Il dit : « Je déposerai quatre-vingt-dix mille. » Khalid en fut surpris. Il s’exclama : « Ô émir, je t’ai demandé selon ton rang, et j’ai versé selon le mien. » Khalid lui répondit : « Tu ne me surpasseras jamais. » Puis il ordonna qu’on lui remette cent mille.
Il raconta encore : Un bédouin se présenta devant lui et déclara : « J’ai composé des vers à ton égard, mais je les trouve bien en deçà de ce que tu mérites. » Khalid répliqua : « Récite ! » Alors il entama :
« Par ta largesse, tu m’as relevé, tant tu m’as redonné vie,
et tu m’as comblé au point que je te crus en train de plaisanter.
Car tu es la générosité, son fils et son frère,
allié de la générosité : jamais la générosité ne pourra s’éloigner de toi. »
Khalid lui dit : « Demande ce que tu veux. » Le bédouin répondit : « Je suis redevable de cinquante mille dinars. » Il lui dit : « J’ai ordonné qu’on te les verse et je les ai doublés pour toi (1). » Ainsi, il lui donna cent mille.
Abû al-Tayyib Muhammad ibn Isḥâq ibn Yaḥyâ al-Washshâ’ (2) raconta : « Un bédouin se rendit auprès de Khâlid al-Qasrî et lui récita :
“Tu as écrit “Oui” (na‘am) à ta porte ; ainsi, elle appelle les gens, le visage découvert,
et tu as dit à cette “Oui” : “Va donc chez un autre, car jamais tu ne seras aperçue devant ma porte.””
Il précise ensuite : “Alors, Khalid lui octroya cinquante mille pour chacun de ces vers.” »
Ibn Ma‘în a dit à son sujet : « C’était un homme mauvais, qui parlait contre ‘Alî ibn Abî Tâlib (qu’Allah l’agrée). »
Al-Aṣma‘î rapporta de son père que Khalid creusa à La Mecque un puits dont il revendiqua la supériorité sur celui de Zamzam. On impute aussi à Khalid, d’après un certain récit, le fait d’avoir préféré le calife au Messager, ce qui relève de la mécréance, à moins que son propos ne visât un autre sens que ce qui transparaît de prime abord – et Dieu sait mieux. Il semble cependant que cela ne soit pas authentique, car il s’était attaché à éteindre l’égarement et l’innovation, comme nous l’avons déjà indiqué à propos de l’exécution d’al-Ja‘d ibn Dirham et d’autres hérétiques.
Par ailleurs, l’auteur du Kitâb al-‘Iqd lui attribue des choses qui ne sont pas recevables, car cet auteur du ‘Iqd avait un chiisme virulent et un excès dans la vénération des Gens de la Maison. Parfois, nul ne saisit dans ses propos l’ampleur de son parti pris. Notre maître adh-Dhahabî fut même trompé par lui, au point de le louer pour sa mémoire et d’autres qualités.
Ibn Jarîr, Ibn ‘Asâkir et d’autres (3) rapportent qu’al-Walîd ibn Yazîd avait décidé de se rendre en pèlerinage durant son mandat, tout en ayant pour dessein de boire du vin sur le toit de la Ka‘ba. Quand un groupe d’émirs l’apprit, ils se concertèrent pour le tuer et pour en désigner un autre à sa place.