On a rapporté qu’il naquit en même temps que Wāṣil ibn ʿAṭāʾ, en l’an quatre-vingts. Al-Bukhārī (1) a mentionné quʿAmr mourut en l’an cent-quarante-deux ou cent-quarante-trois, sur la route de la Mecque.
ʿAmr bénéficiait des faveurs d’Abū Jaʿfar al-Manṣūr. Al-Manṣūr l’aimait et le tenait en haute estime parce qu’il se rendait auprès de lui avec les lecteurs (du Coran). Le calife leur faisait alors des dons, qu’ils acceptaient, mais ʿAmr, lui, refusait d’en recevoir. Al-Manṣūr l’exhortait à accepter comme ses compagnons, mais il ne le faisait pas. Cela impressionnait Al-Manṣūr et rehaussait encore son prestige auprès de lui, car Al-Manṣūr était avare. Il admirait cette attitude et récitait :
« Vous avancez tous à pas lents… vous cherchez tous une proie… sauf ʿAmr ibn ʿUbayd. » (2)
Si Al-Manṣūr avait réfléchi, il aurait su que chacun de ces lecteurs valait mieux qu’une terre entière remplie d’hommes comme ʿAmr ibn ʿUbayd. Par ailleurs, l’ascèse ne prouve pas la vertu : certains moines peuvent pratiquer un ascétisme que ʿAmr ni nombre de musulmans de son époque n’auraient su supporter.
Nous avons rapporté qu’Ismāʿīl ibn Khālid al-Qaʿnabī a dit : « J’ai vu al-Ḥasan ibn Jaʿfar en songe après sa mort à ʿAbbādān ; il me dit : “Ayyūb, Yūnus et Ibn ʿAwn sont au Paradis.” Je lui demandai : “Et ʿAmr ibn ʿUbayd ?” Il répondit : “Il est en Enfer.” » Puis il le revit une seconde – ou, selon certains, une troisième fois – et il lui confirma la même chose. Des rêves funestes ont été rapportés à son sujet.
Notre maître s’est longuement étendu sur sa biographie dans son « Tahdhīb » (3), et nous en avons résumé l’essentiel dans l’ouvrage « al-Takmīl ». Nous n’évoquons ici qu’un aperçu de son cas afin que l’on sache ce qu’il en est et que nul ne s’y méprenne. Dieu est le plus savant.
[Ensuite vint l’année cent-quarante-trois]
Cette année-là, Al-Manṣūr mobilisa les gens pour aller combattre les Daylam, car ils avaient tué un grand nombre de musulmans. Il ordonna aux habitants de Kūfa et de Baṣra que quiconque serait capable de réunir dix mille hommes ou plus parte avec l’armée contre les Daylam. Une foule considérable se porta volontaire pour cette expédition.
Cette même année, la caravane du pèlerinage fut conduite par ʿĪsā ibn Mūsā, gouverneur de Kūfa et des régions qui en dépendent.