Par ordre de Naṣr ibn Sayyār [et l’effritement de son autorité et de son prestige] :
(1) Ils insistèrent auprès de lui pour obtenir leurs soldes, lui adressèrent des propos d’une dureté qu’il détestait, alors qu’il se trouvait sur la chaire, par l’entremise de Salm ibn Aḥwaz, qui l’en informa de près. Les marchands quittèrent la grande mosquée pendant qu’il prêchait, et nombre de personnes s’éloignèrent de lui.
Nasr leur déclara alors, entre autres paroles : « Par Dieu, je vous ai tantôt étendus et tantôt repliés, et ainsi de suite, et je ne trouve pas dix d’entre vous attachés à la même religion. Craignez Dieu ! Par Dieu, si deux épées s’entrechoquent parmi vous, l’homme parmi vous en arrivera à souhaiter se défaire de sa famille, de ses biens et de ses enfants, et à souhaiter ne jamais avoir été témoin de cela. »
Puis il récita ces vers d’al-Nābigha (2) :
« Si votre infortune l’emporte sur vous,
je jure pourtant avoir œuvré à votre bien. »
Al-Ḥārith ibn ʿAbd Allāh ibn al-Ḥashraj ibn al-Ward ibn al-Mughīra al-Jaʿdī dit :
« Je passe mes nuits à veiller sur les étoiles, m’appuyant
dès que leurs premières lueurs se lèvent vers moi,
à cause d’une discorde qui, au matin, s’est généralisée,
recouvrant tous ceux qui accomplissent la prière.
Quiconque se trouve en Khurāsān, en Irak
ou en Syrie, tous en sont affectés et préoccupés.
Le sot qui se fait réprimander pour son ignorance
y marche comme le sage : de même condition dans cette épreuve.
Les gens y sont plongés dans un obscur chaos,
une obscurité tenace emplie de troubles.
Ils endurent une souffrance telle
que les femmes enceintes en viendraient presque à rejeter leurs enfants.
Chaque jour, ils s’engagent dans un inconnu redoutable,
aveugles, incertains, en proie à de multiples calamités.
(3)
Nul ne perçoit vraiment ses conséquences,
sinon ce que nul discours ne peut clairement énoncer.
Pareille à l’écume du chameau ou au cri d’une femme enceinte
qui entend le tonnerre autour d’elle.
Il s’abat sur nous une tourmente qui défigure le visage,
emplie d’épreuves terribles, rougeoyantes et secouées de violentes secousses.
Cette même année, le calife reçut l’allégeance des émirs et de notables en faveur de son frère Ibrāhīm ibn al-Walīd ibn ʿAbd al-Malik pour la succession après lui, puis, après Ibrāhīm, pour ʿAbd al-ʿAzīz ibn al-Ḥajjāj ibn ʿAbd al-Malik ibn Marwān. Il en fut ainsi à cause de la maladie dont il mourut, au mois de Dhū l-Ḥijja de cette année-là, encouragé en cela par un groupe d’émirs, de grands dignitaires et de ministres.
Cette année-là, Yazīd démit Yūsuf ibn Muḥammad al-Thaqafī de son poste de gouverneur du Ḥijāz, et nomma à sa place ʿAbd al-ʿAzīz ibn ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz, qui arriva sur place à la fin du mois de Dhū l-Qaʿda.
Et cette même année, Marwān al-Ḥimār manifesta son opposition à Yazīd ibn al-Walīd. Il quitta les terres d’Arménie, déclarant vouloir venger le sang d’al-Walīd ibn Yazīd. Mais lorsqu’il parvint à Ḥarrān, il montra finalement son adhésion et prêta serment d’allégeance au commandeur des croyants, Yazīd ibn al-Walīd.