Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Marwân Ibn Muhammad, alors gouverneur d’Arménie, lui adressa un courrier pour le féliciter de l’investiture califale que Dieu lui avait accordée sur Ses serviteurs, de la consolidation de son pouvoir sur les territoires, et pour le congratuler de la mort de Hishâm et de sa victoire contre lui, ainsi que de la prise en main de ses biens et de ses ressources. Il l’informa également avoir renouvelé la bay‘a (serment d’allégeance) en sa faveur dans sa province, et que les gens s’en étaient réjouis et avaient accueilli la nouvelle avec optimisme. Si ce n’était la crainte qu’il éprouvait pour la frontière, il eût délégué son poste à quelqu’un et se serait lui-même déplacé, mû par le désir de le rencontrer et d’échanger directement avec lui.

Ensuite, au début de son règne, al-Walîd adopta une conduite bienveillante envers la population. Il offrit aux infirmes, aux lépreux et aux aveugles un serviteur pour chacun. Il distribua, depuis le trésor public (Bayt al-Mâl), des biens de qualité et des présents aux familles des musulmans. Il augmenta en outre les allocations, tout particulièrement en faveur des habitants du Shâm (Syrie) et des délégations venues le rencontrer. C’était un homme généreux, loué par ses contemporains, et un poète talentueux. Jamais on ne le sollicita en vain.

Parmi ses poèmes, citons ces vers où il se loue de sa propre générosité :
« J’ai promis, sauf empêchement imprévu,
Que le ciel de la détresse se dissipera pour vous.
Bientôt, viendra un surcroît de bienfaits et de faveurs,
Un don que je vous accorderai de mon plein gré. (1)
Votre mois sacré, voilà vos registres et vos soldes :
Les secrétaires s’y emploient un mois durant, avant d’y apposer leurs sceaux. (2) »

Cette même année, al-Walîd institua la bay‘a (allégeance) pour son fils al-Ḥakam, puis pour ‘Uthmân, désignés comme ses deux héritiers. Il envoya l’ordre de prêter allégeance à Yûsuf Ibn ‘Umar, gouverneur de l’Irak et du Khurâsân, qui le transmit à son lieutenant au Khurâsân, Naṣr Ibn Sayyâr. Celui-ci prononça alors une longue et éloquente allocution, rapportée en intégralité par Ibn Jarîr (3). Ainsi, l’autorité d’al-Walîd fut solidement établie d’Orient en Occident, et l’on recueillit l’allégeance pour ses deux fils à venir dans toutes les provinces.

Al-Walîd écrivit ensuite à Naṣr Ibn Sayyâr pour lui accorder l’administration autonome du Khurâsân. Peu après, Yûsuf Ibn ‘Umar se rendit auprès d’al-Walîd et sollicita que lui fût restitué le gouvernorat du Khurâsân. Al-Walîd le lui rendit tel qu’il était sous Hishâm, de sorte que Naṣr Ibn Sayyâr et ses fonctionnaires demeureraient sous l’autorité de Yûsuf Ibn ‘Umar. Celui-ci s’empressa alors de mandater Naṣr Ibn Sayyâr à se présenter devant le Commandeur des Croyants avec sa famille et de se munir de nombreux présents et offrandes.

Naṣr Ibn Sayyâr rassembla donc mille esclaves masculins montés à cheval, mille servantes, ainsi qu’une grande quantité de vases en or et en argent, et d’autres présents encore. Al-Walîd lui écrivit pour l’exhorter à se hâter, en lui demandant d’apporter avec lui des ṭanâbîr, des barābiṭ, des chanteuses, des faucons et des chevaux de race, ainsi que différents instruments de distraction et de dépravation. Les gens le blâmèrent et l’exécrèrent pour cela.

Les astrologues annoncèrent alors à Naṣr Ibn Sayyâr qu’une dissension allait bientôt éclater en Syrie. Prenant prétexte de cette prédiction, il traîna les pieds durant son voyage. Parvenu à mi-chemin, il reçut la nouvelle, transmise par des courriers, de l’assassinat du calife al-Walîd et de l’insurrection qui s’était emparée du Shâm. Il s’écarta donc de sa route avec les présents, les offrandes et les ressources qu’il transportait, pour s’arrêter quelque temps dans l’une des cités. Il apprit que Yûsuf Ibn ‘Umar avait fui l’Irak et que la situation s’était complètement dégradée. Tout cela advint à la suite du meurtre du calife, comme nous le relaterons, et c’est en Dieu que nous plaçons notre recours.

