Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Il a déjà été fait mention de la façon dont Abū Muslim s’est assuré seul la gestion des affaires du Khorasan en l’an 129, ainsi que de la manière dont il a diffusé l’appel au profit des Banū al-‘Abbās. Il jouissait d’une grande autorité, d’une fermeté notable, d’audace et d’une certaine hâte dans l’exécution de ses projets. Ibn ‘Asākir (1) relate, par l’intermédiaire de Muṣ‘ab ibn Bishr, d’après son père, qu’un homme se leva devant Abū Muslim pendant qu’il prêchait et lui dit : « Qu’est-ce donc que ce vêtement noir que je vois sur toi ? » Il répondit : « Abū al-Zubayr m’a rapporté, d’après Jābir ibn ‘Abd Allāh, que le Messager d’Allah (ﷺ) entra à La Mecque le jour de la Conquête en portant un turban noir. Voilà les vêtements de la solennité (2) et de l’autorité. Ô jeune homme, tranche-lui la tête. »

Ibn ‘Asākir (3) rapporte encore, d’après le ḥadīth d’‘Abd Allāh ibn Munīb, le tenant lui-même (4) de Muḥammad ibn ‘Alī, d’après son père, d’après son grand-père ‘Abd Allāh ibn ‘Abbās, que le Messager d’Allah (ﷺ) a dit : « Celui qui souhaite l’humiliation de Quraysh, Allah l’humiliera » (5).

Ibrāhīm ibn Maymūn al-Ṣā’igh faisait partie de ses compagnons et de ses proches durant l’époque de l’appel, et Abū Muslim lui promettait que, lorsqu’il aurait le dessus, il appliquerait les peines légales (ḥudūd). Quand Abū Muslim se trouva solidement établi, Ibrāhīm ibn Maymūn insista pour qu’il tienne ses promesses à un point tel qu’il le mit dans l’embarras. Abū Muslim ordonna alors qu’on lui tranche la tête, après lui avoir dit : « Pourquoi ne dénonçais-tu pas Naṣr ibn Sayyār, qui confectionnait des coupes à vin en or pour les envoyer aux Banū Umayya ? » Celui-ci répondit : « Eux ne m’ont pas rapproché d’eux, ni ne m’ont fait les promesses que tu m’as toi-même faites. »

Il est rapporté que certains virent en rêve qu’Ibrāhīm ibn Maymūn reçut de hauts degrés au Paradis pour avoir patienté en commandant le bien et en interdisant le mal ; il fut en effet un homme qui prônait et pratiquait cela. C’est alors qu’Abū Muslim (qu’Allah lui fasse miséricorde) le fit tuer.

Nous avons déjà rappelé l’obéissance dont fit preuve Abū Muslim envers as-Saffāḥ, le soin qu’il apportait aux affaires qui le concernaient et son respect de ses directives. Toutefois, lorsque le pouvoir revint à al-Manṣūr, ce dernier traita Abū Muslim avec mépris et dédain. Malgré cela, il l’envoya affronter son oncle ‘Abd Allāh en Syrie : Abū Muslim triompha et arracha la Syrie à son oncle pour la rendre à l’autorité d’al-Manṣūr. Par la suite, l’orgueil d’Abū Muslim s’exacerba face à al-Manṣūr, et il projeta même de le tuer. Al-Manṣūr s’en rendit compte, d’autant qu’il nourrissait en secret une aversion à son égard. À plusieurs reprises, il avait demandé à son frère as-Saffāḥ de l’éliminer, mais celui-ci ne s’y était pas résolu. Nous avons aussi mentionné ce qui survint entre Abū Muslim et al-Manṣūr à travers leurs échanges et leurs correspondances, lorsque al-Manṣūr se méfia de lui et l’accusa de nourrir de mauvaises intentions.

