Al-Hasan ibn Qahtaba arriva et se dirigea vers Koufa. Il y trouva Muhammad ibn Khalid ibn ‘Abdallah al-Qasri qui s’était soulevé, appelant à la cause des Banû al-‘Abbâs et adoptant la couleur noire (symbole de leur ralliement). Son soulèvement eut lieu la nuit de ‘Âshûrâ, au tout début du mois de Muharram de cette année. Il chassa le gouverneur nommé par Ibn Hubayra — Ziyâd ibn Sâlih al-Hârithî — puis s’installa dans le palais du gouvernorat. De son côté, Hawthara s’avança avec vingt mille hommes dépêchés par Ibn Hubayra. Mais lorsque ses compagnons approchèrent de Koufa, ils se rendirent auprès de Muhammad ibn Khâlid pour lui prêter allégeance au nom des Banû al-‘Abbâs. Voyant cela, Hawthara partit pour Wâsit.
On raconte aussi qu’al-Hasan ibn Qahtaba serait lui-même entré dans Koufa. Qahtaba avait fait savoir, dans son testament, qu’Abû Salama Hafs ibn Sulaymân, affranchi de la tribu Sabî‘ (dit al-Khallâl), devait assumer le ministère du califat. Or, ce dernier se trouvait à Koufa. Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, Abû Salama recommanda qu'al-Hasan ibn Qahtaba se mette à la tête de plusieurs émirs pour combattre Ibn Hubayra à Wâsit, tandis que le frère de Hasan partirait en direction de al-Madâ’in. Abû Salama dépêcha également des troupes dans chaque région afin de les soumettre. Al-Basra fut conquise : Muslim ibn Qutayba, qui agissait pour le compte d’Ibn Hubayra, s’en empara d’abord, mais, après la mort d’Ibn Hubayra, Abû Mâlik ‘Abdallâh ibn Asîd al-Khuzâ‘î prit la ville au nom d’Abû Muslim al-Khurâsânî (1).
Cette même année, dans la nuit du vendredi 13 de Rabî‘ al-Âkhir, on prêta serment d’allégeance à Abû al-‘Abbâs as-Saffâh, c’est-à-dire ‘Abdallâh ibn Muhammad ibn ‘Alî ibn ‘Abdallâh ibn ‘Abbâs ibn ‘Abd al-Muttalib, comme le rapportent Abû Ma‘shar et Hishâm al-Kalbî. Quant à al-Wâqidî, il situe cet événement au mois de Jumâdâ al-Ûlâ de la même année. Dieu sait mieux la vérité.
[À propos du meurtre d’Ibrâhîm ibn Muhammad al-Imâm]
Nous avons déjà signalé, dans les événements de l’an 129 de l’Hégire, que Marwân eut connaissance d’une lettre d’Ibrâhîm al-Imâm adressée à Abû Muslim al-Khurâsânî, lui enjoignant d’anéantir toute personne parlant arabe sur la terre du Khurâsân, sans en laisser un seul survivre (2). Lorsque Marwân en fut informé, il voulut s’emparer d’Ibrâhîm ; on lui apprit que ce dernier se trouvait dans la région d’al-Balqâ’. Il écrivit alors au gouverneur de Damas d’aller l’arrêter. Celui-ci dépêcha un courrier muni du signalement précis d’Ibrâhîm. Or, il tomba d’abord sur son frère, Abû al-‘Abbâs as-Saffâh, qu’il prit pour Ibrâhîm et qu’il arrêta. On lui expliqua cependant qu’il s’était trompé de personne, puis on le guida jusqu’à Ibrâhîm qu’il emmena, accompagné d’une concubine qu’Ibrâhîm chérissait.
Avant de partir, Ibrâhîm désigna son frère Abû al-‘Abbâs comme successeur et recommanda à sa famille de gagner Koufa. Ils partirent le jour même (3). Ils étaient alors un groupe nombreux, parmi lesquels figuraient ses six oncles — ‘Abdallâh, Dâwud, ‘Îsâ, Sâlih, Ismâ‘îl et ‘Abd as-Samad, tous fils de ‘Alî —, ses deux frères Abû al-‘Abbâs ‘Abdallâh as-Saffâh et Yahyâ, fils de Muhammad ibn ‘Alî, ainsi que les deux fils d’Ibrâhîm, Muhammad et ‘Abd al-Wahhâb, et bien d’autres encore. À leur arrivée à Koufa, Abû Salama al-Khallâl leur fournit un lieu de résidence.