Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Al-Saffah confia à son frère Abou Jaʿfar al-Mansour la province de la Jazîra, celle d’Azerbaïdjan et celle d’Arménie. Il demeura leur gouverneur jusqu’à ce que le califat lui revînt après la mort de son frère. On rapporte qu’Isḥāq ibn Muslim al-ʿUqaylī ne demanda la sécurité qu’une fois qu’il fut certain de la mort de Marwān, après avoir été assiégé durant sept mois. Étant proche d’Abou Jaʿfar al-Mansour, celui-ci le mit en sûreté.

Cette même année, Abou Jaʿfar al-Mansour reçut de son frère Al-Saffah l’ordre de se rendre auprès d’Abou Muslim al-Khourasânî, gouverneur de cette région, afin de consulter son avis sur l’assassinat d’Abou Salama, Ḥafṣ ibn Souleymân, qui exerçait la fonction de vizir. La cause en fut qu’une nuit, Al-Saffah se trouvait à veiller avec les membres de sa famille et qu’ils évoquèrent la conduite d’Abou Salama lorsqu’il avait voulu détourner le califat des Banou al-ʿAbbâs. Un des convives demanda : « Est-ce qu’Abou Muslim s’était alors entendu avec Abou Salama pour cela ou non ? » Tous se turent, puis Al-Saffah déclara : « Si tel était réellement son projet, nous nous trouverions en grand péril, à moins que Dieu ne nous en préserve. »

Abou Jaʿfar raconta : « Mon frère me dit : “Qu’en penses-tu ?” Je répondis : “Ton opinion est la mienne.” Il reprit : “Nul n’est plus proche d’Abou Muslim que toi. Va donc le voir et informe-moi de son intention. S’il est réellement l’instigateur de l’affaire, nous trouverons un moyen de l’écarter. Sinon, nous serons soulagés.” Je partis donc à sa rencontre, non sans appréhension. » Al-Mansour poursuit : « Lorsque j’arrivai à Rayy, je trouvai une lettre d’Abou Muslim à l’intention de son lieutenant, où il me pressait de venir au plus vite. Mon inquiétude grandit. En arrivant à Nichapour, je reçus de nouveau une missive qui m’exhortait à poursuivre en hâte, car, était-il écrit à l’intendant, “ne le laisse pas s’attarder ne serait-ce qu’une heure, car tu as sur ton territoire beaucoup de kharijites.” J’en fus quelque peu rassuré.

Quand je fus à deux parasanges (env. douze kilomètres) de Marw, il vint à ma rencontre, accompagné de ses gens. Dès qu’il me vit, il descendit de monture et m’embrassa la main, puis je lui ordonnai de remonter en selle. À mon entrée à Marw, je descendis chez lui et j’y demeurai trois jours sans qu’il me demandât la raison de ma venue. Le quatrième jour, il s’enquit : “Qu’est-ce qui t’amène ici ?” Je lui exposai l’objet de ma mission. Il s’exclama : “Abou Salama a donc fait cela ? Je vais m’en charger.” Aussitôt, il envoya chercher Marrâr ibn Anas ad-Ḍabbî et lui ordonna : “Rends-toi à Koufa, et au premier endroit où tu rencontreras Abou Salama, tue-le, en accord avec la volonté de l’imam.”

Marrâr arriva donc à la cité hachémite de Koufa, tandis qu’Abou Salama se trouvait auprès d’Al-Saffah durant ses veillées. À sa sortie, Marrâr l’assassina, et la rumeur se répandit que c’étaient les kharijites qui l’avaient tué. La ville fut alors fermée. Yahyâ ibn Mohammed ibn ʿAlî, frère du commandeur des croyants, dirigea la prière funéraire, puis Abou Salama fut inhumé à Al-Hâchimiyya. On l’appelait “le Vizir de la Famille de Mohammed”, et on appelait Abou Muslim “l’Émir de la Famille de Mohammed.” Le poète a dit : “Le vizir, c’est bien le Vizir de la Famille de Mohammed… Il s’en est allé, et que quiconque te hait soit à son tour vizir.”

On raconte aussi qu’Abou Jaʿfar ne se rendit auprès d’Abou Muslim qu’après l’assassinat d’Abou Salama. Il était accompagné d’une trentaine d’hommes acheminés en hâte, dont Al-Ḥajjâj ibn Arṭât, Isḥâq ibn al-Faḍl al-Hâshimî et un groupe de notables. À son retour du Khourasân, Abou Jaʿfar déclara à son frère : “Tu ne saurais être calife tant qu’Abou Muslim vit. Il faut le tuer.” Ceci, en voyant l’obéissance que lui manifestaient soldats et émirs. Al-Saffah répondit : “Tais-toi à ce sujet.” Abou Jaʿfar se tut alors. Par la suite, Al-Saffah envoya son frère Abou Jaʿfar combattre Ibn Hubayra à Wâsit. En chemin, il rencontra Al-Ḥassan ibn Qaḥṭaba, qu’il prit avec lui. Quand ils eurent resserré le siège autour d’Ibn Hubayra, celui-ci écrivit à Mohammed ibn ʿAbd Allah ibn Al-Ḥassan pour qu’il lui prête allégeance.

