Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

On raconte que les gens n’entendaient qu’un fracas semblable à des barres de métal frappant du cuivre (1). Marwân envoya alors l’ordre aux membres de la tribu de Qudâ‘a de descendre (du cheval ou de se mettre en bataille). Ceux-ci répondirent : « Dis donc à Banû Sulaym de descendre. » Il s’adressa ensuite aux Sakâsik pour qu’ils chargent, et ils dirent : « Dis plutôt à Banû ‘Âmir de charger. » Il envoya ensuite le même ordre aux Sakûn, qui répliquèrent : « Transmets-le à Ghatafân pour qu’ils chargent. »

Marwân se tourna alors vers le chef de sa police : « Descends (au combat). » Ce dernier répondit : « Par Dieu, je ne ferai pas de moi une cible. » Marwân déclara : « Par Dieu, je te ferai regretter cela. » Et l’autre de répondre : « Plût à Dieu que j’en eusse le pouvoir. »

On raconte que ces propos furent également adressés à Ibn Hubayra. Ils ajoutent que, par la suite, les gens du Shâm (Syrie) s’enfuirent et que leurs poursuivants khurâsâniens les rattrapèrent, les tuant et les faisant prisonniers. Il y eut plus de noyés parmi les Syriens que de tués. Parmi ceux qui se noyèrent se trouva Ibrâhîm ibn al-Walîd ibn ‘Abd al-Malik, le calife déposé. ‘Abd Allâh ibn ‘Alî ordonna alors d’établir un pont et de repêcher ceux qui avaient péri dans l’eau, tout en récitant ce verset du Coran : « Et [rappelez-vous] quand Nous avons fendu pour vous la mer, vous sauvant et noyant la famille de Pharaon sous vos yeux » [Al-Baqara, 2 : 50].

‘Abd Allâh ibn ‘Alî demeura sur le champ de bataille pendant sept jours. Un homme de la descendance de Sa‘îd ibn al-‘Âs évoqua la fuite de Marwân en ces termes :

« La fuite s’obstina avec Marwân et je lui dis :
Le tyran est redevenu un simple autrucheau n’ayant pour souci que la fuite.
Où fuir et abandonner la royauté désormais perdue,
Toi que la facilité a quitté, n’ayant plus ni religion ni noblesse ?
Papillon du pardon, Pharaon du châtiment ! Et si tu réclames sa générosité,
Un chien se dresse avant d’y parvenir. » (2)

‘Abd Allâh s’empara de tous les biens, équipements et approvisionnements du camp de Marwân. Il n’y trouva aucune femme si ce n’est une esclave appartenant à ‘Abd Allâh ibn Marwân. Il informa Abû al-‘Abbâs as-Saffâh de la victoire que Dieu lui avait accordée et des richesses obtenues. As-Saffâh accomplit alors deux rak‘a de prière en guise de remerciement envers Dieu et distribua cinq cents (monnaies) à chacun de ceux qui avaient participé à la bataille, portant de plus leur solde à quatre-vingts. Il récitait en même temps ce verset : « Et lorsque Tâlût partit avec l’armée… » [Al-Baqara, 2 : 249].

Chapitre sur la mort de Marwân al-Himâr – également surnommé al-Ja‘dî, car il avait étudié auprès de Ja‘d ibn Dirham –, le dernier calife omeyyade.

Après sa défaite, Marwân s’enfuit sans se soucier de quiconque. ‘Abd Allâh ibn ‘Alî demeura sept jours sur le lieu de la bataille, puis se lança à sa poursuite avec ses soldats, sur l’ordre d’as-Saffâh. Quand Marwân passa par Harrân, il la traversa et libéra Abû Muhammad as-Sufyânî de prison. Il plaça alors à Harrân, pour le remplacer, Abân ibn Yazîd – fils de sa sœur et époux de sa fille Umm ‘Uthmân. Lorsque ‘Abd Allâh arriva à Harrân, Abân ibn Yazîd sortit vers lui en portant l’habit noir (des Abbassides). ‘Abd Allâh ibn ‘Alî lui accorda la protection et le confirma dans sa fonction. Il fit détruire la maison où Ibrâhîm al-Imâm avait été emprisonné.

