Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Entre le diable et ses tentations d’une part, et toi de l’autre, il n’a pas trouvé de porte par laquelle corrompre ton intention plus sûre à ses yeux que celle-ci, ni plus proche de son art (1) que la porte qu’il a ouverte devant toi.

On rapporte qu’Abou Muslim écrivit à Al-Mansour : « Cela étant, j’ai choisi un homme pour imam et guide au sujet de ce qu’Allah a imposé à Ses créatures. Cet homme, qui résidait dans le domaine du savoir, était également proche parent du Messager d’Allah (ﷺ). Toutefois, il m’a abusé au moyen du Coran en le détournant de son contexte, espérant en tirer un maigre profit qu’Allah avait déjà dispensé à Ses serviteurs. Il a agi comme celui qui s’abuse par la ruse. Il m’a ordonné de tirer l’épée, de faire disparaître la miséricorde, de ne pas accepter les excuses et de ne pas pardonner la faute. Je m’y suis conformé pour consolider votre pouvoir, jusqu’à ce qu’Allah vous fasse connaître de ceux qui vous ignoraient et que vous obéissent ceux qui vous étaient ennemis. Puis Allah vous a rendus visibles et triomphants par mon intermédiaire, après la dissimulation, le mépris et l’humiliation. Ensuite, Allah m’a sauvé par le repentir. S’Il me pardonne, c’est là Son habitude ancienne et ce qui Lui est attribué ; s’Il me punit, c’est pour ce que mes mains ont commis, et Allah n’est point injuste envers Ses serviteurs. » C’est ce qu’a rapporté Al-Mada’ini de ses maîtres (2).

Al-Mansour dépêcha alors Jarir ibn Yazid ibn Abd Allah Al-Bajali – l’unique de son temps parmi un groupe d’émirs – et lui ordonna de s’adresser à Abou Muslim avec la plus grande douceur possible et, entre autres choses, de lui dire qu’il souhaitait rehausser son rang, élever sa position et lui faire de larges libéralités. Si Abou Muslim acceptait, tant mieux ; s’il refusait, Jarir devait alors lui dire : « Il se déclare innocent d’Al-‘Abbâs au cas où tu briserais ton allégeance : il viendra à toi lui-même et combattra contre toi, te préférant à tout autre ; même si tu te lançais dans l’immensité de la mer, il te suivrait jusqu’à te rattraper et te tuer, ou mourir avant de t’atteindre. » Toutefois, Jarir ne devait lui annoncer cela qu’une fois tout espoir perdu de le voir revenir par un moyen plus doux.

Quand les émirs d’Al-Mansour arrivèrent à Hulwân et entrèrent auprès de lui, ils le blâmèrent pour son projet de s’opposer au Commandeur des croyants et de s’écarter de son obéissance ; ils l’encouragèrent à revenir à la loyauté. Il consulta alors les personnes de conseil parmi ses émirs, et tous le dissuadèrent de retourner auprès d’Al-Mansour. Ils lui conseillèrent de demeurer à Ray, afin de garder le Khorassan sous son autorité, avec des troupes qui lui obéiraient. Si le calife se montrait conciliant à son égard, c’était bien ; sinon, il resterait en position de force et disposant de sa propre armée.

À ce moment, Abou Muslim envoya dire aux émissaires d’Al-Mansour : « Retournez vers votre maître, je ne le rencontrerai pas. » Lorsqu’ils perdirent tout espoir de le convaincre, ils lui transmirent le message qu’Al-Mansour leur avait ordonné de dire. À ces mots, Abou Muslim se sentit fortement accablé et déclara : « Laissez-moi sur-le-champ ! »

Abou Muslim avait laissé pour gouverner le Khorassan Abou Dawoud Ibrahim ibn Khalid. En l’absence d’Abou Muslim, au moment où l’on commença à le soupçonner, Al-Mansour écrivit à Abou Dawoud : « Tu détiens le gouvernement du Khorassan tant que tu vivras. Je t’en ai nommé gouverneur et j’en ai démis Abou Muslim. » À la réception de cette nouvelle au sujet de la rébellion d’Abou Muslim contre le calife, Abou Dawoud lui écrivit : « Il ne nous convient pas de nous opposer aux califes de la Maison du Messager d’Allah (ﷺ). Reviens donc à ton imam, en l’écoutant et en lui obéissant. Paix. » Cette lettre accrut encore sa détresse.

Abou Muslim leur déclara alors : « J’enverrai vers lui Abou Ishaq, en qui j’ai confiance. » Il l’envoya donc à Al-Mansour, qui l’honora à son arrivée.