(1) Dans le Taʾrīkh de la ville de Damas (35/408, 409). (2) Dans (Q) : « al-Hayʾa », attesté par (B, Ḥ) et le Taʾrīkh d'Ibn ʿAsākir. (3) C’est ce qu’Ibn ʿAsākir entend dans son Taʾrīkh (35/409). (4) Cela désigne Abū Muslim al-Khurāsānī. (5) Rapporté par Abū Nuʿaym dans les Akhbār Iṣfahān (2/109) par la voie de ʿAbd Allāh ibn Munīb, avec une chaîne faible. Il a également été rapporté par al-Khaṭīb dans son Taʾrīkh (15/9 selon notre édition critique) d'après un propos attribué à Ibn ʿAbbās, avec une chaîne de transmission également faible, comme je l'ai expliqué dans mon commentaire. Cependant, le ḥadīth a été transmis par d'autres voies, qui dans leur ensemble atteignent le degré de ḥasan. Il a été rapporté par Aḥmad dans son Musnad (1/183) et par al-Tirmidhī (3906) d'après Ḥadīth de Saʿd ibn Abī Waqqāṣ. Aḥmad l'a aussi rapporté (1/64) et Ibn Ḥibān (6269) d'après Ḥadīth dʿUthmān ibn ʿAffān.
وقد تقدَّمَ ذكرُ كيفيةِ استقلالِ أبي مسلم بأمورِ خُراسانَ في سنةِ تسع وعشرين ومئة، وكيف نشر دعوةَ بني العباس. وقد كان ذا هيبةٍ وصَرَامةِ وإقدام وتسَرُّعٍ في الأمور، وقد روى ابنُ عساكر (١) من طريقِ مصعب بن بشر، عن أبيه قال: قام رجلٌ إلى أبي مسلم وهو يخطب فقال: ما هذا السوادُ الذي أرى عليك؛ فقال: حدثني أبو الزُّبَير عن جابر بن عبدِ الله، أن رسول الله ﷺ دخل مكة يومَ الفتح وعليهِ عمَامةٌ سوداء، وهذهِ ثيابُ الهيبةِ (٢) وثيابُ الدولة، يا غلام، اضربْ عُنقَه. وروى (٣) من حديث عبد الله بن مُنيب عنه (٤) عن محمد بن علي، عن أبيه، عن جدِّهِ عبدِ الله بن عباس قال: قال رسول اللَّه ﷺ : "منْ أراد هوانَ قُريشٍ أهانَهُ الله" (٥) . وقد كان إبراهيمُ بن ميمون الصائغُ من أصحابِهِ وجلسائهِ في زمَنِ الدعوة، وكان يَعِدُهُ إذا ظهَرَ أنْ يُقيمَ الحُدود، فلمَّا تمكَّنَ أبو مسلم ألحَّ عليهِ إبراهيمُ بن ميمون في القيام بما وَعَدهُ به حتَّى أحرَجَه، فأمرَ بضَرْبِ عُنقه بعد ما قال له: هلَّا تُنكرُ على نصرِ بنِ سيَّارٍ وهو يعملُ أوانيَ الخمر من الذهب فيبعثها إلى بني أمية؟ فقال له: إنَّ أولئك لم يُقرِّبوني من أنفسِهم ويَعِدُوني منها ما وعَدْتَني أنت. وقد رأى بعضُهم - في المنام لإبراهيمَ بنِ مَيْمون هذا منازلَ عالية في الجنة بصَبْرِهِ على الأمرِ بالمعروفِ والنَّهْي عن المنكر، فإنه كان آمرًا ناهيًا قائمًا في ذلك، فقتله أبو مسلم (رحمه الله) . وقد ذكرنا طاعةَ أبي مسلمٍ للسَّفَاح واعتناءَهُ بأمرِه، وامتثالِ مَرَاسيمِه، فلمّا صار الأمرُ إلى المنصور استخفَّ بهِ واحتقرَهُ، ومع هذا بعثه إلى عمِّه عبدِ الله إلى الشام فكسرَهُ واستنقذ منه الشام ورَدَّها إلى حُكمِ المنصور، ثم شَمَختْ نفسُهُ على المنصور، وهمَّ بقتله، ففَطِنَ لذلك المنصور مع ما كان مُبْطنًا له من البِغْضَة في نفس الأمر، وقد سأل أخاهُ السفاحَ غيرَ مرَّةٍ أنْ يقتُلَهُ فصدَفَ عن ذلك؛ وذكرْنا أيضًا ما كان من أمرِ أبي مسلم والمنصور من المراسلات والمكاتبات حين استوحش منه المنصور، واتَّهَمهُ بسوء النِّيَّة،
(١) في تاريخ مدينة دمشق (٣٥/ ٤٠٨، ٤٠٩). (٢) في (ق): "الهيئة"، والمثبت من (ب، ح) وتاريخ ابن عساكر. (٣) يعني ابن عساكر في تاريخه (٣٥/ ٤٠٩). (٤) يعني أبا مسلم الخراساني. (٥) رواه أبو نعيم في أخبار أصبهان (٢/ ١٠٩) من طريق عبد اللَّه بن منيب، به، وإسناده ضعيف. ورواه الخطيب في تاريخه (١٥/ ٩ بتحقيقنا) من قول ابن عباس موقوفًا عليه، وإسناده ضعيف أيضًا كما بينته في تعليقي عليه. لكن الحديث قد روي من طرق أخرى يرتقي بمجملها إلى درجة الحسن، فقد أخرجه أحمد في مسنده (١/ ١٨٣) والترمذي (٣٩٠٦) من حديث سعد بن أبي وقاص. ورواه أحمد أيضًا (١/ ٦٤) وابن حبان (٦٢٦٩) من حديث عثمان بن عفان.

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