«… Il lui adressa la parole – qu’Allah soit exalté bien au-dessus de ce que déclare al-Jaʿd ibn Dirham. Puis il descendit et l’égorgea au pied de la chaire (1).
Plus d’un imam a rapporté ceci : al-Jaʿd ibn Dirham était originaire du Shâm. Il fut le précepteur de Marwân al-Ḥimâr, c’est pourquoi on l’appelait “Marwân al-Jaʿdî”, puisqu’il lui était affilié. C’était aussi le maître de al-Jahm ibn Ṣafwân, auquel est rattachée la secte jahamite. Ces derniers affirment qu’Allah Se trouverait en tout lieu de Son Être — qu’Allah soit exalté bien au-dessus de ce qu’ils prétendent.
Al-Jaʿd ibn Dirham avait reçu cette doctrine pernicieuse d’un homme appelé Abân ibn Samʿân, qui la tenait lui-même de Ṭālût, fils de la sœur de Labîd ibn Aʿṣam, celui-ci l’ayant héritée de son oncle maternel Labîd ibn Aʿṣam le Juif. C’est ce dernier qui ensorcela le Prophète (ﷺ) à l’aide d’un peigne, de cheveux coupés et de la spathe mâle d’un palmier (2), qu’il plaça sous la pierre de fondation (râʿûfa) d’un puits appelé Dhou Arwân (3), dont l’eau était teintée au henné (4). Le hadith authentique à ce sujet est rapporté par al-Bukhârî et Muslim, entre autres (5). Il est également parvenu, dans certains hadiths, qu’Allah a fait descendre les deux sourates protectrices (al-Muʿawwidhatayn) à cette occasion.
Abû Bakr ibn Abî Khaythama a dit : « Nous a rapporté Muḥammad ibn Yazîd ar-Raffâʿî, j’ai entendu Abû Bakr ibn ʿAyyâsh déclarer : “J’ai vu…” »
(1) La narration d'al-Bayhaqī et d'Ibn ʿAsākir relative à sa mise à mort a été mentionnée précédemment à la page indiquée dans la note précédente de l'édition (Q) de l'al-Bidāya wa al-Nihāya. S'ajoutent aux sources de transmission Abū al-Qāsim al-Lālkāʾī dans son livre Iʿtiqād Ahl al-Sunna (2/319) (512), al-Bukhārī dans al-Tārīkh al-Kabīr (3/158) dans la biographie de Khālid al-Qusari, al-Khaṭīb al-Baghdādī dans Tārīkh Baghdād (12/425), al-Mizzī dans Tahdhīb al-Kamāl (8/118) et al-Dhahabī dans Siyar Aʿlām al-Nubalāʾ (5/432).
(2) Dans l'édition (Q) : « wa-māshṭa », tandis que la forme attestée dans (B, Ḥ) et les autres sources de ḥadīth est « mushāṭa » (mîm avec damma). Ce terme désigne les poils qui tombent de la tête ou de la barbe lors du peignage. Quant à al-mushṭ, il présente différentes variantes dialectales : mushṭ, mushuṭ, misḥṭ. Concernant le terme « wa-jaf » (وجف), dans une autre narration « jab » avec un jīm et un bāʾ unifié, ils signifient le récipient pour la sève des palmiers, une membrane qui la recouvre; ce terme est utilisé aussi bien pour le mâle que pour la femelle, raison pour laquelle dans le ḥadīth il est spécifié par « ṭalaʿa dhakar » (émergence mâle), c’est une relation du terme ṭalaʿa à dhakar, et Dieu sait mieux. Dans la transmission d'Ibn ʿUyayna rapportée par al-Bukhārī, on trouve « wa-mushāqa » (avec une qāf) au lieu de « mushāṭa », ce qui signifie aussi al-mushāṭa. Certains disent que mushāqa désigne la fibre de lin. Voir al-Sharḥ al-Nawawī (14/177).
(3) Rāʿūfat al-biʾr : une pierre laissée au fond du puits lorsqu'il est creusé, stable en cet endroit. Quand on souhaite puiser l'eau, le puisatier s'assoit dessus. On dit aussi que c’est une pierre saillante dure parfois présente dans certains puits, insurmontable à la fouille, donc laissée telle quelle, ou une pierre placée sur le bord du puits sur laquelle repose le puisatier. Certains muhaddithīn ont rapporté ce ḥadīth en disant qu'il plaça son sortilège dans un « jub ṭalaʿa », et je ne connais le « jub » que comme puits non recouvert; or la lecture correcte du ḥadīth semble être « al-jaf » (avec fāʾ). Abū ʿUbayd a dit : on dit rāʿūfat al-biʾr ou rāʿūfata. Voir Gharīb al-Ḥadīth d’Ibn Salām (2/268). Et le puits de Dhī Arwān : dans certaines versions d’al-Bukhārī on trouve « Dhirwān », les deux formes sont valides, mais la première est meilleure et plus authentique. C’est un puits à Médine dans un verger de Bani Zurayq. Voir al-Sharḥ al-Nawawī (14/177).
(4) An-nuqāʿa, avec un nûn dammée : l'eau dans laquelle on fait tremper le henné. Voir al-Sharḥ al-Nawawī (14/177).
(5) Ṣaḥīḥ al-Bukhārī (5/2174 et 2176) (5430 et 5433) et Muslim (4/1720) (2189), ainsi qu'Ibn Ḥibbān dans son Ṣaḥīḥ (14/545-546) (6583 et 6584).