Au cours de cette période, les habitants de Palestine prêtèrent allégeance à Yazīd ibn Sulaymān ibn ʿAbd al-Malik. En effet, les membres de la famille de Sulaymān possédaient des propriétés dans cette région et y séjournaient souvent, et les gens de Palestine appréciaient de vivre auprès d’eux. Lorsque al-Walīd ibn Yazīd fut tué, Saʿīd ibn Rawḥ ibn Zinbaʿ – qui était le chef de cette contrée – écrivit à Yazīd ibn Sulaymān ibn ʿAbd al-Malik afin de l’inviter à accepter leur allégeance. Yazīd répondit favorablement. Lorsque la nouvelle parvint aux habitants du Jourdain, ceux-ci prêtèrent alors allégeance de leur côté à Muḥammad ibn ʿAbd al-Malik ibn Marwān et le désignèrent comme leur gouverneur. Quand Yazīd ibn al-Walīd, Commandeur des Croyants, apprit cela, il envoya des armées sous la conduite de Sulaymān ibn Hishām, composées de Damascènes et de gens de Ḥimṣ qui se trouvaient avec as-Sufyānī. Les habitants du Jourdain conclurent un accord en premier et revinrent à l’obéissance, puis ce fut également le cas pour ceux de Palestine. Yazīd ibn al-Walīd nomma par décret son frère Ibrāhīm ibn al-Walīd gouverneur à ar-Ramla et dans ces territoires voisins, et la situation s’y stabilisa.
Par la suite, le Commandeur des Croyants, Yazīd ibn al-Walīd, prononça un prêche à Damas. Il loua Dieu et Le remercia comme Il en est digne, puis dit : « Ô gens, par Dieu, je ne suis pas sorti par orgueil ni vanité, ni par soif de biens terrestres, ni par désir de royauté. Je ne cherche pas à me flatter moi-même : je suis bien injuste envers moi-même si mon Seigneur ne me fait pas miséricorde ; alors je serais perdu. Mais je me suis levé par colère pour Dieu, pour Son Messager et pour Sa religion, vous appelant à Dieu, à Son Livre et à la Sunna de Son Prophète Muḥammad (ﷺ), lorsque les repères de la religion furent détruits, que la lumière des gens pieux fut éteinte et qu’apparut le tyran insolent qui se permettait toute profanation et commettait toute hérésie. Par Dieu, il ne croyait ni au Livre, ni au Jour du Jugement. Il est certes mon cousin par la parenté et mon égal par la noblesse. Cependant, lorsque j’ai constaté cela, j’ai consulté Dieu à son sujet et L’ai prié de ne pas me laisser à moi-même. J’ai alors appelé les habitants de mon autorité à se joindre à moi et j’ai persévéré jusqu’à ce que Dieu soulage les serviteurs et les contrées de cet homme, par Sa puissance et Sa force, et non par les miennes.
Ô gens, je m’engage envers vous à ne pas poser pierre sur pierre, ni brique sur brique, à ne pas détourner de fleuve ni amasser de richesses, à ne pas m’enrichir pour une épouse ou des enfants, et à ne pas transférer de biens d’une région à une autre avant d’avoir fortifié la frontière de cette région et pourvu aux besoins de ses habitants jusqu’à ce qu’ils n’en manquent plus. Si un surplus subsiste, je le transfèrerai alors vers la région voisine qui en aura le plus besoin. Je ne vous maintiendrai pas trop longtemps cantonnés à vos frontières, causant votre corruption et celle de vos familles. Je ne fermerai pas ma porte, laissant le plus fort parmi vous dévorer le plus faible. Je ne ferai pas peser sur les gens soumis à votre jizya une charge telle qu’ils en soient chassés de leurs terres et que leur descendance s’éteigne (1).
De plus, je vous garantis votre solde annuelle et vos rations mensuelles de façon à ce que la subsistance circule équitablement parmi les musulmans, si bien que les plus éloignés d’entre eux soient traités comme les plus proches. Si je tiens mes promesses, il vous incombe de m’écouter, de m’obéir et de me soutenir avec bienveillance. Si je n’y reste pas fidèle, vous êtes en droit de me destituer, à moins que vous ne me laissiez corriger ma conduite ; si je me repens, vous devrez l’accepter. Et s’il vous apparaît qu’une personne pieuse et vertueuse peut vous promettre ce que je vous promets, et que vous souhaitez l’investir, je serais le premier à lui prêter allégeance et à accepter son autorité.
Ô gens, il n’y a pas d’obéissance à une créature dans la désobéissance au Créateur. L’obéissance véritable est celle qui est due à Dieu. Quiconque obéit à Dieu, obéissez-lui tant qu’il obéit à Dieu. Mais s’il commet un péché ou appelle à le commettre, il mérite qu’on lui désobéisse et qu’on ne lui accorde point obéissance. Il doit même être humilié et mis à mort s’il persiste. Je dis ces paroles et je demande pardon à Dieu pour moi-même et pour vous. »
(1) Allusion aux conséquences de trop lourdes charges fiscales ou pressions susceptibles de conduire les populations concernées à l’exil ou à la ruine.