Dans cette même année, Ibrâhîm ibn Muḥammad ibn ‘Alî ibn ‘Abd Allâh ibn al-‘Abbâs envoya Abû Muslim al-Khurâsânî en Khurâsân et lui remit des lettres à l’intention de leurs partisans sur place, où il était écrit : « Voici Abû Muslim : écoutez-le et obéissez-lui. Je l’ai nommé gouverneur de tout territoire qu’il pourra soumettre en Khurâsân. » Lorsque Abû Muslim arriva en Khurâsân et lut cette lettre à ses compagnons, ils ne lui prêtèrent aucune attention et ne l’appliquèrent pas, ils se détournèrent de lui et la rejetèrent derrière leur dos. Abû Muslim retourna alors auprès d’Ibrâhîm ibn Muḥammad durant la saison du pèlerinage, se plaignit de leur comportement et l’informa de leur opposition.
Ibrâhîm lui dit : « Ô ‘Abd al-Raḥmân, tu es l’un des nôtres, issu de la Famille (Ahl al-Bayt). Retourne là-bas et concentre-toi sur ce groupe issu du Yémen. Honore-les (1) et installe-toi au milieu d’eux. Car Dieu n’accomplira cette affaire qu’avec leur concours. » Il l’avertit ensuite de se méfier des autres clans et lui recommanda : « Si tu le peux, ne laisse subsister aucune langue arabe dans ces contrées. Et si parmi leurs enfants, l’un atteint cinq empans de haut et te paraît suspect, tue-le. Attache-toi à ce vieillard sans le contredire (2) (il s’agit de Sulaymân ibn Kathîr). »
Nous rapporterons plus tard, si Dieu le veut, ce qu’il advint d’Abû Muslim al-Khurâsânî.
Dans cette même année, selon le récit d’Abû Mikhnaf, al-Ḍaḥḥâk ibn Qays al-Khârijî fut tué. La cause en fut que ce dernier assiégea ‘Abd Allâh ibn ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz à Wâsiṭ, avec l’appui de Manṣûr ibn Jumhûr. ‘Abd Allâh ibn ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz lui écrivit : « Continuer de m’assiéger ne t’apportera rien. Dirige-toi plutôt contre Marwân ibn Muḥammad ; si tu le tues, je me rallierai à toi. » Les deux hommes convinrent alors de s’opposer à Marwân ibn Muḥammad, Commandeur des croyants. Al-Ḍaḥḥâk leva donc le siège et se mit en route pour combattre Marwân ibn Muḥammad.
En passant par Mossoul, la population l’invita à se joindre à elle. Al-Ḍaḥḥâk entra dans la ville, en tua le gouverneur et s’en empara. La nouvelle parvint à Marwân, qui assiégeait alors Ḥimṣ et était occupé avec ses habitants qui refusaient de lui prêter allégeance. Il écrivit à son fils, ‘Abd Allâh ibn Marwân, qu’il avait nommé gouverneur dans la région d’al-Jazîra, pour l’enjoindre de combattre al-Ḍaḥḥâk à Mossoul. Al-Ḍaḥḥâk s’avança donc contre ‘Abd Allâh ibn Marwân, ayant réuni cent vingt mille hommes, et assiégea Naṣîbîn ; Marwân marcha alors contre lui. Ils se rencontrèrent en ce lieu et livrèrent un combat acharné. Al-Ḍaḥḥâk mit pied à terre, suivi de plusieurs grands émirs, et la bataille fit rage. Al-Ḍaḥḥâk tomba au combat, et la nuit sépara les deux armées. Les compagnons d’al-Ḍaḥḥâk, n’ayant pas la certitude de sa mort, doutèrent jusqu’à ce qu’un témoin de la scène leur confirmât qu’il avait bien été tué. Ils se lamentèrent alors et le pleurèrent.
Lorsque la nouvelle parvint à Marwân, il dépêcha des hommes munis de torches, ainsi que des personnes susceptibles de le reconnaître parmi les cadavres. Ils le retrouvèrent, puis l’amenèrent devant Marwân. Il était mort, et portait près de vingt blessures à la tête et au visage. Marwân ordonna ensuite de promener sa tête coupée dans les villes d’al-Jazîra. Avant de mourir, al-Ḍaḥḥâk avait désigné pour lui succéder à la tête de son armée un homme surnommé al-Khaybarî. Les survivants de l’armée d’al-Ḍaḥḥâk se rallièrent donc à lui, tout comme Sulaymân ibn Hishâm ibn ‘Abd al-Malik et les membres de sa famille, ses affranchis, et l’armée qui s’était déjà engagée à le soutenir l’année précédente pour le califat, en reniant Marwân ibn