Le calife arriva à Damas et ordonna que Thâbit et ses compagnons, après s’être dispersés, soient crucifiés aux portes de la ville. Il n’en épargna aucun, à l’exception d’un seul : ‘Umar ibn al-Hârith al-Kalbî, dont on disait qu’il détenait le secret de dépôts confiés par Thâbit ibn Nu‘aym à certaines personnes. Ainsi, la Syrie se soumit à Marwân à l’exception de Tadmor. Celui-ci quitta alors Damas et s’installa à al-Qasṭal, dans la région de Homs. Il apprit que les habitants de Tadmor avaient asséché les points d’eau situés entre lui et eux, ce qui suscita sa violente colère, d’autant plus qu’il était à la tête de nombreuses troupes.
Al-Abrash ibn al-Walîd, qui était l’un de ses proches, intervint et demanda en premier lieu de dépêcher un émissaire afin de leur adresser des remontrances. Marwân envoya donc ‘Amr ibn al-Walîd, frère d’al-Abrash. À son arrivée, ils ne prêtèrent aucune attention à son message et refusèrent même de l’écouter ; il dut repartir. Le calife voulut alors envoyer ses armées contre eux, mais al-Abrash le supplia de s’y rendre lui-même. Marwân y consentit et, une fois sur place, al-Abrash s’adressa aux habitants de Tadmor pour les inviter à obéir au calife. La plupart acceptèrent, mais une partie refusa. Al-Abrash écrivit alors au calife pour l’informer de la situation. Le calife ordonna que l’on démolisse une partie de leur muraille et que ceux qui rendaient les armes soient amenés auprès de lui. Lorsque cela fut fait et qu’ils se présentèrent devant lui, il prit la route avec ses troupes en direction d’ar-Ruṣâfa, en traversant le désert. Parmi ceux qui l’accompagnaient se trouvaient Ibrâhîm ibn al-Walîd, destitué de son pouvoir, Sulaymân ibn Hishâm, ainsi que plusieurs descendants d’al-Walîd, de Yazîd et de Sulaymân. Il s’arrêta quelques jours à ar-Ruṣâfa avant de se rendre à ar-Raqqa.
Sulaymân ibn Hishâm lui demanda alors l’autorisation de demeurer quelque temps sur place pour se reposer et assurer ses arrières, ce que Marwân accepta. Puis Marwân descendit et établit son camp près de Wâsiṭ, sur la rive de l’Euphrate, où il séjourna trois jours avant de se diriger vers Qarqusiyâ. Ibn Hubayra s’y trouvait, prêt à être envoyé en Irak pour combattre al-Ḍaḥḥâk ibn Qays ash-Shaybânî, le kharijite harûrite. Tandis que Marwân se préoccupait de cette affaire, dix mille cavaliers envoyés précédemment en expédition passèrent par ar-Ruṣâfa, où Sulaymân ibn Hishâm ibn ‘Abd al-Malik avait justement reçu du calife la permission de demeurer quelque temps. Ces cavaliers le convinrent de se faire prêter allégeance et de rompre avec Marwân ibn Muḥammad afin de le combattre. Il céda à la tentation et accepta, rompant avec Marwân, et il se mit en marche avec ses troupes vers Qinnasrîn.
Sulaymân écrivit aux gens de Syrie, qui convergèrent de toutes parts. Il envoya aussi un courrier à Ibn Hubayra, à qui Marwân avait confié la lutte contre al-Ḍaḥḥâk ibn Qays, pour lui ordonner de le rejoindre. Environ soixante-dix mille hommes se rallièrent alors à lui. De son côté, Marwân dépêcha ‘Îsâ ibn Muslim avec près de soixante-dix mille hommes. Les deux armées se rencontrèrent dans la région de Qinnasrîn et se livrèrent un combat acharné. Marwân arriva au cœur des affrontements, combattit avec une grande férocité et finit par les mettre en déroute. Ce jour-là, il tua Ibrâhîm ibn Sulaymân ibn Hishâm, le fils aîné de ce dernier, et fit plus de trente mille morts dans leurs rangs. Sulaymân, vaincu, gagna Homs et regroupa dans la ville ceux qui avaient échappé au désastre. Il y établit son camp et rebâtit une partie du rempart que Marwân avait détruit.
Marwân marcha ensuite contre la ville et l’assiégea, y plaçant plus de quatre-vingts catapultes pour la bombarder. Il demeura ainsi durant huit mois, les canonnant jour et nuit, tandis que les assiégés sortaient se battre chaque jour avant de se replier. Entre-temps, Sulaymân, accompagné d’une partie de l’armée, se rendit à Tadmor, où il intercepta l’armée de Marwân en route, bien décidé à l’attaquer et à la piller. Ils n’y parvinrent cependant pas, car Marwân se tint prêt et leur livra bataille, perdant près de six mille hommes parmi ses troupes dans l’affrontement.