Avant cela, il dit : « Ô Cheikh, il s’agit d’un poème que nous avons composé avant toi. » Le Cheikh se leva alors et s’en alla. Khalid envoya quelqu’un le suivre pour écouter ce qu’il dirait. Il l’entendit réciter ces vers :
« Ah, par Dieu, je n’ai pas obtenu ce que j’espérais de lui,
ni ce que j’ai rencontré comme rude adversité.
Je suis entré auprès de Baḥir, qui se montre généreux de ses biens
et donne copieusement pour être loué.
Mais la mauvaise fortune, par mon infortune, m’a contredit,
mon funeste destin s’est rapproché de moi et mon bonheur m’a fui.
Si j’avais trouvé chez lui une subsistance, je l’aurais reçue,
mais c’est un ordre émanant de l’Unique, l’Absolu. »
Puis on revint auprès de Khalid pour l’informer de ce qu’il disait. Khalid commanda alors qu’on lui remette dix mille dirhams (1).
Al-Asmāʻī raconta : Un bédouin demanda à Khalid al-Qasrī de lui remplir son sac de farine. Khalid ordonna qu’on le lui remplisse de dirhams. Lorsque le bédouin sortit, on lui demanda : « Que t’a-t-il fait ? » Il répondit : « Je l’ai sollicité selon mon désir, et il m’a accordé selon le sien. »
On rapporte encore que, tandis que Khalid avançait dans son cortège, un bédouin vint à sa rencontre et le supplia de lui trancher la tête. Khalid dit : « Malheur à toi ! Pourquoi donc ? Aurais-tu commis un acte de brigandage ? Aurais-tu retiré ta main de l’obéissance ? » À chacune de ces questions, le bédouin répondait : « Non. » Khalid lui demanda alors : « Pourquoi me le demandes-tu ? » Il répondit : « À cause de la pauvreté et de la misère. » Khalid déclara : « Exprime plutôt ton besoin. » Le bédouin dit : « Trente mille. » Khalid s’exclama : « Jamais personne n’a gagné autant que moi aujourd’hui. J’avais pensé qu’il me demanderait cent mille, mais il n’en réclame que trente, j’épargne donc soixante-dix mille. Revenons donc pour aujourd’hui. » Puis il ordonna de lui donner ces trente mille.
Lorsque Khalid prenait place, on déposait l’argent devant lui et il disait : « Ces sommes sont des dépôts qu’il faut nécessairement répartir. »
Un anneau appartenant à sa servante Rā’iqa (2), d’une valeur de trente mille, tomba dans l’égout de la demeure. Elle demanda qu’on fît venir quelqu’un pour le récupérer, mais Khalid s’exclama : « Ta main m’est plus précieuse que le fait de le porter après qu’il soit tombé en ce lieu sordide. » Et il ordonna qu’on lui remette cinq mille dinars en compensation. Rā’iqa possédait en effet de nombreux bijoux, dont une perle et un rubis, chacun valant soixante-treize mille dinars.
Al-Bukhārī rapporte dans son livre Aʿmāl al-ʿibād (3), tout comme Ibn Abī Ḥātim dans son Kitāb al-Sunna et d’autres auteurs de recueils de hadith, que Khalid ibn ʿAbd Allāh al-Qasrī prononça un prêche le jour de ʿĪd al-Aḍḥā, disant : « Ô gens, offrez vos sacrifices ; puisse Dieu les accepter. Pour ma part, je sacrifierai Jaʿd ibn Dirham, car il a prétendu que Dieu n’avait pas pris Abraham pour ami intime et qu’Il n’avait pas parlé à Moïse. »