Dans la biographie de Muḥammad ibn Sulaymān ibn ʿAbd Allāh an-Nawfalī, on rapporte (1) : « J’étais avec ʿAbd Allāh ibn ʿAlī lorsqu’il entra pour la première fois à Damas. Il y fit son entrée l’épée à la main, autorisa les tueries pendant trois heures et transforma la Grande Mosquée en écurie pour ses chevaux et ses chameaux durant soixante-dix jours. Puis il exhuma les tombes des Banū Umayya : dans la tombe de Muʿāwiya, il ne trouva qu’un fil noir ressemblant à de la poussière ; il ouvrit également la tombe de ʿAbd al-Malik ibn Marwān, y découvrit son crâne et retrouvait dans chaque tombe les membres séparés les uns des autres. Seule exception : Hishām ibn ʿAbd al-Malik, qu’il trouva intact, hormis l’extrémité de son nez. Il le fouetta alors, bien qu’il fût déjà mort, l’exposa plusieurs jours, puis le brûla, réduisit ses cendres en poussière et les dispersa au vent. Cette vengeance tenait au fait que Hishām avait jadis infligé à son frère, Muḥammad ibn ʿAlī, sept cents coups de fouet après l’avoir accusé du meurtre d’un de ses jeunes enfants, puis l’avait exilé à al-Ḥumayma, dans la région du Balqāʾ (2).
Il poursuivit : « ʿAbd Allāh ibn ʿAlī traqua ensuite les Banū Umayya, qu’ils soient descendants des califes ou non, et, en un seul jour, il en massacra quatre-vingt-douze mille au bord d’une rivière près d’ar-Ramla. Il étendit alors des tapis sur leurs corps, y dressa un banquet et mangea pendant qu’ils se convulsaient encore sous ces tapis. Il s’agit là d’un abus de pouvoir et d’un acte de tyrannie dont Dieu lui demandera compte. Or, il est mort, et ce qu’il escomptait obtenir ne lui a pas duré — ainsi qu’on le verra dans sa biographie. Il fit aussi amener la femme de Hishām ibn ʿAbd al-Malik, ʿAbdah bint ʿAbd Allāh ibn Yazīd ibn Muʿāwiya, connue pour son grain de beauté, accompagnée de quelques hommes originaires du Khurāsān. Il la fit marcher pieds nus, cheveux découverts, [le visage, le corps et les vêtements découverts], jusqu’à ce qu’ils l’atteignent, puis ils la mirent à mort. Aussitôt après, on brûla tout reste d’os de leurs défunts que l’on put trouver et ʿAbd Allāh resta sur place quinze jours.
Ensuite, il convoqua l’imam al-Awzāʿī, qu’on amena devant lui. Il lui dit : “Ô Abū ʿAmr, que penses-tu de ce que nous avons fait ?” Je lui répondis : “Je ne sais que dire, sinon que Yaḥyā ibn Saʿīd al-Anṣārī m’a rapporté, d’après Muḥammad ibn Ibrāhīm, d’après ʿAlqama, d’après ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, que le Messager de Dieu (paix et salut sur lui) a dit : ‘Les actes ne valent que par leurs intentions…’” Al-Awzāʿī ajoute : “Je m’attendais à ce que ma tête tombe entre mes jambes, puis je fus autorisé à partir, et il m’envoya cent dinars. Par la suite, il repartit à la poursuite de Marwān et s’installa près du cours d’eau d’al-Kuswa (3). Il désigna alors Yaḥyā ibn Jaʿfar al-Hāshimī comme gouverneur de Damas, puis se rendit dans la région du Jourdain. Des émissaires vinrent à lui après s’être tous vêtus de noir. Ensuite, il gagna Baysān, puis Marj ar-Rūm, avant de parvenir à la rivière Abū Fuṭrus (4).”