(1) Dans (Kh) : « ẓannuhu ». (2) Rapporté par Ibn Jarir al-Tabari dans son Histoire (4/382) d’après al-Mada’ini.
بين الشيطانِ ونزَغَاتِهِ وبينك، فإنَّهُ لم يجدْ بابًا يُفسِدُ به نِيَّتَك أوكدَ عندَهُ من هذا، ولا أقربَ من طبّهِ (١) من الباب الذي فَتَحَهُ عليك. ويُقال: إن أبا مسلم كتب إلى المنصور: أمَّا بعد، فإني اتَّخذتُ رجلًا إمامًا، ودليلًا على ما افترض اللَّه على خلقِه، وكان في محلَّةِ العلمِ نازلًا، وفي قرابتِهِ من رسولِ الله ﷺ قريبًا، فاستجهَلَني بالقرآنِ فحرَّفَهُ عن مواضعِهِ، طمعًا في قليل قد تعافاهُ اللَّه إلى خلقِه، وكان كالذي دَلَّى بغَرُور، وأمرني أنْ أُجَرّدَ السيفَ وأرفعَ المَرْحَمَة، ولا أقبلَ المعذِرَة، ولا أُقيلَ العَثَرة، ففعلتُ توطيدًا لسلطانِكُمْ، حتَّى عرَّفكم اللَّه مَنْ كان يجهَلُكم، وأطاعَكم مَنْ كان عدوَّكم، وأظهركم اللَّه بي بعد الإخفاء والحقارَةِ والذُّلّ، ثم استنقذني اللَّه بالتَّوبة، فإنْ يعفُ عني فقديمًا عُرف به، ونُسب إليه، وإنْ يعاقِبْني فبما قدَّمَتْ يداي، فما اللَّه بظلامٍ للعبيد. ذكره المدائني عن شيوخه (٢) . وبعث المنصورُ إليه جريرَ بنَ يزيدَ بنِ عبدِ اللَّه البَجَلي، وقد كان أوحدَ أهلِ زمانهِ في جماعةٍ من الأمراء، وأمرَهُ أنْ يُكَلّمَ أبا مسلمٍ باللّين كلامًا يقدِرُ عليه، وأن يكون في جملةِ ما يكلِّمُه به أنه يُريدُ رفعَ قَدْرِك، وعلوَّ مَنْزلتِك، والإطلاقاتِ لك، فإنْ جاء بهذا فذاك، وإنْ أبَى فقلْ: هو بريءٌ من العباس إنْ شققتَ العَصَا على وجهك، لَيُدْرِكَنَّكَ بنفسِه، وليقاتلَنَّك دونَ غيرِه، ولو خُضتَ البحرَ الخِضَمَّ لخاضَهُ خلفَك حتَّى يدركَكَ فيقتلكَ أو يموتَ قبل ذلك، ولا تقلْ له هذا حتَّى تيأسَ من رجوعِهِ بالتي هي أحسن. فلمَّا قَدِمَ عليه أمراءُ المنصورِ بِحُلْوان دخلوا عليه، ولامُوهُ فيما هَمَّ بهِ من مُنابَذَةِ أميرِ المؤمنين وما هو فيه من مخالفتِه، ورغَّبوهُ الرجوعَ إلى الطاعة، فشاوَرَ ذوي الرأي من أمرائِه، فكلُّهم نَهاهُ عن الرجوعِ إليه وأشاروا بأنْ يُقيمَ في الرَّيّ، فتكونُ خراسانُ تحتَ حُكمِه، وجنودُه طوعًا له، فإن استقام لَهُ الخليفةُ وإلَّا كانَ في عِزٍّ ومَنَعَةٍ من الجُند، فعند ذلك أرسلَ أبو مسلم إلى أمراءَ المنصور فقال لهم: ارجِعوا إلى صاحبِكم، فلستُ ألقاه، فلمّا استيأسوا منه قالوا ذلك الكلامَ الذي كان المنصور أمرَهم به، فلما سمع ذلك كَسَرَهُ جِدًّا وقال: قوموا عني الساعة. وكان أبو مسلم قدِ استخلف على خُراسان أبا داود إبراهيم بن خالد، فكتب إليه المنصورُ في غَيبةِ أبي مسلم حين اتُّهم: إنَّ ولايةَ خُراسانَ لكَ ما بَقِيت، فقد ولَّيتكَها وعزَلْتُ عنها أبا مسلم. فعند ذلك كتَبَ أبو داودَ إلى أبي مسلمٍ حينَ بلَغَهُ ما عليه من مُنَابَذَةِ الخليفة أنه ليس يليقُ بنا منابذةُ خلفاءِ أهلِ بيتِ رسولِ اللَّه ﷺ ، فارجِعْ إلى إمامِكَ سامعًا مُطيعًا والسلام. فزادَهُ ذلك كسرًا أيضًا، فبعث إليهم أبو مسلم: إني سأبعثُ إليه أبا إسحاق، وهو مِمَّنْ أثِقُ به، فبعث أبا إسحاق إلى المنصور، فأكرمه
(١) في (خ): "ظنه". (٢) أخرجه ابن جرير الطبري في تاريخه (٤/ ٣٨٢) عن المدائني.

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