(1) Dans (B, H) : « تفّرع », et la forme confirmée est dans (Q). (2) Le récit et les vers se trouvent dans l’Histoire de Ṭabarī (4/227) et dans les Aghānī (7/28), avec quelques différences dans certains termes. (3) Voir l’Histoire de Ṭabarī (4/227) et les pages suivantes.
إليه مروانُ بن محمد، وهو إذ ذاك نائبُ إرْمينية يُباركُ له في خلافةِ الله له على عبادِه، والتمكينِ في بلاده، ويهنِّئه بموتِ هشام، وظفَرِهِ به، والتحكُّم في أمواله وحواصله، ويذكر له أنه جدَّد البيعةَ له في بلاده، وأنَّهم فرحوا واستبشروا بذلك، ولولا خوفُهُ من الثَّغْر لاستنابَ عليه ورَكِبَ بنفسِهِ شوقًا إلى رؤيته، ورغبةً في مُشَافَهتِه، ثم إنَّ الوليدَ سارَ في الناسِ سيرة حسنةً في بادئِ الأمر، وأعطَى الزَّمْنى والمَجْذومين والعُمْيان، لكل إنسانِ خادمًا، وأخرج من بيتِ المال الطيبَ والتُّحَف لعيالات المسلمين، وزادَ في أُعطِيَاتِ الناس، ولاسيما أهل الشام والوفود، وكان كريمًا مُمَدَّحًا شاعرًا مُجيدًا، لا يُسألُ شيئًا قَطُّ فيقول لا، ومن شعرِهِ قولُه يَمْدحُ نفسَه بالكرم: ضَمِنْتُ لكم إنْ لم تُعِقْني عوائقٌ … بأنَّ سماءَ الضُّرِّ عنكم سَتُقْلِعُ سيوشكُ إلحاقٌ معًا وزيادةٌ … وأُعطيةٌ منِّي إليكم تَبَرُّعُ (١) مُحَرَّمُكم ديوانُكم وعَطَاؤكم … به يكتب الكُتَاب شهرًا وتَطْبَع (٢) وفي هذه السنة عقد الوليدُ البيعةَ لابنهِ الحكَم، ثم عثمان على أنْ يكونا وليَّي العَهْدِ من بعدِه، وبعثَ البيعة إلى يوسف بن عمر أميرِ العراق وخُراسان، فأرسلها إلى نائبِ خراسان نصرِ بنِ سيَّار، فخطَبَ بذلك نصرٌ خُطبة عظيمةً بليغةً طويلة، ساقها ابنُ جريرٍ بكمالِها (٣) ، واستُوثِقَ للوليد الممالك في المشارِق والمغَارب، وأُخذتِ البيعةُ لولديهِ من بعدهِ في الآفاق. وكتب الوليدُ إلى نصرِ بن سيار بالاستقلال بولايةِ خُراسان، ثم وفد يوسف بن عمر على الوليد، فسأله أن يردَّ إليه ولايةَ خُراسان، فردَّها إليه كما كانتْ في أيامِ هشام، وأن يكون نصرُ بن سيَّار وعُمَّاله من تحتِ يدِ يوسف بن عمر. فكتب عند ذلك يوسفُ بن عمر إلى نصرِ بن سَيَّار يَسْتوفِدُهُ إلى أميرِ المؤمنين بأهلِهِ وعِيَالهِ، وأنْ يُكثِرَ من استصحابِ الهدايا والتُّحف؛ فحمَلَ نصرُ بن سيَّار ألفَ مملوكٍ على الخيل، وألفَ وَصيفة، وشيئًا كثيرًا من أباريقِ الفِضةِ والذهب وغيرِ ذلكَ من التُّحَف. وكتب إليه الوليدُ يَسْتَحثُّهُ سريعًا، ويطلبُ منه أن يحمِلَ معه طنابيرَ وبَرَابط ومُغنيِّات، وبازات وبَرَاذين فُرْه، وغير ذلكَ من آلاتِ الطَّرَب والفِسْق. فكَرِه الناسُ ذلك منه، وكَرِهوه، وقال المنجِّمون لنصرِ بن سيار: إنَّ الفتنة قريبًا ستقعُ بالشام، فجعلَ يتثاقلُ في سيرِه، فلما أنْ كانَ ببعضِ الطريق جاءَتْهُ البُرُد، فأخبرُوهُ بأنَّ الخليفةَ الوليد قد قُتل، وهاجَتْ فتنةٌ عظيمةٌ في الناسِ بالشام، فعَدَلَ بمَا معَهُ من الهدايا والتحف والحواصل إلى بعضِ المُدُنِ فأقامَ بها، وبلَغَهُ أنَّ يوسفَ بن عمر قد هرَبَ من العراق، واضطرَبَتِ الأمور، وذلك بسببِ قَتْلِ الخليفة على ما سنذكره، وبالله المستعان.
(١) في (ب، ح): "تفرّع"، والمثبت من (ق). (٢) الخبر والأبيات في تاريخ الطبري (٤/ ٢٢٧)، والأغاني (٧/ ٢٨) على خلاف في بعض الألفاظ. (٣) انظر تاريخ الطبري (٤/ ٢٢٧) وما بعدها.

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