S’ils étaient endormis jusqu’à l’instant qui leur était fixé, dis-leur alors : « Levez-vous, car le moment d’agir est venu. » (1)
Ibn Khallikân (2) dit : « C’est comme lorsque l’un des Alides de Koufa s’exprima, au moment de la révolte de Muhammad et Ibrâhîm, fils de ‘Abd Allâh ibn al-Hasan, contre al-Manṣûr, frère d’as-Saffâḥ :
“Je vois un feu qui s’allume sur des terres,
Dont un rayon jaillit dans chaque direction.
Et voici que les Banû al-‘Abbâs en sont assoupis,
Ils passent la nuit en toute tranquillité et assurance,
Comme les Omeyyades s’étaient endormis avant de se réveiller,
Se défendant alors qu’il n’était plus temps de se défendre.” »
Naṣr ibn Sayyâr écrivit aussi au gouverneur d’Irak, Yazîd ibn ‘Umar ibn Hubayra, pour lui demander du renfort. Il lui envoya ces vers (3) :
« Transmets à Yazîd — et la meilleure parole est la plus sincère —
Et j’ai bien compris qu’il n’y a aucun bien dans le mensonge :
En Khurâsân, j’ai vu ces œufs,
S’ils éclosent, tu entendras raconter un prodige.
Ce ne sont que de simples poussins âgés de deux ans,
Qui n’ont pas encore volé, mais déjà couverts de duvet.
S’ils se mettent à voler sans que l’on ait manigancé contre eux,
Ils attiseront les flammes d’une guerre d’une intensité inouïe. » (4) (5)
Alors, Ibn Hubayra transmit la lettre de Naṣr à Marwân. Juste au moment où ce message parvint à Marwân, on apprit qu’un émissaire était venu de la part d’Ibrâhîm al-Imâm, porteur d’une lettre à destination d’Abû Muslim. Ibrâhîm l’y injuriait et l’invectivait, tout en lui ordonnant de s’opposer à Ibn Sayyâr et Ibn al-Karmânî, sans épargner quiconque sait parler l’arabe. À la suite de cela, tandis que Marwân résidait à Ḥarrân, il envoya un ordre à son gouverneur à Damas, al-Walîd ibn Mu‘âwiya ibn ‘Abd al-Malik, exigeant qu’il écrive à son propre gouverneur au Balqâ’, afin qu’il se rende à al-Ḥumayma (6) — la localité où se trouvait Ibrâhîm ibn Muḥammad al-Imâm — pour l’enchaîner et le lui expédier.
Le gouverneur de Damas donna donc instruction à celui du Balqâ’, qui se rendit à la mosquée de cette ville et y trouva Ibrâhîm al-Imâm assis. Il l’arrêta et l’envoya à Damas, d’où le gouverneur l’expédia aussitôt à Marwân. Celui-ci le fit alors incarcérer, puis exécuter, comme nous le verrons.
Pour ce qui est d’Abû Muslim, lorsqu’il se trouva entre l’armée de Naṣr et celle d’Ibn al-Karmânî, il écrivit à Ibn al-Karmânî : « Je suis à tes côtés. » Ce dernier s’en remit donc à lui. Puis Naṣr écrivit à Ibn al-Karmânî : « Malheureux que tu es ! Ne te fie pas à lui, car il veut seulement ta perte et celle de tes hommes. Viens plutôt afin que nous rédigions un pacte de non-agression. » Ibn al-Karmânî rentra chez lui, puis sortit dans l’esplanade en compagnie de cent cavaliers, et envoya dire à Naṣr : « Viens donc… »