L’imam Abū Jaʿfar ibn Jarīr al-Ṭabarī a dit (1) :
« Mention du meurtre de Yazīd ibn al-Walīd, que l’on surnomme an-Nāqiṣ (“le défaillant”), sur al-Walīd ibn Yazīd.
Nous avons déjà évoqué certains aspects de la conduite d’al-Walīd ibn Yazīd, sa dépravation, sa frivolité, et sa débauche, ainsi que ce qui a été rapporté sur sa négligence de la prière et son mépris pour les prescriptions religieuses avant son accession au califat. Or, lorsqu’il assuma le califat et que celui-ci lui revint, il ne fit qu’empirer dans la mauvaise conduite, les plaisirs et les divertissements : il partait à la chasse, buvait des boissons enivrantes et côtoyait des débauchés. Le califat ne le fit que persévérer et s’illusionner davantage, à tel point que cela devint insupportable pour les émirs, les sujets et les troupes, qui en vinrent à le haïr intensément. L’une de ses plus grandes fautes, qui le mena à sa perte, fut de porter préjudice à ses deux cousins, Hishām et al-Walīd, fils d’Abd al-Malik, tout en se mettant à dos les Yéménites, lesquels constituaient la force principale de l’armée du Khurāsān.
En effet, après avoir fait tuer Khālid ibn ‘Abd Allāh al-Qasrī et l’avoir remis à son rival Yūsuf ibn ‘Umar — alors gouverneur de l’Irak — ce dernier le châtia jusqu’à sa mort. Dès lors, tous se détournèrent d’al-Walīd et s’offensèrent de cette exécution, comme nous le détaillerons dans sa biographie.
Ibn Jarīr (2) rapporte, selon sa chaîne de transmission, qu’al-Walīd ibn Yazīd infligea à son cousin Sulaymān ibn Hishām cent coups de fouet, lui rasa la tête et la barbe, puis l’exila à ‘Umān où il le fit emprisonner. Sulaymān y resta jusqu’à ce qu’al-Walīd fût tué. Al-Walīd s’appropria également une concubine appartenant à la famille de son oncle al-Walīd ibn ‘Abd al-Malik. ‘Umar ibn al-Walīd intercéda auprès de lui, mais il répondit : « Je ne la rendrai pas. » — « Dans ce cas, répliqua ‘Umar, les sabots ne cesseront de résonner autour de ton camp. » Al-Walīd fit emprisonner l’afqam Yazīd ibn Hishām et prêta allégeance à ses deux fils, al-Ḥakam, puis ‘Uthmān, qui n’étaient pas encore pubères. Cela indisposa également les gens, qui cherchèrent à le conseiller, mais il refusa de les écouter et ne revint pas sur sa décision.
Al-Madā’inī rapporte dans son récit que l’opinion publique fut très choquée par ces agissements. Les Banū Hāshim et les Banū al-Walīd l’accusèrent d’impiété, d’hérésie (zindīqa) et de relations avec les mères des enfants de son père, [ainsi que de sodomie, entre autres]. Ils prétendirent qu’il avait fait préparer cent chaînes (3), chacune portant le nom d’un homme de Banū Hāshim qu’il comptait tuer. Ils l’accusèrent de zindīqa, et celui qui s’en prenait à lui le plus énergiquement était Yazīd ibn al-Walīd ibn ‘Abd al-Malik. Les gens penchaient davantage pour soutenir ce dernier, car il affichait la dévotion et l’humilité, affirmant : « Nous ne pouvons approuver la conduite d’al-Walīd », jusqu’à pousser le peuple à l’assassiner.
On raconte qu’un groupe de Quḍā‘a et de Yéménites, ainsi qu’un grand nombre de notables parmi les émirs et des familles d’al-Walīd ibn ‘Abd al-Malik et de Hishām ibn ‘Abd al-Malik, se soulevèrent alors contre lui. Celui qui assuma la majeure partie de cette entreprise et qui l’y incita fut Yazīd ibn al-Walīd ibn ‘Abd al-Malik, l’un des grands de la maison omeyyade, réputé pour sa piété, sa religiosité et sa crainte de Dieu. Les gens lui prêtèrent donc allégeance. »