«Quiconque avait l’intention de rejoindre sa famille, qu’il ne revienne pas… Il fuit la mort mais tomba dans la mort.»
On construisait pour lui un petit abri où il se tenait lorsque les deux armées s’affrontaient. Dès qu’il remarquait une faille dans ses troupes, il envoyait quelqu’un pour la réparer. Puis, le mardi ou le mercredi, au septième jour du mois de Joumâdâ al-Âkhirah, les armées se rencontrèrent et s’affrontèrent dans un combat acharné. Abou Muslim les prit alors au piège : il dépêcha un messager auprès de Hassan ibn Qahtabah, commandant de l’aile droite, pour lui ordonner de se déplacer avec ses hommes, à l’exception d’un petit nombre, vers l’aile gauche. Voyant cela, les Syriens se regroupèrent sur leur aile droite, en face de l’aile gauche désormais renforcée. Abou Muslim envoya alors l’ordre au centre, avec le reste de l’aile droite, de charger l’aile gauche de l’armée syrienne, et ils la brisèrent. Les hommes du centre et de l’aile droite des Syriens prirent aussitôt la fuite. Les Khourâsâniens se ruèrent sur les Syriens, provoquant leur déroute. Après avoir longtemps hésité, ‘Abd Allâh ibn ‘Alî s’enfuit et Abou Muslim s’empara de tous les biens et provisions présents dans leur camp. Il accorda ensuite la sécurité au reste de leurs soldats et n’en tua aucun. Il écrivit à Al-Mansour pour l’informer de la victoire. Al-Mansour envoya alors son affranchi, Abou al-Khasîb, afin de recenser tout ce qui se trouvait dans le camp de ‘Abd Allâh. Cela mit grandement en colère Abou Muslim al-Khourâsânî.
Tous les territoires se rallièrent à Abou Ja‘far al-Mansour. Quant à ‘Abd Allâh ibn ‘Alî et son frère ‘Abd as-Samad, ils prirent la fuite. Lorsqu’ils passèrent à ar-Rousâfah, ‘Abd as-Samad s’y arrêta. Plus tard, quand Abou al-Khasîb y revint, il le trouva sur place et l’emprisonna dans des fers avant de l’amener devant Al-Mansour, qui le livra à ‘Isâ ibn Moussâ. Ce dernier demanda qu’il obtienne la sécurité. D’autres rapportent que c’est plutôt Ismâ‘îl ibn ‘Alî qui sollicita la grâce pour lui. Quant à ‘Abd Allâh ibn ‘Alî, il se réfugia chez son frère Souleïmân ibn ‘Alî à Bassora, où il demeura quelque temps dans la clandestinité. Lorsque Al-Mansour l’apprit, il envoya l’arrêter.
[On raconte qu’il fut enfermé dans une maison dont les fondations étaient faites de sel ; on arrosa alors ce sel d’eau, si bien qu’il fondit et la maison s’écroula sur ‘Abd Allâh, provoquant sa mort. C’est là l’une des ruses de Al-Mansour, et Dieu le Très-Haut est le plus Savant.]
(1) Il demeura en prison sept ans, puis la maison dans laquelle il se trouvait s’effondra sur lui et il mourut, comme on le verra expliqué plus loin, si Dieu le veut.
La mort d’Abou Muslim al-Khourâsânî
Cette même année encore, après qu’Abou Muslim eut accompli le pèlerinage, il devança les autres pèlerins d’une étape. Sur la route, il apprit la mort du calife As-Saffâh. Il écrivit alors à Abou Ja‘far pour présenter ses condoléances au sujet de son frère, sans toutefois le féliciter pour le califat et sans revenir auprès de lui. Al-Mansour en fut irrité, car il nourrissait déjà à son égard de mauvais sentiments depuis qu’il avait hérité du califat.
Et l’on rapporte que c’est plutôt Al-Mansour qui avait pris de l’avance d’une étape avant le pèlerinage. Lorsque la nouvelle de la mort de son frère parvint, il écrivit à Abou Muslim de hâter le pas, ainsi que nous l’avons déjà évoqué (2). Il ordonna alors à Abou Ayyoub : «Écris-lui une lettre sévère.» En recevant cette lettre, Abou Muslim envoya finalement des félicitations pour l’accession au califat, cédant ainsi ; et certains racontent