Celui-ci s’était mis en rapport avec les musulmans et les informa que, cette nuit-là, il assurerait la garde. Il leur dit donc : « Approchez-vous de la porte, afin que je vous l’ouvre. » Lorsque vint cette nuit, il leur ouvrit la porte de la forteresse ; ils y pénétrèrent, tuèrent les combattants qui s’y trouvaient et réduisirent en captivité la descendance. L’asbahbadh suça alors un anneau empoisonné et mourut. Parmi ceux qui furent capturés ce jour-là se trouvaient la mère de Manṣūr ibn al-Mahdī et la mère d’Ibrāhīm ibn al-Mahdī, toutes deux filles de rois, réputées pour leur beauté.
Cette année-là également, al-Manṣūr fit aménager, pour les habitants de Baṣra, la place où ils se réunissaient pour la prière des deux fêtes, près du cimetière (al-ǧabbān). C’est Salama ibn Saʿīd ibn Ǧābir, gouverneur de l’Euphrate et d’al-Ubulla, qui se chargea de la construction. Al-Manṣūr jeûna le mois de Ramaḍān à Baṣra et fit célébrer la prière de l’Aïd dans ce nouvel oratoire.
Au cours de la même année, al-Manṣūr démit Nawfal ibn al-Furāt de ses fonctions de gouverneur d’Égypte et nomma à sa place Ḥumayd ibn Qaḥṭaba. Ce fut également Ismāʿīl ibn ʿAlī qui dirigea le pèlerinage cette année-là.
Et c’est aussi durant cette année que mourut Sulaymān ibn ʿAlī ibn ʿAbd Allāh ibn ʿAbbās (1), oncle du calife et gouverneur de Baṣra. Son décès survint un samedi, sept jours avant la fin de Ǧumāda l-Ākhira, alors qu’il était âgé de cinquante-neuf ans. Son frère ʿAbd al-Ṣamad dirigea la prière funéraire. Il avait transmis (des hadiths) de son père, de ʿIkrima et d’Abū Burda ibn Abī Mūsā. Plusieurs rapporteurs ont recueilli ses propos, parmi lesquels ses enfants Ǧaʿfar, Muḥammad, Zaynab, ainsi qu’al-Aṣmaʿī.
Sulaymān avait déjà les cheveux blancs à l’âge de vingt ans, et il teignit sa barbe dès ce premier blanchiment. C’était un homme généreux, noble et très loué. Chaque veille de ʿArafa, il affranchissait cent personnes. Le montant total de ses dons, distribués aux Banū Hāšim comme à l’ensemble de Qurayš et aux Anṣār, s’élevait à cinq mille milliers. Un jour, depuis son palais, il aperçut des femmes qui filaient de la laine dans une demeure de Baṣra. Comme il les regardait, l’une d’elles dit : « Si seulement l’émir nous voyait et prenait connaissance de notre situation, il nous dispenserait de filer ! » Aussitôt, il se leva, fit le tour de son palais et rassembla ce qui s’y trouvait comme bijoux de ses épouses – or, gemmes et autres – remplissant ainsi un grand tissu. Puis il le descendit jusqu’à elles et leur distribua également une grande quantité de pièces d’or et d’argent. L’une de ces femmes mourut de joie tant elle fut submergée. Il s’acquitta alors de son prix du sang (diyya) et laissa à ses héritiers tout ce qu’elle avait reçu.
Il exerça la fonction d’émir du pèlerinage à l’époque d’al-Saffāḥ et fut gouverneur de Baṣra sous le règne d’al-Manṣūr. Il était tenu pour l’un des meilleurs membres des Banū l-ʿAbbās. Il était le frère d’Ismāʿīl, Dāwūd, Ṣāliḥ, ʿAbd al-Ṣamad, ʿAbd Allāh, ʿĪsā et Muḥammad et l’oncle d’al-Saffāḥ et d’al-Manṣūr.