Al-Saksakī s’exprima, et alors al-Walīd déclara : « Ne vous ai-je pas défendus de la mort ? Ne me suis-je pas montré généreux envers vos pauvres ? Ne vous ai-je pas servis durant vos périodes de détresse ? »
Yazīd lui rétorqua : « Nous ne te reprochons que la violation des interdits sacrés, ta consommation de vin, tes unions avec les mères des enfants de ton père et l’irrespect dont tu fais preuve envers le commandement de Dieu. » Al-Walīd répondit : « Il suffit, ô frère des Saksak, tu en as trop dit et tu as exagéré. Assurément, ce que Dieu m’a rendu licite me dispense largement de ce que tu as mentionné. » Puis il ajouta : « Par Dieu, si vous me tuez, votre discorde ne se refermera pas. » Il se mit à réciter, en disant : « Un jour semblable au jour d’Othmān. » Ensuite, il se rendit. Ceux qui complotaient contre lui escaladèrent alors la muraille. Le premier à descendre vers lui fut Yazīd ibn ʿAnbasa. Il s’approcha d’al-Walīd, qui portait un sabre à son côté. Il lui dit : « Écarte-le de toi. » Al-Walīd répondit : « Si j’avais voulu combattre, j’aurais pris une autre arme. » Yazīd ibn ʿAnbasa lui prit la main, souhaitant le retenir pour l’envoyer à Yazīd ibn al-Walīd. Mais dix des chefs les devancèrent et se ruèrent sur al-Walīd, le frappant à la tête et au visage de leurs épées jusqu’à ce qu’ils le tuent. Ils le traînèrent ensuite par le pied pour l’emporter, mais les femmes se mirent à crier ; ils l’abandonnèrent alors.
Abū ʿIlāqa al-Qudāʿī lui trancha la tête et fit recoudre ce qui était blessé sur son visage. Puis on l’envoya à Yazīd avec dix hommes : parmi eux figuraient Manṣūr ibn Jumhūr, Rawḥ ibn Muqbil, Bishr (l’affranchi de Kināna de Banī Kalb) et ʿAbd al-Raḥmān, surnommé Wajh al-Fals. Lorsqu’ils parvinrent jusqu’à Yazīd, ils lui annoncèrent la mort d’al-Walīd et le saluèrent en tant que calife. Yazīd leur octroya à chacun dix mille. Alors Rawḥ ibn Bishr ibn Muqbil s’adressa à lui : « Réjouis-toi, ô Prince des croyants, de la mise à mort d’al-Walīd, le pervers. » Yazīd se prosterna alors pour remercier Dieu, et les troupes revinrent à lui. Le premier qui lui prêta allégeance fut Yazīd ibn ʿAnbasa as-Saksakī, mais il retira aussitôt sa main en disant : « Ô Dieu, si cela te satisfait, aide-moi à l’accomplir. »
Yazīd avait promis cent mille dirhams à qui lui apporterait la tête d’al-Walīd. Quand on la lui remit (c’était la nuit du vendredi, et certains disent le mercredi pour les deux dernières nuits de Jumādā al-Ākhirah de l’an 126), il ordonna de la hisser au bout d’une lance et de la promener dans la ville. On lui fit remarquer : « On ne dresse la tête que d’un kharijite. » Il répondit : « Par Dieu, je la dresserai sans nul doute. » On exhiba donc la tête dans la ville, portée au bout d’une lance, puis on la laissa un mois chez un homme. Ensuite, il la fit présenter à son frère Sulaymān ibn Yazīd. Lorsque celui-ci la vit, il dit : « Qu’il soit anéanti ! Je témoigne que tu étais buveur de vin, licencieux et débauché. Ce pervers voulut abuser de moi, son propre frère, sans en éprouver la moindre honte. »
On raconte que la tête demeura suspendue au mur oriental de la Grande Mosquée de Damas, du côté de la cour, jusqu’à la fin du règne des Banū Umayya. Certains ont dit qu’il ne s’agissait que de la trace de son sang. Al-Walīd aurait eu trente-six ans au moment de sa mort. D’autres avancent trente-huit ans, ou trente et un ans, ou trente-deux, ou encore trente-cinq, puis quarante-six. Quant à la durée de son califat, la version la plus répandue est d’un an et six mois. Cependant, certains affirment qu’il ne gouverna que trois mois.
Ibn Jarīr (1) rapporte : « Il était d’une force redoutable, doté d’orteils longs. Il enfonçait au sol une cheville de fer à laquelle on attachait un fil relié à son pied, puis il bondissait sur son cheval sans même le toucher, et la cheville se détachait du sol sous l’effet de ses sauts. »