Il demeura là-bas deux ou trois jours, puis en repartit. Lorsque les habitants de Homs virent la modicité de la troupe qui l’accompagnait, ils le poursuivirent pour le tuer, espérant s’en saisir et disant : « Il est pris de panique, il est vaincu. » Lorsqu’ils le rattrapèrent dans une vallée proche de Homs, il posta deux émirs en embuscade. Quand ils rejoignirent Marwân et qu’il se retourna contre eux, il les exhorta à rebrousser chemin, mais ils persistèrent à vouloir le combattre. Le combat éclata donc entre eux, et les deux embuscades survinrent derrière les Homsî, qui prirent la fuite. Marwân se rendit ensuite à Damas, où se trouvait son gendre, l’époux de sa fille, al-Walîd ibn Mu‘âwiya ibn Marwân, qu’il laissa sur place en qualité de gouverneur, puis il poursuivit sa route vers la région égyptienne.
De son côté, ‘Abd Allâh ibn ‘Alî traversait chaque contrée : les habitants sortaient à sa rencontre en portant la couleur noire, lui prêtaient allégeance et obtenaient son acte de sûreté. Parvenu à Qinnasrîn, il y retrouva son frère ‘Abd al-Samad ibn ‘Alî, arrivé à la tête de quatre mille hommes envoyés par as-Saffâh pour le soutenir. Puis ‘Abd Allâh poursuivit jusqu’à Homs, de là gagna Ba‘labakk, puis rejoignit Damas par le côté d’al-Mizza, où il séjourna deux ou trois jours. C’est alors que son frère Sâlih ibn ‘Alî arriva en renfort avec huit mille hommes dépêchés par as-Saffâh, et s’installa à Marj ‘Adhrâ’.
Lorsque ‘Abd Allâh ibn ‘Alî arriva à Damas, il se porta à la porte orientale (Bâb Sharqî), tandis que son frère Sâlih s’établit à la porte al-Jâbiya, Abû ‘Awn à la porte Kaysân (près de Bâb as-Saghîr), Ḥumayd ibn Qaḥṭaba à la porte Tûmâ. Quant à ‘Abd al-Samad, Yaḥyâ ibn Ṣafwân et al-‘Abbâs ibn Yazîd, ils prirent position à la porte al-Farâdîs. Il assiégea la ville plusieurs jours, puis l’emporta un mercredi, le dix du mois de Ramaḍân de cette même année ; un grand nombre de ses habitants furent tués, la ville fut livrée au pillage durant trois heures et son rempart démantelé. On rapporte qu’au moment du siège de Damas par ‘Abd Allâh, ses habitants se divisèrent en deux factions, l’une abbasside et l’autre omeyyade, s’entretuèrent et tuèrent leur gouverneur avant de livrer la ville. On raconte aussi que le premier à escalader le rempart du côté de la porte orientale fut un certain ‘Abd Allâh aṭ-Ṭâ’î, et qu’à la porte as-Saghîr, ce fut Bassâm ibn Ibrâhîm.
Damas, dit-on, fut livrée au pillage pendant trois heures, si bien qu’approximativement cinquante mille personnes y auraient péri durant cet intervalle. Ibn ‘Asâkir rapporte dans la biographie de ‘Ubayd ibn al-Ḥasan al-A‘raj (2), un descendant de Ja‘far ibn Abî Tâlib et chef de cinq mille hommes auprès de ‘Abd Allâh ibn ‘Alî lors du siège, que les assiégeants demeurèrent cinq mois autour de la ville, ou bien cent jours selon d’autres, ou encore un mois et demi ; on ajoute que le gouverneur de Marwân l’avait alors puissamment fortifiée. Cependant, les habitants se déchirèrent à cause de l’opposition entre les Yamanî et les Muḍarî, situation qui facilita la prise de la cité. Dans chaque mosquée, on instaura deux miḥrâb pour deux qiblas, y compris dans la grande mosquée, où l’on érigea deux chaires et où deux imams prêchaient le vendredi, chacun sur son minbar. Cela compte parmi les événements les plus étonnants qui se soient produits, chose singulière et terrible survenue à cause de la discorde, de la passion et du chauvinisme. Nous implorons Dieu de nous accorder la paix et la préservation. Ibn ‘Asâkir donne sur ce point de longs développements dans la biographie mentionnée (3).