Husayn des Banû Numayr, puis les chefs de la Syrie — habitants de Damas, de Homs et d’autres régions — lui prêtèrent alors allégeance. Marwân leur dit ensuite : « Choisissez des émirs que nous nommerons pour vous gouverner. » Les habitants de chaque ville désignèrent donc un émir, que Marwân plaça à leur tête : sur Damas, Zâmil ibn ʿAmr al-Hubrânî ; sur Homs, ʿAbd Allâh ibn Shajarah al-Kindî ; sur la province du Jourdain, al-Walîd ibn Muʿâwiya ibn Marwân ; et sur la Palestine, Thâbit ibn Nuʿaym al-Judhâmî. Lorsque la Syrie fut assurée à Marwân ibn Muhammad, il rejoignit Harrân. C’est alors qu’Ibrâhîm ibn al-Walîd — qui avait été calife — et son cousin Sulaymân ibn Hishâm sollicitèrent de lui la promesse de sûreté, qu’il leur accorda. Sulaymân ibn Hishâm arriva auprès de lui avec les gens de Tadmur et ils lui firent allégeance.
Lorsque Marwân s’installa à Harrân, il y demeura trois mois. Cependant, les accords passés avec les gens de Syrie au sujet de la bayʿa (l’allégeance) furent rompus, et les habitants de Homs, parmi d’autres, se révoltèrent contre lui. Marwân envoya donc une armée contre Homs, qui l’atteignit la nuit précédant la fête de l’ʿÎd al-Fitr cette année-là. Lui-même arriva deux jours après la fête et assiégea la ville avec une armée nombreuse ; se trouvaient alors à ses côtés Ibrâhîm ibn al-Walîd (le calife déchu) et Sulaymân ibn Hishâm, tous deux grandement honorés et proches de lui, au point qu’il ne prenait ses repas du midi et du soir qu’en leur compagnie.
Lorsqu’il assiégea Homs, les habitants lui crièrent : « Nous sommes restés dans ton obéissance. » Il leur répondit : « Ouvrez donc les portes de la ville. » Ils les ouvrirent, mais quelques combats eurent lieu, causant la mort d’environ cinq cents ou six cents personnes. Marwân ordonna que leurs corps soient crucifiés autour de la cité et fit abattre une partie de son rempart.
Quant à Damas, ses gens de la Ghouta enfermèrent leur émir, Zâmil ibn ʿAmr, et se donnèrent pour chef Yazîd ibn Khâlid al-Qasrî. Le délégué de la ville demeura cependant fidèle à son poste. Depuis Homs, le Commandeur des Croyants, Marwân, dépêcha contre eux une troupe d’environ dix mille hommes. Quand celle-ci parvint près de la ville, le délégué et ses partisans sortirent à leur rencontre et affrontèrent la troupe aux côtés des habitants de la Ghouta. Ils finirent par les mettre en déroute, incendièrent al-Mizza et plusieurs autres villages environnants. Yazîd ibn Khâlid al-Qasrî et Abû ʿAlâqah al-Kalbî cherchèrent protection auprès d’un homme de Lakhm, originaire d’al-Mizza, mais Zâmil ibn ʿAmr les découvrit, les tua, et envoya leurs têtes au Commandeur des Croyants, Marwân, alors à Homs.
Thâbit ibn Nuʿaym s’était, quant à lui, soulevé en Palestine contre le calife, marchant jusqu’à Tabariyya (Tibériade) pour l’assiéger. Le calife envoya une armée qui les délogea de la ville, pilla leur camp et dispersa leurs rangs. Thâbit ibn Nuʿaym s’enfuit en Palestine, poursuivi par l’émir Abû al-Ward, qui l’écrasa une seconde fois, le contraignant à l’abandon de la plupart de ses hommes. Abû al-Ward fit prisonniers trois de ses fils, blessés, et les expédia au calife, qui ordonna de les soigner. Puis le Commandeur des Croyants écrivit au gouverneur de Palestine, al-Rumâhis ibn ʿAbd al-ʿAzîz al-Kinânî, de traquer Thâbit ibn Nuʿaym où qu’il se trouvât. Ce dernier agit avec prudence jusqu’à le capturer, environ deux mois plus tard, et l’envoya au calife. Marwân ordonna de lui trancher les mains et les pieds, ainsi qu’à plusieurs de ses compagnons, puis de les faire parvenir à Damas. On les exposa à la porte de la grande mosquée, car les Damascènes prétendaient que Thâbit ibn Nuʿaym s’était enfui en Égypte pour s’en emparer et tuer le gouverneur de Marwân. On l’y envoya donc mutilé, afin qu’ils constatent l’inanité de leurs rumeurs.
Le calife Marwân séjourna quelque temps à Dayr Ayyûb, jusqu’à prêter serment pour son fils ʿAbd Allâh puis pour son fils ʿUbayd Allâh ; il les maria aux deux filles de Hishâm, Umm Hishâm et ʿÂʾisha. Ce fut un vaste rassemblement et une cérémonie imposante, assortie d’une bayʿa générale, bien qu’en réalité elle ne fût pas pleinement effective.