Ibn Jarîr a rapporté (1) : Al-Mansour déclara alors :
« Tu as prétendu que la dette ne se rembourse pas… Reçois donc la pleine mesure, ô Abou Moujrim !
On t’a fait boire la coupe que tu servais toi-même, plus amère en gorge que la coloquinte. »
Ensuite, Al-Mansour s’adressa au peuple, après avoir fait exécuter Abou Mouslim, en ces termes :
« Ô gens ! Ne faites pas fuir les oiseaux de la grâce par le manque de reconnaissance, de peur que ne vous frappent les disgrâces. Ne cachez pas non plus vos tromperies à l’égard des imams, car personne parmi vous ne dissimule quelque chose sans qu’il ne se révèle dans ses propos échappés, sur son visage ou encore à travers ses regards. Nous ne méconnaîtrons pas vos droits tant que vous reconnaîtrez le nôtre, et nous n’oublierons pas de vous faire du bien tant que vous vous souviendrez de notre mérite.
Quiconque nous disputera cette “tunique” (c’est-à-dire le pouvoir), nous l’écraserons de toute la force de notre autorité pour redresser vos hommes et contenir vos gouverneurs. Quant à ce naïf, Abou Mouslim, il avait prêté serment quiconque romprait notre allégeance ou manifesterait de la trahison à notre égard, verrait son sang légitimé. Puis, il a rompu (son serment), a trahi, a commis des outrages et a mécru. Nous avons donc prononcé à son encontre la même sentence qu’il rendait lui-même à l’encontre d’autrui pour nous.
En vérité, Abou Mouslim avait bien commencé, mais il a mal fini. Il a prélevé auprès des gens, en notre nom, plus qu’il ne nous a donné ; il a fait prévaloir la laideur de son for intérieur sur la beauté apparente de ses actes. Nous avons appris de la perversité de sa pensée et de la corruption de son intention ce qui aurait fait taire quiconque nous blâmerait à son sujet, et si l’on avait vu ce que nous avons découvert de lui, on nous aurait excusés de l’avoir mis à mort et reproché de l’avoir trop épargné.
Il n’a cessé de rompre son serment et de trahir sa garantie jusqu’à rendre légitime contre lui-même la punition et son sang licite pour nous. Ainsi, nous avons statué contre lui comme il entendait le faire pour tout autre rompant l’unité. Son droit sur nous ne nous a pas empêchés d’appliquer le juste châtiment. Combien sont justes les vers que le poète An-Nâbighah Adh-Dhoubyânî adressa à An-Nou’mân – c’est-à-dire Ibn Al-Moundhir :
« Quiconque t’obéit, traite-le selon son obéissance et guide-le vers la droiture,
et quiconque te désobéit, punis-le d’une sanction qui dissuade l’injuste et ne reste pas inactif face à l’outrage. »
(2) Al-Bayhaqî rapporta, d’après Al-Hâkim et sa chaîne de transmission, qu’on demanda à ‘Abd Allâh Ibn Al-Mubârak : « Abou Mouslim est-il meilleur que Al-Hajjâj ? » Il répondit : « Je ne dirais pas qu’Abou Mouslim fût meilleur que quiconque, mais Al-Hajjâj était plus mauvais que lui. Certains l’ont accusé d’atteinte à l’islam, voire de zindîqa ; or je n’ai rien trouvé dans ce que l’on raconte sur Abou Mouslim qui le prouve, si ce n’est qu’il craignait Dieu pour ses péchés. Il aurait, selon ses dires, regretté le sang qu’il avait versé pour asseoir l’État abbasside. Dieu est plus savant de son cas. »
(3) Al-Khatîb rapporta aussi qu’il dit : « J’ai revêtu la patience, préféré la modération, fait alliance avec les peines et les chagrins, et j’ai vaillamment fait face aux décrets et arrêts divins, jusqu’à atteindre l’aboutissement de mes efforts et réaliser le terme de mes objectifs. » Puis il déclama :