Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Ô Abû Muslim, jamais Dieu n’a changé une grâce qu’Il avait accordée à Son serviteur, avant que le serviteur ne la modifie lui-même.
Ô Abû Muslim, tu m’as menacé de mort ; alors le lion roux s’est jeté sur toi avec ce dont tu m’as menacé.
(1)

Et Ibn Jarîr (2) a rapporté qu’al-Mansour avait ordonné à ‘Uthmân ibn Nahayk, Chabîb ibn Wâj, Abû Hanîfa Harb ibn Qays, ainsi qu’à un autre membre de la garde, de se tenir près de lui. Lorsque Abû Muslim entrerait auprès de lui et lui adresserait la parole, si al-Mansour frappait l’une de ses mains contre l’autre, ils devaient le tuer.

Quand Abû Muslim entra, al-Mansour lui demanda : « Qu’ont donc fait les deux épées que tu as prises à ‘Abd Allâh ibn ‘Alî ? »
Abû Muslim répondit : « En voici une. » Il la lui présenta, et al-Mansour la posa sous son genou.

Al-Mansour lui dit alors : « Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire à Abû ‘Abd Allâh as-Saffâh pour lui interdire la prise des terres mortes (al-mawât) ? Aurais-tu voulu nous instruire en matière de religion ? »
Abû Muslim répondit : « Je pensais qu’il ne lui était pas permis de les prendre. Mais quand j’ai reçu la lettre du Commandeur des croyants, j’ai su que lui et les siens étaient la source du savoir. »

Al-Mansour reprit : « Pourquoi as-tu pris les devants sur moi sur la route du pèlerinage ? »
Abû Muslim répondit : « Je n’aimais pas que nous nous retrouvions au même point d’eau et que cela porte préjudice aux gens. Je me suis donc avancé pour leur éviter tout désagrément. »

Al-Mansour poursuivit : « Pourquoi n’es-tu pas revenu vers moi quand tu as appris la mort d’Abû al-‘Abbâs ? »
Abû Muslim répondit : « Je ne voulais pas gêner les gens pendant le pèlerinage, et j’étais sûr que nous nous retrouverions à Koufa. Je n’avais nullement l’intention de m’opposer à toi. »

Al-Mansour insista : « Et la concubine de ‘Abd Allâh ibn ‘Alî ? Avais-tu envisagé de la prendre pour toi ? »
Abû Muslim rétorqua : « Non. J’ai seulement eu peur qu’elle ne se perde. Je l’ai donc mise sous une tente et confiée à quelqu’un qui la garderait. »

Puis al-Mansour dit : « N’es-tu pas celui qui m’a écrit en faisant passer son propre nom avant le mien ? Et celui qui m’a écrit pour demander la main de Amîna bint ‘Alî tout en prétendant être le fils de Sulayt ibn ‘Abd Allâh ibn ‘Abbâs ? »
Pendant tout ce temps, la main d’al-Mansour tenait celle d’Abû Muslim, la serrant, l’embrassant, tout en offrant des justifications.

Ensuite il reprit : « Qu’est-ce qui t’a poussé à me désavouer et à te rendre en Khurâsân ? »
Abû Muslim répondit : « J’ai craint que tu ne me soupçonnes de quelque chose, alors je suis parti en Khurâsân pour t’écrire et t’expliquer ma conduite. »

Al-Mansour demanda encore : « Pourquoi as-tu tué Sulaymân ibn Kathîr, alors qu’il était l’un de nos naqîb et de nos prêcheurs avant toi ? »
Abû Muslim répondit : « Il voulait me désavouer. »

Al-Mansour s’exclama : « Malheur à toi ! Toi aussi, tu as voulu me désavouer et tu m’as désobéi. Que Dieu me fasse périr si je ne te tue pas ! »
Il le frappa alors avec le poteau de la tente. Les hommes sortirent, ‘Uthmân frappa Abû Muslim et coupa la courroie de son épée, puis Chabîb le toucha et lui coupa la jambe. Les autres se ruèrent sur lui avec leurs épées, tandis qu’al-Mansour criait : « Malheur à vous ! Frappez-le, que Dieu vous coupe les mains ! » Ils l’égorgèrent, le découpèrent en morceaux, puis ils jetèrent ses restes dans le Tigre.

On rapporte qu’après l’avoir tué, al-Mansour se tint debout devant son corps et déclara : « Dieu te fasse miséricorde, Abû Muslim. Tu nous as prêté serment d’allégeance et nous t’avons prêté serment à notre tour. Tu as conclu un pacte avec nous, et nous avons fait de même avec toi. Tu as été loyal envers nous, et nous l’avons été également. Nous avions passé un accord : quiconque se soulèverait contre nous en ces jours serait mis à mort. Tu t’es soulevé et nous t’avons donc tué, et nous avons appliqué à ton encontre ta propre sentence. »

On raconte aussi qu’al-Mansour aurait dit : « Louange à Dieu qui m’a fait voir ce jour où tu péris, ô ennemi de Dieu ! »

