Al-Walîd le désigna comme son représentant au Hedjaz à partir de l’an quatre-vingt-neuf (de l’Hégire) jusqu’à la mort d’al-Walîd, puis Sulaymân en fit de même après lui. En l’an cent-six, Hishâm l’investit à la tête de l’Irak jusqu’en l’an cent-vingt. Ensuite, il le livra à Yûsuf ibn ‘Umar, qu’il avait nommé à sa place. Ce dernier le punit, lui confisqua ses biens, avant de le relâcher. Il demeura à Damas jusqu’au mois de Muharram de cette même année, lorsque al-Walîd ibn Yazîd le remit à nouveau à Yûsuf ibn ‘Umar pour qu’il récupère de lui cinquante mille milliers (cinquante millions). Il périt alors sous une torture terrible : on lui brisa d’abord les deux pieds, puis les jambes, puis les cuisses, puis la poitrine. Il mourut sans prononcer un seul mot, ni même pousser un soupir, jusqu’à ce que son âme s’échappât.
Selon al-‘Utbi (1), d’après son père, Khalid al-Qasrî prononça un jour un discours et se trouva bloqué. Il déclara alors : « Ô vous, les gens ! Il arrive que la parole survienne parfois et qu’elle se retire d’autres fois. Quand elle arrive, sa cause est claire, et quand elle se retire, la demande devient inaccessible. Il se peut que son éloquence soit rendue à celui qui parle avec aisance, et que ses propos aboutissent chez celui qui demeure muet. Ce que vous souhaitez reviendra, et nous redeviendrons pour vous ce que vous espérez. »
Al-Aṣma’î et d’autres ont dit : Un jour, Khalid al-Qasrî prit la parole à Wâsit en ces termes : « Ô vous, les gens ! Rivalisez dans les vertus, empressez-vous vers les gains. Achetez la louange par la générosité et ne vous attirez pas le blâme en tardant à donner. Ne revendiquez pas un bienfait que vous n’avez pas encore accompli. Et si l’un de vous se trouve redevable d’une faveur envers quelqu’un qui n’en a pas encore pleinement exprimé la gratitude, Dieu lui en donnera la meilleure récompense et le plus grand don. Sachez que les besoins des gens à votre égard sont un bienfait ; ne vous en lassez pas, de peur qu’ils ne se transforment en calvaire. Le meilleur des biens est celui qui rapporte une rétribution et laisse après lui un souvenir. Si vous voyiez le bienfait, vous le verriez comme un homme magnifique et beau, réjouissant le regard et surpassant toute la création. Et si vous voyiez l’avarice, vous la verriez comme un individu monstrueux et laid, que les cœurs fuient et devant lequel les yeux se baissent. Celui qui est généreux s’élève au rang de chef, et celui qui est avare s’humilie lui-même. Le plus noble des hommes est celui qui donne à qui ne l’espère pas et pardonne alors qu’il peut châtier. Le meilleur des hommes est celui qui rétablit les liens après leur rupture. Celui dont la terre n’est pas bonne ne verra pas sa semence prospérer ; les branches poussent à l’endroit même où elles ont été plantées et ne s’élèvent que grâce à leurs racines. »
Al-Aṣma’î rapporte d’après ‘Umar ibn al-Haytham qu’un bédouin se rendit auprès de Khalid et récita un poème pour le louer, dans lequel il disait :
« Vers toi, ô fils de Kurz le Bienfaiteur, je suis venu désireux,
afin que tu répares ce qui s’est brisé et dispersé en moi.
Vers le noble magnanime, doué de patience et de libéralité,
le plus honorable de toutes les créatures de Dieu par sa lignée et son origine.
Quand certains manquent à l’appel par leurs actes,
tu te lèves, et jamais ne trouves place où t’asseoir.
Ô toi, vaste océan dont la vague submerge le monde :
si on te demande un bienfait, ton flot gronde et mousse.
J’ai connu le fils de ‘Abd Allâh en toute circonstance :
je l’ai trouvé le plus valeureux des hommes et le plus grand par l’âme.
Si l’on pouvait trouver sur terre un Khalid parmi les hommes,
qui dispense ses bienfaits, alors tu serais immortel !
Ne me prive pas, je t’en supplie, de ce que j’espère de toi,
de peur que mon visage ne devienne sombre et terne. »
Le récit poursuit : Khalid l’avait déjà mémorisé. Lorsque les gens se rassemblèrent autour de lui, le bédouin s’apprêta à réciter son poème, mais Khalid le précéda et le récita lui-même.