Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Il tarda à recevoir la réponse qu’il attendait au sujet du califat et s’orienta alors vers une réconciliation avec Abû Jaʿfar. Ce dernier demanda la permission à son frère as-Saffâh, qui la lui accorda. Abû Jaʿfar rédigea donc un acte de paix, et Ibn Hubayra le conserva durant quarante jours en consultant les savants. Ensuite, Yazîd ibn ʿUmar ibn Hubayra se rendit auprès d’Abû Jaʿfar à la tête de mille trois cents hommes originaires de Boukhara. Lorsqu’il s’approcha de la tente d’Abû Jaʿfar, il voulut y entrer à cheval, mais le chambellan Salâm l’interpella : « Descends, Abâ Khâlid. » Autour de la tente, se trouvaient dix mille personnes venant du Khurâsân. On l’autorisa alors à entrer, et il demanda : « Moi et ceux qui m’accompagnent ? » On lui répondit : « Non, toi seul. » Il entra donc, on lui disposa un coussin sur lequel il s’assit, et il s’entretint avec Abû Jaʿfar un instant. Puis il se retira, sous le regard d’Abû Jaʿfar.

Par la suite, il vint le voir jour après jour accompagné de cinq cents cavaliers et de trois cents fantassins, ce qui suscita des plaintes auprès d’Abû Jaʿfar. Celui-ci ordonna alors au chambellan : « Dis-lui de venir avec une suite plus réduite. » Dès lors il arriva avec une trentaine d’hommes. Le chambellan lui dit : « On dirait que tu viens prêt au combat. » Il répondit : « Si vous m’aviez ordonné de venir à pied, je serais venu ainsi. » Finalement, il ne se présenta plus qu’avec trois personnes. Un jour, tandis qu’Ibn Hubayra s’adressait à Abû Jaʿfar, il s’écria au cours de la conversation : « Ô toi, là-bas ! » (ou : « Ô toi, homme !»), puis il s’excusa en disant que c’était un simple lapsus de sa part ; Abû Jaʿfar lui pardonna.

As-Saffâh avait écrit auparavant à Abû Muslim pour le consulter à propos de la réconciliation avec Ibn Hubayra, et Abû Muslim l’en avait dissuadé. As-Saffâh ne prenait aucune décision sans le consulter. Lorsque la paix fut finalement scellée par Abû Jaʿfar, as-Saffâh ne l’apprécia pas et exprima sa désapprobation. Il envoya l’ordre à Abû Jaʿfar de tuer Ibn Hubayra. Abû Jaʿfar plaida auprès de lui à maintes reprises, sans succès, jusqu’à ce qu’une lettre d’as-Saffâh parvînt stipulant clairement : « Tue-le sans faute. Il n’y a ni force ni puissance en dehors de Dieu, le Très-Haut, l’Immense ! Comment peut-on accorder la sécurité, puis la trahir ? C’est là l’acte des tyrans. » Il le lui fit jurer. Abû Jaʿfar dépêcha alors un groupe de soldats khurâsâniens qui pénétrèrent auprès de Ibn Hubayra, tandis que son fils Dâwud était à ses côtés, un jeune enfant sur ses genoux, entouré de ses affranchis et de son chambellan. Son fils le défendit jusqu’à être tué, plusieurs de ses mawâlî périrent également, et ils parvinrent enfin jusqu’à Ibn Hubayra. Celui-ci déposa l’enfant, se prosterna à terre, et fut exécuté en pleine prosternation.

La foule s’agita, aussi Abû Jaʿfar proclama-t-il l’amnistie générale, à l’exception de ʿAbd al-Malik ibn Bishr, Khâlid ibn Salama al-Makhzûmî et ʿUmar ibn Dharr. Les esprits se calmèrent. On intercéda en faveur de certains d’entre eux, tandis que d’autres furent mis à mort.

Cette même année, Abû Muslim al-Khurâsânî dépêcha Muhammad ibn al-Ashʿath en direction de Fârs, en lui ordonnant de s’emparer des fonctionnaires d’Abû Salama al-Khallâl et de les décapiter, ce qui fut exécuté. Au cours de cette année, as-Saffâh investit son frère Yahyâ ibn Muhammad du gouvernement de Mossoul et de ses environs, et nomma son oncle paternel, Dâwud, au poste de gouverneur de La Mecque, de Médine et du Yémen.

