Parmi les califes de Banî Umayya, il les mentionna un à un et passa sous silence Marwân ibn Muhammad. Je dis : « Ensuite, qui ? » Il répondit : « Le fils d’Al-Hârithiyya, c’est-à-dire ton fils. » Je lui rétorquai : « Mon fils issu d’Al-Hârithiyya était alors encore dans le sein (de sa mère). »
Il (raconta aussi) que les habitants de Médine se rendirent auprès d’as-Saffâh et se précipitèrent pour lui baiser la main, à l’exception de ‘Imrân ibn Ibrâhîm ibn ‘Abd Allâh ibn Mutî‘ al-‘Adawî, qui ne l’embrassa pas et se contenta de le saluer en tant que calife. Il déclara : « Par Dieu, ô Commandeur des croyants, si l’acte de baiser ta main t’apportait une élévation plus grande et me procurait une plus vaste intercession auprès de toi, aucun parmi ces gens ne m’aurait devancé. Mais je n’ai que faire d’un acte qui ne procure aucune récompense, et peut-être celui qui s’y adonnerait en subirait-il un péché. » Puis il s’assit. Par Dieu, cela ne diminua en rien son rang auprès d’as-Saffâh, qui l’aima davantage et l’éleva.
Le cadi al-Mu‘afâ ibn Zakariyyâ rapporte ensuite qu’as-Saffâh envoya un homme proclamer ces deux vers la nuit dans le camp de Marwân, puis revenir :
« Ô famille de Marwân, Dieu vous anéantira,
Et Il changera votre sécurité en peur et en dispersion.
Que Dieu ne fasse vivre aucun de ceux qui vous invoquent,
Et qu’Il vous éparpille dans les contrées de la terreur, vous chassant de toutes parts. » (1)
Al-Khatîb al-Baghdâdî relate (2) qu’as-Saffâh se regarda un jour dans le miroir — or il était parmi les plus beaux des hommes — et dit : « Ô mon Dieu, je ne dirai pas comme l’a fait Sulaymân ibn ‘Abd al-Malik : “Je suis le jeune calife.” Au contraire, je dis : “Ô mon Dieu, fais-moi vivre longtemps dans Ton obéissance, gratifié de la santé.” » À peine eût-il achevé sa phrase qu’il entendit un domestique dire à un autre : « Le terme (que nous avons convenu) est de deux mois et cinq jours. » Il s’en inquiéta et dit : « Dieu me suffit, il n’est de puissance qu’en Lui, en Lui je place ma confiance et c’est de Lui que je demande assistance. » Il mourut en effet deux mois et cinq jours plus tard.
Muhammad ibn ‘Abd Allâh ibn Mâlik al-Khuzâ‘î raconta que le calife ar-Rashîd ordonna à son fils de recueillir auprès d’Ishâq ibn ‘Îsâ ibn ‘Alî ce que celui-ci citait de son père au sujet de l’histoire d’as-Saffâh. Il rapporta de la part de son père ‘Îsâ qu’il était entré un jour de ‘Arafa, au matin, chez as-Saffâh et l’avait trouvé en train de jeûner. As-Saffâh lui ordonna alors de converser avec lui ce jour-là et de rompre son jeûne en sa présence. ‘Îsâ poursuivit : « Je m’entretenais donc avec lui jusqu’à ce qu’il s’endorme. Je pris congé en disant : “Je vais me reposer chez moi, puis je reviendrai.” J’y allai et dormis un peu, puis je me rendis à nouveau à sa demeure. À la porte, un messager se trouvait, annonçant la bonne nouvelle de la conquête du Sind, de leur allégeance au calife et de la soumission de leurs affaires à ses gouverneurs. Je louai Dieu pour m’avoir permis d’arriver avec une telle annonce, puis j’entrai. Sur place, un autre messager parvint avec la bonne nouvelle de la conquête de l’Ifriqiya. Je rendis grâce à Dieu, puis j’allai vers as-Saffâh pour lui annoncer cela, et je le trouvai en train de peigner sa barbe après ses ablutions. Le peigne tomba de sa main et il déclara : “Gloire à Dieu ! Toute chose périt, hormis Lui. En vérité, voilà qu’on vient de m’annoncer ma propre mort. Ibrahim al-Imâm m’a rapporté d’après Abû Hâshim, d’après ‘Abd Allâh ibn Muhammad ibn ‘Alî ibn Abî Tâlib, d’après ‘Alî ibn Abî Tâlib, d’après l’Envoyé de Dieu (ﷺ) qui a dit : ‘Il viendra à moi dans ma cité…’” »