Et le fait qu’ils vous aient avilis et se soient accaparés votre butin (fayʾ) et vos aumônes (ṣadaqāt) ; sachez que nous vous offrons la protection (dhimma) de Dieu, celle de Son Messager et celle d’al-ʿAbbās : nous jugerons parmi vous selon ce que Dieu a révélé, nous agirons d’après le Livre de Dieu et nous suivrons, envers tous comme envers chacun, la conduite du Messager de Dieu. Malheur, malheur aux Banū Umayya et aux Banū Marwān ! Ils ont préféré la vie éphémère à la vie éternelle, la demeure périssable à la demeure impérissable ; aussi se sont-ils lancés dans les péchés, ont commis des injustices envers les hommes, enfreint les interdits, commis des délits, suivi une conduite inique envers les serviteurs et imposé leur loi sur les pays, se plaisant à porter le fardeau des fautes et des châtiments. Ils se sont laissés aller dans les rênes de la désobéissance et ont galopé dans les plaines de l’égarement, inconscients du piège de Dieu, aveugles à Son châtiment, s’imaginant à l’abri de Sa ruse. Voilà que le courroux de Dieu les a frappés à l’improviste, alors qu’ils dormaient ; ils sont devenus des récits, et l’on a dispersé leurs restes en tout sens. Qu’ils soient anéantis, gens d’injustice ! Dieu nous a donné la victoire sur Marwān (1), que la Tromperie a égaré au sujet de Dieu. L’ennemi de Dieu a tiré à toute bride, jusqu’à ce que sa monture trébuchât dans l’excès de sa longe. Il pensait qu’aucune puissance ne pouvait l’atteindre ; il a alors appelé son clan, amassé ses ruses (2) et lancé ses armées (3). Il a trouvé devant lui, derrière lui, à sa droite, à sa gauche, au-dessus de sa tête et au-dessous de ses pas, la ruse de Dieu, Sa rigueur et Son châtiment, qui ont anéanti ses illusions et balayé son égarement. Le cercle du malheur s’est refermé sur lui, Dieu a rétabli notre honneur et notre puissance, et nous a restitué notre droit et notre héritage.
Ô gens ! Sachez que le Commandeur des croyants — que Dieu lui accorde une éclatante victoire — n’est monté sur votre chaire qu’après la prière du vendredi, parce qu’il répugnait à mêler d’autres paroles au sermon. Il a dû interrompre son discours avant de l’achever, à cause de la violence de son mal. Invoquez donc Dieu pour la guérison du Commandeur des croyants : certes, Il vous a donné à la place de Marwān, ennemi du Tout-Miséricordieux et calife de Satan, qui s’est mis à la suite des gens vils semant la corruption sur terre sans rien y réparer, un homme qui s’en remet à Dieu et suit l’exemple des pieux et des vertueux, ceux qui rétablirent le bien sur terre après qu’elle eût été corrompue, grâce aux repères de la bonne direction et aux voies de la piété.
Il dit : les gens se mirent alors à prier pour lui. Puis il ajouta : « Sachez, ô habitants de Kūfa, qu’aucun calife n’est monté sur votre chaire, après le Messager de Dieu (ﷺ), si ce n’est le Commandeur des croyants ʿAlī ibn Abī Ṭālib, ainsi que ce Commandeur des croyants-ci » — en désignant de la main as-Saffāḥ. « Sachez que ce pouvoir demeurera parmi nous et ne nous quittera pas avant que nous ne le transmettions à ʿĪsā fils de Maryam (– paix sur lui –). Louange à Dieu, Seigneur des mondes, pour ce qu’Il nous a accordé et prodigué (4). »
Ensuite, Abū al-ʿAbbās et Dāwud descendirent et entrèrent dans le palais. Les gens vinrent alors prêter allégeance jusqu’à l’heure de la prière de l’après-midi, puis après jusqu’au soir. Abū al-ʿAbbās sortit et installa son camp à l’extérieur de Kūfa, où il laissa son oncle Dāwud ibn ʿAlī comme gouverneur. Il envoya son oncle ʿAbd Allāh ibn ʿAlī auprès de Ibn ʿAwān ibn Abī Yazīd, et son neveu ʿĪsā ibn Mūsā auprès de al-Ḥasan ibn Qaḥṭaba, qui se trouvait alors à Wāsiṭ où il assiégeait Ibn Hubayra. Il dépêcha Yaḥyā ibn Jaʿfar ibn Tammām ibn al-ʿAbbās auprès de Ḥumayd ibn Qaḥṭaba à al-Madāʾin, Abū al-Yaqẓān ʿUthmān ibn ʿUrwa ibn Muḥammad ibn ʿAmmār ibn Yāsir auprès de Bassām ibn Ibrāhīm ibn Bassām à al-Ahwāz, et Salama ibn ʿAmr ibn ʿUthmān auprès de Mālik ibn aṭ-Ṭawwāf. Quant à lui, il resta au camp durant plusieurs mois, puis se mit en route.