(1) Dans l’Histoire d’al-Ṭabarī (4/363) : « مباهيًا ». (2) C’est ce qui est mentionné dans les Aṣūl, où ce terme revient à plusieurs reprises dans différentes parties de l’ouvrage. Il s’agit de leur expression « غَبَنَ الثوبَ » : cela signifie « le plier et le replier », et ici cela désigne les répétitions et redondances dans le discours. Voir Lisān al-ʿArab et al-Qāmūs (entrée « غبن »).
بالخِلافة، فأبطأ عليه جوابُه، فمال إلى مُصالحةِ أبي جعفر، فاستأذن أبو جعفر أخاهُ السفَّاح في ذلك، فأذِنَ له في المصالحة، فكتب له أبو جعفر كتابًا بالصُّلح، فمكَثَ ابنُ هُبيرة يُشاور فيه العلماء أربعين يومًا، ثم خرج يزيد بن عمر بن هبيرة إلى أبي جعفر في ألف وثلاث مئة من البخاريَّة، فلمَّا دَنَا من سُرَادِق أبي جعفر همَّ أنْ يدخلَ بفرسَهِ فقال الحاجب سلام: انزِلْ أبا خالد. وكان حولَ السُّرادِق عشرة آلاف من أهل خُراسان، ثم أذن له في الدخول، فقال: أنا ومَنْ معي؟ قال: لا، بل أنتَ وحدَك. فدَخل، ووُضعت له وساد فجلس عليها، فحادثه أبو جعفر ساعة، ثم خرج من عندِهِ، فأتْبعَه أبو جعفر بصَرَه، ثم جعل يأتيهِ يومًا بعدَ يوم في خمس مئةِ فارس وثلاث مئة راجل، فشكوا ذلك إلى أبي جعفر، فقال أبو جعفر للحاجب: مُرْهُ فَلْيَأتِ في حاشيته. فكان يأتي في ثلاثين نفسًا، فقال الحاجب: كأنَّك تأتي متأهِّبًا (١) . فقال: لو أمرتموني بالمشي لمشَيْتُ إليكم. ثم كان يأتي في ثلاثةِ أنفس، وقد خاطَبَ ابنُ هُبيرة يومًا لأبي جعفر فقال في غبون (٢) كلامه: يا هناه - أو قال: يا أيها المرء - ثم اعتذر إليه بأنه قد سبَقَ لسانُهُ إلى ذلك، فأعذَرَه. وقد كان السفَّاحُ كتَبَ إلى أبي مسلم يستشيرُه في مصالحةِ ابنِ هُبيرة، فنَهاه عن ذلك، وكان السفَّاحُ لا يقطَعُ أمرًا دُونَ مراجعةِ أبي مسلم، فلما وَقَعَ الصُلْحُ على يدي أبي جعفر لم يحبَّ السفاحُ ذلك ولم يُعجِبْه. وكتب إلى أبي جعفر يأمرُ بِقَتْلِه، فراجَعَهُ أبو جعفر مرارًا لا يُفيدُهُ ذلك شيئًا، حتَّى جاء كتابُ السفَّاح: أن اقتُلْهُ لا محالة، لا حول ولا قوة إِلَّا باللّه العلي العظيم! كيف يُعطي الأمانَ ويَنْكُث؟! هذا فعلُ الجبابرة. وأقسم عليه في ذلك، فأرسل إليه أبو جعفر طائفة من الخُراسانية، فدخلوا عليه وعندَهُ ابنُه داود، وفي حجْرِهِ صبيٌّ صغير، وحوله مَوَاليه وحاجِبُه، فدافع عنه ابنُهُ حتَّى قُتل، وقُتل خلقٌ من مَوَاليه، وخَلَصوا إليه، فألقَى الصبيَّ من حجرِهِ وخَرَّ ساجدًا، فقُتل وهو ساجد. واضطربَ الناسِ، فنادى أبو جعفر في الناس بالأمان، إِلَّا عبدَ الملك بن بشر، وخالد بن سلمة المخزومي، وعمر بن ذَرّ. فسكَنَ الناس، ثم استؤمن لبعض هؤلاء وقُتل بعضهم. وفي هذه السنة بعث أبو مسلم الخراساني محمد بن الأشعث إلى فارس، وأمرَهُ أنْ يأخذَ عُمَّالَ أبي سلمةَ الخلَّال فيضربَ أعناقَهم، ففعل ذلك. وفيها ولَّى السفَّاحُ أخاه يحيى بن محمد الموصلَ وأعمالَها، وولَّى عمَّهُ داودَ مكَّةَ والمدينة واليمن
(١) في تاريخ الطبري (٤/ ٣٦٣): "مباهيًا". (٢) كذا في الأصول، وقد تردد ذكر هذه الكلمة في عدد من أجزاء الكتاب مرارًا، وهو من قولهم غَبَنَ الثوبَ: إذا ثناه وعطَفَه والمراد هنا تضاعيف الكلام ومثانيه. انظر لسان العرب والقاموس (غبن).

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