Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Lorsqu’Abou Muslim se présenta devant as-Saffah, celui-ci l’honora, l’exalta et le traita avec respect, l’installant près de lui. Il venait chaque jour assurer son service. Puis Abou Muslim sollicita la permission du calife pour accomplir le pèlerinage à La Mecque (le hajj), et as-Saffah la lui accorda en disant : « Si je n’avais pas déjà confié le hajj à mon frère Abou Jaʿfar, je t’aurais nommé émir du pèlerinage. »

Or, une discorde sévissait entre Abou Jaʿfar et Abou Muslim, car Abou Jaʿfar le détestait. En effet, il voyait l’honneur dont Abou Muslim jouissait lorsqu’il arriva à Neysabour pour prêter serment d’allégeance à as-Saffah, puis à al-Mansour après lui. Il resta perplexe à ce sujet et conçut à son égard une forte rancune. Al-Mansour conseilla donc à as-Saffah de le tuer et lui recommanda de tenir cela secret. Quand Abou Muslim fut arrivé, il ordonna de nouveau de le tuer et l’y incita. As-Saffah lui répondit : « Tu sais la loyauté dont il a fait preuve à notre égard et les services qu’il nous a rendus ! » Abou Jaʿfar répliqua : « Ô Commandeur des Croyants, tout cela n’est dû qu’à notre pouvoir. Par Dieu, si tu avais envoyé un simple chat, ils l’auraient écouté et obéi ! Si tu ne te débarrasses pas de lui au plus vite, c’est lui qui te fera périr avant. » As-Saffah demanda : « Comment procéder ? » Abou Jaʿfar répondit : « Quand il entrera auprès de toi, distrais-le par la conversation ; moi, j’arriverai par-derrière et je le frapperai de mon épée. » Le calife s’enquit : « Et ceux qui l’accompagnent ? » Abou Jaʿfar répondit : « Ils sont faibles et peu nombreux. » Le calife lui permit donc de le tuer.

Mais lorsque Abou Muslim entra auprès d’as-Saffah, ce dernier regretta l’autorisation qu’il avait donnée à son frère. Il envoya donc un serviteur vers Abou Jaʿfar pour lui dire : « Il a fini par éprouver des remords de ce qui s’est passé entre vous ; ne le tue pas. » Or, lorsque le serviteur le rejoignit, Abou Jaʿfar était déjà assis, l’épée sur les genoux, prêt à assassiner Abou Muslim. Quand il reçut l’interdiction, Abou Jaʿfar se mit dans une grande colère.

Cette même année, Abou Jaʿfar al-Mansour conduisit les pèlerins en lieu et place de son frère as-Saffah. Abou Muslim al-Khorasani l’accompagna au Hedjaz par ordre du calife, après avoir reçu la permission de faire le pèlerinage. Au retour, alors qu’ils étaient à Dhât ʿIrq, Abou Jaʿfar – qui précédait Abou Muslim d’une étape – apprit la nouvelle de la mort de son frère as-Saffah. Il écrivit à Abou Muslim : « Un événement grave s’est produit ; hâte-toi, hâte-toi ! » Quand Abou Muslim sut de quoi il retournait, il pressa le pas pour le rattraper et le rejoignit à Koufa. C’est alors que l’on prêta allégeance à al-Mansour, comme on l’exposera en détail plus loin. Dieu est plus savant.

Traduction d’Abou al-Abbas as-Saffah, premier calife de la dynastie abbasside, et récit de sa mort :

(1) Il s’agit de ʿAbd Allah as-Saffah – également surnommé al-Mourtada et al-Qassim – fils de Muhammad ibn l’imam ibn ʿAli as-Sajjâd ibn ʿAbd Allah al-Habr ibn al-ʿAbbas Dhou ar-Ra’y ibn ʿAbd al-Muttalib, Shaybat al-Hamd, Hâshim ibn ʿAmr ibn ʿAbd Manâf ibn Qusayy, connu sous le nom d’Abou al-ʿAbbas al-Qurashî al-Hâshimî, Commandeur des Croyants, surnommé as-Saffah. Il est le premier des califes issus des Banou al-ʿAbbas. Sa mère se nommait Raytah – on dit aussi Râʾitah – fille de ʿUbayd Allah ibn ʿAbd Allah ibn ʿAbd al-Madân ibn ad-Dayyân al-Hârithî. As-Saffah naquit à al-Houmaymah, dans la région d’ach-Charât, au Balqâʾ en Syrie, et y grandit jusqu’au jour où Marwân captura son frère, du vivant même de Marwân, un vendredi, le douzième jour de Rabiʿ al-Awwal, à Koufa, comme mentionné plus haut. Il mourut de la variole à al-Anbâr un dimanche, le onzième – certains disent une autre date – … et Dieu sait mieux.

