Al-Walîd ibn Saʿd, affranchi des Banû Hâshim, abrita leur cause et dissimula leur affaire à l’insu des chefs militaires et des émirs pendant environ quarante nuits. Puis il se mit en route avec eux vers un autre lieu, et, sans cesse, il les transféra d’un endroit à un autre jusqu’à la conquête des territoires, avant que l’on ne prête finalement serment d’allégeance à as-Saffâh.
Quant à Ibrâhîm ibn Muhammad al-Imâm, on l’emmena auprès du commandeur des croyants de cette époque, Marwân ibn Muhammad, qui se trouvait alors à Harrân ; il l’emprisonna – comme nous l’avons mentionné (1) – et il ne cessa de rester en prison jusqu’à cette année, où il mourut au mois de Safar à l’âge de quarante-huit ans. Certains rapportent qu’on l’étouffa en appuyant un coussin (2) contre son visage, le faisant mourir à cinquante et un ans, et que c’est un certain Buhlul ibn Safwân qui accomplit la prière funéraire sur lui. D’autres affirment qu’il périt enseveli sous l’effondrement d’une maison, tandis que d’aucuns disent plutôt qu’on l’obligea à boire du lait empoisonné qui causa son décès.
On raconte également qu’Ibrâhîm al-Imâm aurait participé au grand pèlerinage l’an 131 (de l’Hégire), où sa renommée se serait répandue, car il apparut avec un grand apparat, de multiples montures de qualité et un entourage imposant. La chose fut rapportée à Marwân, à qui l’on indiqua qu’Abû Muslim appelait les gens à reconnaître Ibrâhîm comme calife. Marwân envoya donc chercher Ibrâhîm en Muharram de l’an 132, puis il le mit à mort en Safar de cette même année. On considère que cette version est plus exacte que les précédentes. On a aussi dit qu’il fut arrêté à Kûfa et non à Humayma de la Balqâ’, et Dieu est plus savant.
Ibrâhîm était un homme généreux et noble, doté de maints mérites et de grandes qualités. Il transmit des hadiths qu’il tenait de son père, de son grand-père et d’Abû Hâshim ʿAbd Allâh ibn Muhammad ibn al-Ḥanafiyya. Parmi ceux qui ont rapporté de lui figurent ses deux frères, ʿAbd Allâh as-Saffâh et Abû Jaʿfar ʿAbd Allâh al-Manṣûr, ainsi qu’Abû Salama ʿAbd ar-Raḥmân ibn Muslim al-Khurâsânî et Mâlik ibn Hâshim.
Au nombre de ses belles paroles, on cite : « L’homme accompli dans sa dignité est celui qui préserve sa religion, maintient les liens de parenté et s’abstient de toute chose blâmable. »
Le Califat d’Abû al-ʿAbbâs as-Saffâh : lorsque les habitants de Kûfa apprirent la mort d’Ibrâhîm ibn Muhammad, Abû Salama al-Khallâl voulut transférer le califat aux descendants de ʿAlî ibn Abî Ṭâlib. Cependant, le reste des nuqabâ’ et des émirs le dominèrent et présentèrent Abû al-ʿAbbâs as-Saffâh, à qui ils remirent l’autorité califale à Kûfa. Il avait alors vingt-six ans. Le premier à lui prêter allégeance fut justement Abû Salama al-Khallâl, dans la nuit du vendredi, le treizième jour de Rabîʿ al-Âkhir de cette année. Lorsque l’heure de la prière du vendredi arriva, as-Saffâh sortit monté sur un cheval pommelé, accompagné de troupes en tenue, jusqu’à ce qu’il pénètre dans la Maison de l’Émirat. Il s’en alla ensuite vers la grande mosquée, où il dirigea la prière, puis il monta sur la chaire. Les gens lui prêtèrent serment d’allégeance alors qu’il se tenait au sommet du minbar, tandis que son oncle Dâwud ibn ʿAlî se trouvait trois marches en dessous de lui.
As-Saffâh prit alors la parole, et ses premiers mots furent : « Louange à Dieu, qui s’est choisi une religion pour Lui-même, l’a honorée, magnifiée et exaltée ; qui l’a préférée pour nous, l’a soutenue par notre intermédiaire et a fait de nous ses serviteurs et son rempart, ceux qui la défendent et la protègent… »