(1) Les deux vers se trouvent dans le Dīwān d’Abū Dulāmah, p. 51 ; ils comportent un troisième vers ajouté qui est : En l’État de al-Mahdī, as-tu tenté la trahison ? …. Sache que les gens de trahison sont tes ancêtres, les Kurdes. (2) C’est al-Ṭabarī dans son Histoire (4/385) qui en donne une version proche.
أبا مسلم ما غيَّرَ اللّهُ نِعمةً ..... على عبدِهِ حتَّى يُغيِّرَها العَبْدُ أبا مسلمٍ خَوَّفتَني القتلَ فانْتحى ..... عليك بما خَوَّفتَني الأسَدُ الوَرْدْ (١) وذكر ابنُ جرير (٢) أنَّ المنصور تقدَّمَ إلى عثمانَ بنِ نَهيك، وشبيب بن واج، وأبي حنيفة حرب بن قيس، وآخر من الحرس، أن يكونوا قريبًا منه، فإذا دخل عليه أبو مسلم وخاطبه، وضرب بإحدى يديه على الأخرى فَلْيَقتلوه. فلما دخل عليه أبو مسلم قال له المنصور ما فعلَ السيفانِ اللذانِ أصبتَهما من عبدِ الله بن علي؟ فقال: هذا أحدُهما. فناوله السيف فوضعه تحت ركبته، ثم قال له: ما حملك على أن تكتب لأبي عبد الله السفاح تنهاهُ عن الموات، أردتَ أنْ تعلِّمَنا الدِّين؟ ! قال: إنَّني ظننتُ أنَّ أخْذَهُ لا يَحِلّ، فلما جاءني كتابُ أميرِ المؤمنين علمتُ أنه وأهلَ بيته مَعْدِنُ العِلْم. قال: فلِمَ تقدَّمتَ عليَّ في طريقِ الحجّ؟ قال: كرهتُ اجتماعَنا على الماء، فيضرّ ذلك بالناس، فتقدَّمْتُ التماسَ الرِّفق. قال: فلِمَ لا رجعتَ إليَّ حين أتاكَ خبرُ موتِ أبي العباس؟ قال: كرهتُ التضييقَ على الناسِ في طريقِ الحجِ، وعرفتُ أنَّا سنجتمعُ بالكوفة، وليس عليكَ مني خلاف. قال: فجاريةُ عبدِ اللَّه بنِ علي أردتَ أن تتَّخِذها لنفسِك؟ قال: لا، ولكنْ خفتُ أن تَضِيعَ فحمَلْتُها في قُبَّة، ووكَلْتُ بِها من يَحفَظُها. ثم قال: ألستَ الكاتبَ إليَّ تبدأُ بنفسِك؟ والكاتب إليَّ تَخطُبُ أمينةَ بنتَ علي، وتزعمُ أنك ابنُ سَليط بن عبدِ الله بن عباس؟ هذا كلُّه ويَدُ المنصورِ في يَدِهِ يَعْرِكُها ويُقَبِّلُها ويعتذر؛ ثم قال له: فما حَمَلكَ على مُرَاغمتي ودخولكَ إلى خُراسان؟ قال: خِفْتُ أنْ يكونَ دَخَلكَ منِّي شيء، فأردتُ أنْ أدخُلَ خراسانَ وأكتبَ إليكَ بعُذْري. قال: فلِمَ قتلتَ سليمانَ بنَ كَثير وكان من نُقبانا ودُعاتنا قَبْلَك؟ قال: أرادَ خِلافي. فقال: وَيْحك! وأنتَ أردتَ خلافي وعَصَيتني، قَتَلَني اللَّه إنْ لم أقتُلْك. ثم ضرَبَهُ بعمودِ الخيمة، وخرج إليه أولئك، فضربه عثمانُ فقطَعَ حمائلَ سيفه، وضرَبَهُ شبيبٌ فَقَطعَ رِجْلَه، وحمَلَ عليه بقيتُهُمْ بالسيوف، والمنصورُ يَصيح: ويحكم اضربوه، قطَعَ اللَّه أيديكم. ثم ذبَحوه وقطَّعوه قطعًا قِطَعًا، ثم أُلقي في دِجْلة. ويُروى أنَّ المنصورَ لمَّا قتلَه وقف عليه فقال: رَحِمكَ الله أبا مسلم بايعتَنا فبايعناك، وعاهدتَنا وعاهَدْناك، ووفيتَ لنا فوَفيْنا لك، وإنَّا بايعناك على أنْ لا يَخرجَ علينا أحدٌ في هذه الأيام إِلَّا قَتَلْناه، فخرَجْتَ علينا فقتَلْناك وحَكَمْنا عليك حُكْمكَ على نفسِك لنا. ويُقال: إنَّ المنصور قال: الحمدُ لله الذي أرانا يومكَ يا عدوَّ اللَّه.
(١) البيتان في ديوان أبي دلامة ص (٥١): وزاد فيهما بيتًا ثالثًا هو: أفي دَولَةِ الْمَهْديِّ حَاوَلْتَ غَدْرَةً .... ألا إن أهْلَ الغَدْرِ آباؤُكَ الكُرْدُ (٢) هو الطبري في تاريخه (٤/ ٣٨٥) بألفاظ مقاربة.

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