Lorsque les scribes se mettent à l’œuvre, leur vacarme se fait entendre comme des arcs, et les plumes de ces arcs deviennent pour eux des flèches.
(1) Abu Salama Ḥafṣ ibn Sulaymān : il fut le premier à exercer la fonction de vizir pour la famille des ʿAbbās. Abū Muslim le tua à al-Anbār sur ordre d’as-Saffāḥ, quatre mois après sa nomination, au mois de Rajab. Il jouissait d’une apparence digne, avait l’esprit alerte et un humour agréable ; as-Saffāḥ appréciait sa compagnie et aimait passer les soirées en sa présence en raison de sa conversation plaisante. Cependant, as-Saffāḥ soupçonna qu’il penchait en faveur de la famille de ʿAlī, et Abū Muslim dépêcha quelqu’un pour l’assassiner en traître, comme mentionné précédemment.
Lorsque as-Saffāḥ eut appris sa mort, il déclama ces vers :
« Qu’il parte en Enfer, lui et quiconque lui ressemble…
De quoi pourrions-nous nous affliger à son sujet ? »
(2) On l’appelait le « Vizir de la famille de Muḥammad » et on le surnommait al-Khallāl en raison de sa résidence dans le quartier des Khallālīn à Koufa. Il fut le premier à porter le titre de vizir. Ibn Khallikān rapporte (3), d’après Ibn Qutayba, que l’étymologie du mot « vizir » (wazīr) vient de « wizr », qui signifie « fardeau », sous-entendant que le sultan lui confie des charges lourdes, se reposant sur son avis. Le grammairien az-Zajjāj explique quant à lui que le terme provient de « al-wazar », la montagne, car le sultan y trouve refuge, tout comme l’homme craintif se retranche dans une montagne pour se protéger. Dieu est plus savant.
[Ensuite arriva l’année 133 de l’Hégire]
Cette année-là, as-Saffāḥ investit son oncle Sulaymān ibn ʿAlī du gouvernement de Baṣra et de ses dépendances, ainsi que des provinces de la Digla, de Bahreïn et dʿOman. Il envoya son oncle Ismāʿīl ibn ʿAlī dans les provinces d’al-Ahwāz.
Au cours de cette même année, Dāwūd ibn ʿAlī fit exécuter à La Mecque et à Médine les membres de la famille omeyyade qui s’y trouvaient. Puis Dāwūd ibn ʿAlī mourut à Médine au mois de Rabīʿ al-Awwal et laissa à son fils Mūsā le soin de le remplacer. Son mandat sur le Ḥijāz dura trois mois. Lorsque la nouvelle de sa mort parvint à as-Saffāḥ, celui-ci désigna son oncle maternel, Ziyād ibn ʿUbayd Allāh ibn ʿAbd ad-Dār al-Ḥārithī, comme successeur à ce poste. Il confia le Yémen à son cousin maternel Muḥammad ibn Yazīd ibn ʿUbayd Allāh ibn ʿAbd ad-Dār, et accorda le gouvernement du Shām (Grande Syrie) à ses deux oncles ʿAbd Allāh et Ṣāliḥ, fils de ʿAlī. Enfin, il confirma Abū ʿAwn dans son rôle de gouverneur de la province d’Égypte.