’entendait pas l’appel à la prière, et l’on ne connaissait pas les heures des prières obligatoires si ce n’est par les évocations et la récitation. Un grand nombre de leurs notables y moururent.
Pendant tout ce temps, Muhammad, que l’on recherchait activement, demeurait caché à Médine, au point que, par moments, il se dissimulait dans un puits, plongé dans l’eau jusqu’au cou, seule sa tête émergeant. Il s’était entendu avec son frère pour se montrer à un moment précis : lui-même apparaîtrait à Médine et Ibrāhīm à Baṣra. Les gens de Médine et d’ailleurs ne cessaient de lui faire des reproches de rester dans la clandestinité et de ne pas sortir au grand jour. Finalement, il se résolut à se manifester, car l’âpreté de la cachette lui devenait insupportable et la pression ne cessait de croître, du fait notamment de Rabaḥ, gouverneur de Médine, qui le traquait jour et nuit. Quand la situation devint insoutenable et que tout autre recours fut épuisé, il fixa avec ses compagnons la nuit précise où il apparaîtrait.
Or, cette nuit-là, l’un des dénonciateurs s’adressa à l’autorité locale de Médine pour l’avertir des projets de Muhammad. Le gouverneur se mit alors dans une grande colère, monta à cheval avec ses troupes et, parcourant la ville jusqu’aux abords du palais de Marwān, chercha vainement à les surprendre. Ne les ayant pas découverts, il rentra chez lui. Puis il convoqua les Banū Ḥusayn ibn ʿAlī, accompagnés de divers notables de Qurayš et d’autres tribus. Il leur adressa de violents reproches et déclara : « Ô gens de Médine ! Le Commandeur des croyants recherche cet homme aux confins de l’Orient et de l’Occident, et voilà qu’il se trouve parmi vous ! Non contents de cela, vous lui avez prêté allégeance pour l’écouter et lui obéir ! Par Dieu, si j’apprends que l’un d’entre vous l’a rejoint, je lui ferai trancher la tête. »
Ceux qui étaient présents nièrent être au courant de quoi que ce fût, affirmant n’avoir aucune connaissance ni le moindre soupçon à propos d’une telle entreprise. Ils dirent même : « Nous pouvons te fournir des hommes en armes qui combattront à tes côtés s’il arrive quoi que ce soit. » Ils amenèrent donc au gouverneur un groupe d’hommes armés et demandèrent l’autorisation de les faire entrer chez lui. Celui-ci refusa, craignant une ruse, et les laissa sur le pas de la porte. Les autres s’assirent autour du gouverneur, lequel demeura silencieux, ne prononçant que peu de paroles, tandis qu’une partie de la nuit s’écoulait.
Puis, soudain, les partisans de Muhammad ibn ‘Abd Allah se montrèrent, exaltant Dieu à voix haute. La population s’agita au milieu de la nuit, et certains conseillèrent alors au gouverneur de faire décapiter les Banū Ḥusayn. L’un d’eux répliqua : « Pourquoi donc ? Nous reconnaissons pourtant ton autorité ! » Le gouverneur fut aussitôt distrait par l’irruption des rebelles, et les Banū Ḥusayn profitèrent de ce moment de flottement pour s’enfuir. Ils escaladèrent un mur et se jetèrent dans un tas d’ordures à proximité.
Muhammad ibn ‘Abd Allah ibn Ḥasan arriva avec deux cent cinquante hommes. Passant devant la prison, il en libéra les détenus, puis se rendit au palais du gouverneur pour l’assiéger et en prendre possession. Il s’empara de Rabaḥ ibn ʿUthmān, le gouverneur de Médine, et l’enferma dans le palais de Marwān, en même temps qu’Ibn Muslim ibn ʿUqba, celui-là même qui avait conseillé de tuer les Banū Ḥusayn au début de la nuit. Ces derniers parvinrent à s’échapper, tandis que lui se retrouva cerné. Au matin, Muhammad ibn ‘Abd Allah ibn Ḥasan avait pris le contrôle de Médine, et ses habitants lui prêtèrent allégeance. Il dirigea alors la prière en commun.