(1) Cela signifie l'émir de Khorasan.
وولَّى السفَّاح أخاه أبا جعفر المنصور الجزيرةَ وأذْرَبِيجانَ وأرْمِيِنيةَ، فلم يزَلْ عليها حتَّى أفَضَتْ إليه الخلافةُ بعد أخيه، ويُقال إن إسحاق بن مسلم العُقيلي إنمَّا طلبَ الأمانَ لَمَّا تحقَّقَ أنَّ مروانَ قد قُتل، وذلك بعد مُضِيِّ سبعةِ أشهر وهو محاصر، وقد كان صاحبًا لأبي جعفر المنصور فآمنه. وفي هذه السنة ذهب أبو جعفر المنصور عن أمْرِ أخيه السفَّاح إلى أبي مسلم الخُراساني، وهو أميرها (١) ليستطلعَ رأيَهُ في قتلِ أبي سلَمَة، حفص بن سليمان الوزير، وكان سببُ ذلك أن السفَّاحَ سَمَرَ ليلَةً مع أهلِ بيته، فتذاكروا ما كان من أمرِ أبي سلَمَة حين كان أرادَ أنْ يصرِفَ الخلافةَ عن بني العباس، فسألَ سائلٌ: هل ذلك كان عن مُمَالأةِ أبي مسلم لأبي سَلَمَةَ في ذلك أم لا؟ فسكت القوم، فقال السفاح: لئن كان هذا عن رأيِه، إنا لَبِعُرْضِ بَلاءً عظيم، إِلَّا أنْ يدفعَهُ اللَّه عنا. قال أبو جعفر: فقال لي أخي: ما تَرَى؟ فقلت: الرأيُ رأيُك. فقال: إنه ليس أحدٌ أخَصَّ بأبي مسلم منك، فاذهبْ إليهِ فاعلَمْ لي عِلْمَه، فإن كان عن رأيِهِ احتَلْنا له، وإنْ لم يكنْ عن رأيِهِ طابَتْ أنفسُنا. قال أبو جعفر: فخرَجْتُ إليه قاصدًا على وَجَل. قال المنصور: فلمَّا وصلتُ إلى الريّ إذا كتابُ أبي مسلم إلى نائبِها يستحثني إليه في المسير، فازدَدْتُ وَجَلًا، فلما انتهيت إلى نيسابور إذا كتابُه يستحثُّني أيضًا، وقال لنائبها: لا تدَعْهُ يَقَرُّ ساعة واحدةً، فإنَّ أرضَكَ بِها خوارجُ كثيرة. فانشَرَحْتُ لذلك، فلما صرتُ من مَرْوَ على فرسخَيْن، خرج يتلقَّاني ومعه الناس، فلما واجَهَني ترخلَ، فقبَّلَ يدي، فأمَرْتُهُ فركِب، فلما دخلتُ مَرْوَ ونزلتُ في دارِه، فمكثتُ ثلاثًا لا يسألُني في أيِّ شَيْءٍ جئت؛ فلما كان اليومُ الرابع سأَلني: ما أقدَمَكَ؟ فأخبَرْتُهُ بالأمر. فقال: أفَعَلَها أبو سَلَمَة؟! أنا أكفيكُمُوه. فدعا مرارَ بن أنس الضَّبِّيَّ فقال: اذهَبْ إلى الكوفة، فحيثُ لَقِيتَ أبا سَلَمَة فاقتُلْه، وانتَهِ في ذلك إلى رأي الإمام. فقَدِمَ مرارٌ الكوفة الهاشمية، وكان أبو سَلَمة يَسْمُرُ عند السفَّاح، فلمَّا خرج قتَلَهُ مرار. وشاعَ أنَّ الخوارجَ قتلوه. وغلّقت البلد، ثم صلَّى عليه يحيى بن محمد بن علي، أخو أميرِ المؤمنين، ودُفن بالهاشمية، وكان يقال له وزيرُ آلِ محمد، ويقال لأبي مسلم أميرُ آل محمد. قال الشاعر: إنَّ الوزيرَ وزير آلِ محمدٍ ..... أوْدَى فمَنْ يَشْنَاكَ كان وَزِيرا ويُقال: إنَّ أبا جعفر إنما سار إلى أبي مسلم بعد قتْلِ أبي سَلَمَة، وكان معه ثلاثون رجلًا على البريد، منهم الحجَّاج بن أرطاة وإسحاق بن الفضل الهاشمي، وجماعةٌ من السادات، ولما رجع أبو جعفر من خُراسان قال لأخيه: لستَ بخليفةٍ ما دام أبو مسلمٍ حيًّا حتَّى تقتلَه. لِمَا رأى من طاعةِ العساكرِ والأمراءَ له، فقال له السفَّاح اكُتمْها. فسكت، ثم إنَّ السفَّاح بعثَ أخاهُ أبا جعفر إلى قتالِ ابنِ هُبيرة بواسط، فلما اجتاز بالحسن بن قَحْطبة أخَذَهُ معه، فلما أُحيط بابن هُبيرة كتب إلى محمد بن عبد اللَّه بن الحسن لِيُبايع له
(١) يعني أمير خراسان.

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