Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Il lui promit d’obtenir la vice-gérance d’al-‘Arraf s’il parvenait à le ramener. Lorsque Abou Isḥaq revint vers lui, il lui demanda : « Quelles nouvelles apportes-tu ? » Il répondit : « Je les ai vus te tenir en très haute estime et reconnaître ta valeur. » Cela le trompa et le rendit confiant : il résolut de se rendre auprès du calife. Il consulta alors un émir nommé Nayzak, qui le lui déconseilla fermement. Mais il n’en démordit pas et maintint sa décision. Voyant son obstination à partir, Nayzak récita les vers du poète :

« Rien ne peut sauver les hommes lorsque le Décret est édicté…
Les stratagèmes des peuples s’évanouissent lorsque le sort est scellé. »

Puis il ajouta : « Souviens-toi d’une chose que je te conseille. » — « De quoi s’agit-il ? » demanda-t-il. Il répondit : « Quand tu entreras auprès de lui, tue-le, puis prête allégeance à qui tu voudras pour le califat, car les gens ne te contrediront pas. »

Abou Muslim écrivit pour l’informer de sa venue. Abou Ayyoub, le scribe des missives, raconta : « J’entrai auprès d’al-Manṣour : il se tenait dans une tente de poil (un khibâ’ shaʿr), assis sur son lieu de prière après le ‘aṣr, un courrier devant lui. Il me le tendit : c’était la lettre d’Abou Muslim l’informant de son arrivée. Alors le calife déclara : “Par Dieu, si mes yeux se posent sur lui, je le tuerai à coup sûr.” »

Abou Ayyoub poursuivit : « Je dis alors (Coran 2:156) : “Vraiment, nous appartenons à Dieu et c’est à Lui que nous retournons.” Je passai la nuit sans fermer l’œil, à réfléchir à cette affaire. Je me dis que si Abou Muslim entrait dans la crainte, il risquerait de faire du tort au calife. L’intérêt voulait donc qu’il entrât en toute confiance, afin que le calife pût s’assurer de sa personne. »

« Au matin, je fis venir un homme parmi les émirs et lui dis : “Souhaiterais-tu gouverner la ville de Kaskar (1), qui rapporte de grands revenus cette année ?” Il répondit : “Et qui pourrait me garantir cela ?” Je répliquai : “Va donc à la rencontre d’Abou Muslim sur la route et demande-lui de t’en faire le gouverneur, car le Commandeur des Croyants veut lui confier tout ce qui est au-delà de sa porte afin de vaquer à ses propres affaires.” Puis je sollicitai la permission d’al-Manṣour pour qu’il aille trouver Abou Muslim. Après avoir accepté, al-Manṣour lui dit : “Salue-le de ma part et dis-lui que nous sommes impatients de le rencontrer.” »

« Cet homme, appelé Salama ibn Untel, se rendit alors auprès d’Abou Muslim et lui communiqua l’ardent désir du calife de le voir. Abou Muslim, ravi, s’en réjouit, mais ce n’était en réalité qu’un piège et une ruse à son encontre. À cette nouvelle, il hâta le pas vers son destin fatal. Quand il fut près de Madāʾin, le calife ordonna aux chefs et aux émirs d’aller à sa rencontre. Son audience auprès d’al-Manṣour eut lieu en fin de journée. Abou Ayyoub avait conseillé au calife de différer son exécution, le cas échéant, jusqu’au lendemain, et il l’y convainquit. »

« Quand Abou Muslim entra dans la soirée auprès d’al-Manṣour, celui-ci lui témoigna honneur et considération, puis lui dit : “Va te reposer, va au hammam, et reviens-moi demain.” Il quitta alors sa présence, et les gens affluèrent pour le saluer. Le lendemain, le calife convoqua un des émirs et lui demanda : “Comment ai-je agi envers toi ?” L’émir répondit : “Par Dieu, ô Commandeur des Croyants, si tu me donnais l’ordre de me tuer moi-même, je le ferais sur-le-champ.” Le calife reprit : “Et toi, alors...”