(1) Sa biographie se trouve dans Tārīkh Khalīfa, p. 409 ; Tārīkh Baghdād, vol. 10, p. 46 ; Tārīkh al-Yaʿqūbī, vol. 2, p. 349 ; Tārīkh Madīnat Dimashq d'Ibn ʿAsākir, vol. 32, p. 276 ; al-Kāmil fī al-Tārīkh d'Ibn al-Athīr, vol. 5, p. 99 ; Siyar Aʿlām al-Nubalāʾ, vol. 6, p. 77 ; Ṭabaqāt al-Ḥanafiyya, p. 423 ; Tārīkh al-Khulafāʾ, p. 256 ; Maʾāthir al-Ināfa, vol. 1, p. 170 ; Shudhrāt al-Dhahab, pp. 183/1, 195, et suivants.
ولما دخل على السفاح أكرَمَهُ وعظَّمَهُ واحترَمَه، وأنزله قريبًا منه، وكان يأتي إلى الخدمةِ كلَّ يوم، واستأذَنَ الخليفةَ في الحجِّ فأذِنَ له وقال: لولا أنِّي عَيَّنْتُ الحجَّ لأخي أبي جعفر لأمَّرْتُكَ على الحَجّ. وكان الذي بين أبي جعفر وأبي مسلم خرابًا، وكان يُبغِضُه، وذلك لِمَا رأى ما هو فيه من الحُرْمَةِ حين قَدِم عليه نَيْسابور في البَيْعَةِ للسفَّاح وللمنصورِ من بعده، فحارَ في أمره لذلك، فحقَدَ عليه المنصور، وأشار على السفَّاح بقَتلِه، فأمَرَهُ بِكَتْمِ ذلك، وحين قَدِم أمَرَهُ بقَتْلِهِ أيضًا، وحرَّضَهُ على ذلك، فقال له السفَّاح: قد علمتَ بلاءَهُ معَنا وخدمَتَهُ لنا! فقال أبو جعفر: يا أمير المؤمنين، إنما ذلك بدَوْلَتِنا، واللّه لو أرسلتَ سِنَّوْرًا لسَمِعوا لها وأطاعوا، وإنِّك إنْ لم تتعشَّ بهِ تغدَّى بك هو، فقال له: كيف السبيل إلى ذلك؟ فقال: إذا دخل عليك فحادِثْهُ، ثم أجيء أنا من ورائِهِ فأضْرِبُهُ بالسيف. قال: كيف بِمَنْ معه؟ قال: هم أذَلُّ وأقل. فأذِنَ له في قَتْلِه، فلما دخل أبو مسلم على السفَّاح نَدِم على ما كان أذِنَ لأخيه فيه، فبعث إليه الخادمَ يقول له: إنَّ ذاك الذي بينك وبينه نَدِمَ عليه فلا تفعَلْه، فلما جاءه الخادمُ وجَدَهُ محتبيًا بالسيف، قد تهيَّأ لِمَا يُريد من قَتْلِ أبي مسلم، فلما نهاهُ عن ذلك غَضِب أبو جعفر غضبًا شديدًا. وفيها حَجَّ بالناسِ أبو جعفر المنصور عن ولايةِ أخيه السفَّاح، وسار معه إلى الحجاز أبو مسلم الخراساني عن أمرِ الخليفة، وأذِنَ له في الحَجّ، فلمَّا رجعا من الحجّ، وكانا بذاتِ عِرْق جاء الخبَرُ إلى أبي جعفر - وكان يسير قبلَ أبي مسلم بمرحلة - بِمَوْتِ أخيه السفَّاح، فكتب إلى أبي مسلم أنْ قد حدَثَ أمرٌ فالعَجَلَ العجَل. فلمَّا استعلم أبو مسلم الخبَر عَجَّلَ السَّيْرَ وراءه، فلَحِقَهُ إلى الكوفة، وكانتْ بيعةُ المنصور على ما سيأتي بيانُه وتفصيلُه قريبًا، واللّه (سبحانه وتعالى) أعلم. ترجمة أبي العباس السفَّاح أولِ خلفاء بني العباس وذكر وفاته (١) هو عبد اللَّه السفاح - ويقال له المرتضى والقاسم أيضًا - ابن محمد بن الإمام ابن علي السَّجَّاد بن عبد اللَّه الحَبْر بن العباس ذي الرأي ابن عبد المطلب، شيبةِ الحَمْد، هاشم بن عمرو بن عبد مناف بن قُصَيّ، أبو العباس القرشيُّ الهاشميّ، أميرُ المؤمنين الملَقَّب بالسفَّاح، وهو أول خلفاء بني العباس، وأمُّه رَيْطَة - ويُقال رائطة - بنت عبيد اللَّه بن عبد اللَّه بن عبد الْمَدَان بن الدَّيَّان الحارثي. كان مولد السفاح بالحُمَيْمَةِ من أرضِ الشَّرَاةِ من البَلْقَاءِ بالشام، ونشأ بها حتَّى أخذ مروانُ أخاهُ في حياة مروانَ يومَ الجمعة، الثاني عشر من ربيع الأول بالكوفةِ كما تقدَّم. وتُوفِّي بالْجُدَرِيِّ بالأنْبَار يوم الأحد الحادي عشر - وقيل
(١) ترجمته في تاريخ خليفة ص (٤٠٩)، تاريخ بغداد (١٠/ ٤٦)، تاريخ اليعقوبي (٢/ ٣٤٩)، تاريخ مدينة دمشق لابن عساكر (٣٢/ ٢٧٦)، الكامل في التاريخ لابن الأثير (٥/ ٩٩). سير أعلام النبلاء (٦/ ٧٧)، طبقات الحنفية ص (٤٢٣)، تاريخ الخلفاء ص (٢٥٦)، مآثر الإنافة (١/ ١٧٠)، شذرات الذهب (١٨٣/ ١، ١٩٥)، وما بعدها.

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