Ainsi, son frère al-‘Abbâs ibn al-Walîd l’en dissuada, mais il n’accepta pas. Il lui dit alors : « Par Dieu, si je ne craignais pas pour toi al-Walîd, je t’aurais enchaîné et envoyé auprès de lui. » Or, les gens quittèrent Damas à cause d’une épidémie qui s’y déclara. Parmi ceux qui sortirent se trouvait al-Walîd ibn Yazîd, Commandeur des Croyants, accompagné d’environ deux cents de ses compagnons, en direction des confins de Damas (1). Yazîd ibn al-Walîd vit alors son affaire s’arranger, tandis que son frère al-‘Abbâs le mettait avec insistance en garde contre cela, mais Yazîd n’écoutait pas.
C’est alors qu’al-‘Abbâs récita :
« Je vous implore au nom de Dieu de vous préserver des épreuves :
pareilles à des montagnes, elles s’élèvent puis se déversent.
En vérité, les gens sont las de votre gouvernement :
accrochez-vous au pilier de la religion et corrigez-vous.
Ne vous offrez pas vous-mêmes en pâture aux loups des hommes :
lorsque les loups sont engraissés, ils se mettent à paître.
Ne vous éventrez pas de vos propres mains :
car alors ni le regret, ni la douleur ne pourront plus rien. » (2)
Lorsque l’autorité de Yazîd ibn al-Walîd fut solidement établie et que ceux qui devaient lui prêter serment parmi les gens le firent, il se dirigea vers Damas et y entra au moment où al-Walîd était absent. La plupart de ses habitants lui prêtèrent alors allégeance durant la nuit. Il apprit que les gens d’al-Mizza avaient fait serment d’allégeance à leur notable, Mu‘âwiya ibn Musâd. Yazîd se rendit donc chez lui à pied, escorté de quelques compagnons. En chemin, ils coururent un grave danger. Lorsqu’ils arrivèrent chez l’homme, ils frappèrent à sa porte de nuit, puis entrèrent. Yazîd lui parla de la situation et Ibn Musâd lui prêta serment. Yazîd retourna ensuite immédiatement à Damas en empruntant la route d’al-Qanâ, monté sur un âne noir. Ses compagnons jurèrent alors qu’il n’entrerait pas dans Damas sans être armé, si bien qu’il s’équipa d’armes sous ses vêtements avant d’y pénétrer.
Al-Walîd avait désigné comme lieutenant sur Damas, en son absence, ‘Abd al-Malik ibn Muhammad ibn al-Hajjâj ibn Yûsuf al-Thaqafî, qui avait lui-même quitté la ville à cause de l’épidémie et résidait à Qatnâ (3). Il laissa son propre fils (4) à la tête de Damas, et Abu al-‘Âj Kathîr ibn ‘Abd Allâh al-Sulamî fut nommé chef de la police. Le jeudi soir, les partisans de Yazîd se réunirent entre les deux prières du soir près de la porte al-Farâdîs. Lorsque l’appel à la dernière prière retentit, ils entrèrent dans la mosquée. Comme il ne restait plus personne à l’intérieur hormis eux, ils envoyèrent chercher Yazîd ibn al-Walîd. Il les rejoignit, puis ils avancèrent vers la porte de la loge réservée (la maqṣûra), qu’un serviteur leur ouvrit. Ils entrèrent et trouvèrent Abu al-‘Âj, ivre. Ils le capturèrent, s’emparèrent des dépôts du Trésor (Bayt al-Mâl), prirent possession de tous les biens et s’équipèrent en armes. Yazîd ordonna alors de fermer toutes les portes de la ville, en ne les ouvrant qu’aux personnes connues.
À l’aube, les habitants des faubourgs affluèrent de toutes parts et entrèrent dans la ville, chaque quartier passant par la porte la plus proche. Ainsi, les troupes se rassemblèrent autour de Yazîd ibn al-Walîd ibn ‘Abd al-Malik pour le soutenir, et tous lui prêtèrent serment comme Calife. Dans cette circonstance, l’un des poètes déclara à son sujet :
« Le soutien de ses partisans leur vint à l’aube,
valeureux habitants de nobles demeures. »