Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Ses troupes se multiplièrent et son armée gagna en ampleur. Il nomma des fonctionnaires chargés de la garde, de la police, de la correspondance, de la chancellerie et de tout ce dont le pouvoir a besoin. Il investit al-Qâsim ibn Mujâchi‘ at-Tamîmî – qui était l’un des « naqabâ’ » (hommes de confiance) – de la fonction de juge. Celui-ci dirigeait la prière avec Abû Muslim et racontait quelques récits, vantant les mérites des Banû Hâshim et blâmant les Banû Umayya.

Puis Abû Muslim se rendit dans un village appelé Bâlayn, qui se trouvait dans un lieu bas ; il craignit alors que Nasr ibn Sayyâr ne lui coupe l’eau. C’était le sixième jour de Dhu al-Hijja de cette année. Le jour du sacrifice, ce fut le juge al-Qâsim ibn Mujâchi‘ qui dirigea la prière. De son côté, Nasr ibn Sayyâr marcha avec des troupes aussi nombreuses que des nuées, visant à combattre Abû Muslim, et laissa derrière lui plusieurs gouverneurs pour administrer les régions. Les événements qui s’ensuivirent entre eux seront relatés l’année suivante.

[La mort d’Ibn al-Karmânî]

La guerre éclata alors entre Nasr ibn Sayyâr et Ibn al-Karmânî (Jadi‘ ibn ‘Alî al-Karmânî), provoquant la mort de nombreuses personnes dans les deux camps. Abû Muslim engagea une correspondance avec les deux factions pour gagner leurs faveurs, écrivant à la fois à Nasr et à Ibn al-Karmânî : « L’Imam m’a chargé de veiller à votre bien, et je ne m’écarterai pas de ses directives à votre égard. » Ensuite, il écrivit aux provinces pour appeler à rallier les Banû al-‘Abbâs ; un grand nombre de gens répondirent à son appel. Abû Muslim s’avança alors et établit son camp entre la tranchée de Nasr et celle d’Ibn al-Karmânî, ce qui sema la crainte dans les deux camps.

Nasr ibn Sayyâr envoya une lettre à Marwân pour l’informer de la situation d’Abû Muslim, de ses effectifs considérables et du fait qu’il appelait à suivre Ibrâhîm ibn Muhammad. Dans le corps de sa lettre, il cita ces vers :

« Je vois, dans les cendres, l’étincelle d’une braise…
Et il est fort probable qu’elle devienne un brasier.
Car le feu s’attise avec des brindilles,
Et la guerre prend racine dans les mots.
Je me suis exclamé, plein d’étonnement :
Sommes-nous curieux de savoir si les Omeyyades sont éveillés ou endormis ? »

(1)

Marwân lui répondit : « Celui qui est présent voit ce que l’absent ne voit pas. » Alors Nasr commenta : « Votre maître vous a fait savoir qu’il ne vous offrirait aucune aide. »

D’autres rapportent comme variante :

« Je discerne parmi les cendres l’étincelle d’un feu ;
Il ne tardera pas à s’embraser.
Car on ravive la flamme avec deux morceaux de bois,
Et la guerre commence par des paroles.
Si les sages du peuple n’éteignent pas ce feu,
Les corps et les têtes en seront la nourriture.
Je me suis alors exclamé, plein d’étonnement :
Les Omeyyades sont-ils éveillés ou endormis ? »

(1) Le rapport et les vers sont dans l’Histoire de Ṭabarī (4/314).
وكَثُرَ جُندُه، وعَظُمَ جيشُه، واستعمل على الحَرَسِ والشُّرطِ والرسائلِ والديوان وغير ذلك مما يحتاج إليه الملك عمّالًا، وجعل القاسمَ بن مجاشع التميميَّ - وكان أحد النقباء - على القضاء؛ وكان يصلِّي بأبي مسلم الصلوات، ويقصُّ بعض القصص، فيذكر محاسن بني هاشم، ويذم بني أمية، ثم تحوَّل أبو مسلم إلى قريةٍ يُقالُ لها بالين، وكان في مكانٍ منخفِض، فخشيَ أنْ يقطعَ عنه نصرُ بن سيارٍ الماء، وذلك في سادسِ ذي الحجَّة من هذه السنة، وصلَّى بهم يوم النَّحْر القاضي القاسم بن مجاشع، وسار نصرُ بنُ سيار في جحافلَ كالسحاب قاصدًا قتالَ أبي مسلم، واستخلف على البلاد نُوَّابًا، وكان من أمرهما ما سنذكرُه في السنةِ الآتية. [مقتل ابن الكرماني] ونَشِبتِ الحرب بين نصرِ بن سيارٍ وبين ابنِ الكَرْماني، وهو جديع بن علي الكَرْماني، فقُتل بينهما من الفريقَيْن خَلْقٌ كَثير، وجعل أبو مسلم يُكاتبُ كلًّا من الطائفتين، ويستميلُهم إليه، يكتبُ إلى نصر، وإلى ابنِ الكَرْماني: إنَّ الإمامَ قد أوصاني بكُمْ خيرًا، ولستُ أعدو رأيَهُ فيكم. وكتب إلى الكُور يَدْعو إلى بني العباس، فاستجاب له خَلْقٌ كَثير، وجَمٌّ غَفِير، وأقبل أبو مسلمٍ فَنزلَ بين خندقِ نصر، وخندقِ ابن الكرماني، فهابَهُ الفريقان جميعًا، وكتب نصرُ بن سيَّارٍ إلى مروانَ يُعلِمُهُ بأمرِ أبي مسلم وكثرةِ منْ معه، وأنه يدعو إلى إبراهيمَ بنِ محمد، وكتب في جملةِ كتابِه: أرى بين الرَّمَادِ وَمِيضَ جَمْرٍ … وأحْرَى أنْ يكونَ لَهُ ضِرَامُ فإنَّ النارَ بالعِيدانِ تُذْكَى … وإنَّ الحربَ مَبْدؤها الكلامُ فقلتُ من التعجُّب ليتَ شِعْري … أأيقاظٌ أميةُ أمْ نيام (١) فكتب إليه مروان: الشاهِدُ يرَى ما لا يراهُ الغائب. فقال نصر: إنَّ صاحبَكمْ قد أخبرَكم أنْ لا نَصْرَ عنده. وبعضُهم يرويها بلفظٍ آخر: أرى خَلَلَ الرَّمَادِ وَمِيضَ نارٍ … فيوشكُ أنْ يكونَ لَها ضِرَامُ فإنَّ النارَ بالزَّيْدَيْنِ تُورَى … ونارُ الحربِ أوَّلُها كلامُ فإن لم يُطْفِها عقلاءُ قومٍ … يكونُ وقودَها جُثَثٌ وهامُ فقلتُ من التعجُّبِ ليتَ شِعْري … أأيقاظٌ أميةُ أمْ نِيَامُ
(١) الخبر والأبيات في تاريخ الطبري (٤/ ٣١٤).

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