(1) Kaskar : avec un fatḥa suivi d’un sukūn puis un autre kāf derrière ; cela signifie un cultivateur. C’est une vaste région dont dérivent les « farārīj al-kaskariyya » car elles y sont très nombreuses. Il est dit qu’on y vendait vingt-quatre gros poulets pour un dirham. Selon Ibn al-Ḥujjāj : leur nourriture fut exclusivement le poulet des fermes avicoles, et l’on y amenait des canards, mais ceux-ci provenaient de certaines exploitations de Kaskar. Aujourd’hui, sa capitale est Wāsiṭ, la capitale située entre Koufa et Bassora. Avant que les Ḥujjāj ne fassent de Wāsiṭ leur capitale, c’était Khasrū Sābūr. Il est rapporté que la limite orientale du district de Kaskar s’étendait, par le dernier arrosage de Nahrawān, jusqu’à l’endroit où le Tigre se jette dans la mer, territoire entièrement sous l’influence de Kaskar, Englobant Bassora et ses environs. (Muʿjam al-Buldān, 4/461). (2) Il s’agit de Salama ibn Saʿīd ibn Jābir, comme mentionné dans l’Histoire de Ṭabarī (4/384).
ووَعَدَهُ بنيابةِ العرافِ إنْ هو ردَّه، فلمَّا رجع إليه أبو إسحاق قال له: ما وراءك؛ قال: رأيتُهم مُعظِمينَ لك، يعرفون قدرَك. فغَرَّهُ ذلك، وعزم على الذهاب إلى الخليفة، فاستشار أميرًا يُقالُ له نَيْزَك فنهاه، فصمَّمَ على الذهاب، فلما رآهُ نيزك عازمًا على الذهاب تمثَّلَ بقولِ الشاعر: ما لِلرِّجَالِ مع القضاءَ محَالَةٌ .... ذهب القضاءُ بِحِيلَةِ الأقوامِ ثم قال له: احفظْ عني واحدةً. قال: وما هي؟ قال: إذا دخلتَ عليه فاقتُلْهُ ثم بايعْ مَنْ شئتَ بالخلافة، فإنَّ الناسَ لا يخالفونك. وكتب أبو مسلم يُعِلمُهُ بقُدومِهِ عليه. قال أبو أيوب كاتبُ الرسائل: فدخلت على المنصور وهو جال في خِبَاءَ شعَر، جال في مُصَلاهُ بعدَ العَصْر، وبين يديه كتاب، فألقاهُ إليّ، فإذا هو كتابُ أبي مسلم يُعلمه بالقُدوم عليه، ثم قال الخليفة: والله لئن ملأتُ عيني منه لأقتلَنَّه. قال أبو أيوب: فقلتُ: ﴿إِنَّا لِلَّهِ وَإِنَّاَ إِليهِ رَاجُعونَ﴾ [البقرة: ١٥٦] وبِتُّ تلك الليلةَ لا يأتيني نَوْم، وأفكِّرُ في هذه الواقعة، وقلت: إنْ دخل أبو مسلم خائفًا ربما يَبدو منه شرٌّ إلى الخليفة، والمصلحةُ تقتضي أن يدخلَ آمنًا ليتمكَّنَ منه الخليفة، فلما أصبحتُ طلبتُ رجلًا من الأمراء وقلتُ له: هل لك أن تتولَّى مدينةَ كَسْكَر (١) فإنها مُغِلَّةٌ في هذه السنة. فقال: ومَنْ لي بذلك؟ فقلت له: فاذهَبْ إلى أبي مسلم فتلقَّاهُ في الطريق فاطلبْ منه أنْ يُولِّيَكَ تلك البلد، فإنَّ أمير المؤمنين يُريد أن يُولِّيَهُ ما وراء بابه ويستريحَ لنفسه. واستأذنتُ المنصورَ له أنْ يذهبَ إلى أبي مسلم، فأذِنَ له وقال له: سَلِّمْ عليه وقُلْ له: إنَّا بالأشواق إليه. فسار ذلك الرجلُ وهو سلمة بن فلان (٢) إلى أبي مسلم فأخبرَهُ باشتياقِ الخليفةِ إليه، فسرَّهُ ذلك وانشرح، وإنما هو غرورٌ ومَكْرٌ به، فلما سمع أبو مُسلم بذلك عجَّلَ الشَيْرَ إلى مَنِيَّتِه، فلما قرب من المدائن أمر الخليفةُ القوَّادَ والأمراءَ أنْ يتلقَّوه، وكان دخولُه على المنصور من آخرِ ذلك اليوم، وقد أشار أبو أيوب على المنصور أنْ يؤخِّرَ قتلَهُ في ساعتِهِ هذه إلى الغد، فقبل ذلك منه، فلما دخل أبو مسلم على المنصور من العَشِيّ أظهر له الكرامةَ والتعظيم، ثم قال: اذهَبْ فأرح نفسَك، وادخُلِ الحمَّام، فإذا كان الغَدُ فأْتِني، فخرج من عنِده، وجاءه الناسُ يُسلِّمون عليه، فلما كان الغدُ طلب الخليفةُ بعضَ الأمراء فقال له: كيف بلائي عندَك؟ فقال: واللّه يا أمير المؤمنين لو أمرتَني أن أقتلَ تفسي لقتلتُها. قال: فكيف بك
(١) كَسْكَر: بالفتح ثم السكون وكاف أخرى وراءه: معناه عامل الزرع، كُورةٌ واسعة يُنسَبُ إليها الفراريج الكَسْكَرية لأنها تكثر بها جدًّا، رأيتها أنها تُباع فيها أربعة وعشرون فروجًا كبارًا بدرهم واحد، قال ابن الحجاج: ما كان قط غذاءها إِلَّا الدجاج المصدّر، والبط يُجلب إليها، لكنْ يُجلَب من بعض أعمال كسكر، وقصَبَتُها اليومَ واسط، القصبة التي بين الكوفةِ والبصرة، وكان قصبتها قبل أن يُمَصِّرَ الحجاِجُ واسطًا خسرو سابور، ويقال: إنَّ حَدَّ كورةِ كَسْكَر من الجانب الشرقي في آخرِ سقْي النهروان إلى أن تصُبَّ دِجلةُ في البحرِ كله من كسكر فتدخل فيه على هذا البصرة ونواحيها. معجم البلدان (٤/ ٤٦١). (٢) هو سلمة بن سعيد بن جابر كما في تاريخ الطبري (٤/ ٣٨٤).

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