De son côté, Marwân poursuivit sa route en passant par Qinnasrîn, en direction de Himṣ. Lorsqu’il arriva à Himṣ, les habitants sortirent à sa rencontre

(1) Al-Marāzib : pluriel de mirzaba, qui désigne un gros marteau utilisé par le forgeron. Lisān al-ʿArab (s.v. Rzb). (2) Les vers et le récit se trouvent dans l’Histoire de Ṭabarī, vol. 4, p. 351 et dans al-Kāmil fī al-Tārīkh, vol. 5, p. 71.
الناس، فلا تَسْمعُ إلَّا وقعًا كالمرازب (١) على النحاس، فأرسل مروانُ إلى قُضاعةَ يأمرُهم بالنُّزول، فقالوا: قُلْ لبني سُليم فَلْيَنزلوا. وأرسلَ إلى السَّكَاسِكِ أن احْمِلوا، فقالوا: قُلْ لبني عامرٍ أنْ يحملوا. فأرسل إلى السَّكونِ أن احْمِلوا، فقالوا: قُلْ إلى غَطَفانَ فَلْيحملوا. فقال لصاحبِ شُرْطتِه: انزِلْ. فقال: لا واللّهِ لا أجعلُ نفسي غَرَضًا. قال: أمَا واللّهِ لأسوءَنَّك. قال: وَدِدْتُ لو قدَرْت على ذلك. ويُقال: إنه قال ذلك لابنِ هُبَيرة. قالوا: ثم انهزَمَ أهلُ الشام، واتبعَتْهُمْ أهلُ خُرَاسانَ في أدبارِهم يقتلون ويأسِرون، وكان منْ غَرِقَ من أهل الشَّام أكثَر ممَّنْ قُتل؛ وكان في جُملةِ منْ غَرِق إبراهيمُ بن الوليد بن عبدِ الملك المخلوع، وقد أمرَ عبدُ اللَّه بنُ علي بعَقْدِ الجِسْر، واستخرَجَ منْ غَرِف في الماء، وجعلَ يتلو قولهُ تعالى: ﴿وَإِذْ فَرَقْنَا بِكُمُ الْبَحْرَ فَأَنْجَيْنَاكُمْ وَأَغْرَقْنَا آلَ فِرْعَوْنَ وَأَنْتُمْ تَنْظُرُونَ﴾ [البقرة: ٥٠] وأقام عبدُ اللَّه بن علي في موضعِ المعركهَ سبعةَ أيام، وقد قال رجلٌ من ولَدِ سعيدِ بنِ العاص في مروانَ وفِرَاره يومئذٍ: لَجَّ الفِرَارُ بمروانٍ فقلتُ لهُ .... عادَ الظَّلُومُ ظَليمًا همُّهُ الهَرَبُ أين الفِرَارُ وتَرْكُ الملكِ إذْ ذهبَتْ ..... عنك الهُوَيْنا فلا دينٌ ولا حسَبُ فراشة الحِلْم فِرْعون العقاب وإنْ ..... تطلبْ نَدَاهُ فكلبٌ دونَهُ كَلَب (٢) واحتاز عبدُ الله ما في مُعَسْكرِ مروان من الأموالِ والأمتعةِ والحواصل، ولم يجد فيه امرأةً سوى جاريةٍ كانتْ لعبدِ الله بن مروان. وكتب إلى أبي العباس السفاح بما فتحَ اللَّه عليه من النصر، وما حَصَلَ لهم من الأموال، فصلَّى السفَّاحُ ركعتَيْنِ شكرًا للهِ – Exalté soit-Il – ، وأطلقَ لكلِّ من حضرَ الوقعة خمسَ مئةٍ خمسَ مئة، ورفعَ في أرزاقِهم إلى ثمانين، وجعل يَتْلو قوله: ﴿فَلَمَّا فَصَلَ طَالُوتُ بِالْجُنُودِ﴾ [البقرة: ٢٤٩] . الآية. صِعفَةُ مَقْتلِ مَرْوان الحمار ويقال له الجَعْدي، لأنه تأدَّب على الجَعْدِ بنِ درهم، وهو آخرُ خلفاء بني أمية: لَمَّا انهزمَ مروانُ سارَ لا يَلْوي على أحد، فأقامَ عبدُ اللَّه بن علي في مكانِ المعركةِ سبعةَ أيام، ثم سار خلفَهُ بمنْ معَهُ من الجنود، وذلك عن أمرِ السَّفَّاح له بذلك، فلمَّا مَرَّ مروانُ بحَرَّانَ اجتازَها، وأخرجَ أبا محمدٍ السفيانيَّ من سِجنِه، واستخلف عليها أبانَ بنَ يزيد - وهو ابنُ أُختِه وزوجُ ابنتِه أم عثمان - فلمَّا قَدِمَ عبدُ الله على حَرَّان خرَجَ إليه أبانُ بنُ يزيد مُسودًا فأمَّنَه عبدُ الله بن علي، وأقرَّهُ على عملِه، وهدَمَ الدارَ التي سُجنَ فيها إبراهيم الإمام، واجتازَ مروانُ قِنَّسرِينَ قاصدًا حِمص، فلمَّا جاءها خرج إليه أهلُها
(١) المرازب: جمع مِرْزَبَة، وهي المطرقة الكبيرة تكون للحدّاد. لسان العرب (رزب). (٢) الأبيات والخبر في تاريخ الطبري ٤/ ٣٥١ والكامل في التاريخ (٥/ ٧١).

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