‘Alī ibn al-Ḥusayn avait emprunté à Marwān ibn al-Ḥakam la somme de quatre mille dinars, et personne parmi les Banū Marwān ne s’adressa à lui à ce sujet jusqu’à ce que Hišām parvînt au califat. Une fois investi, celui-ci lui demanda : « Qu’est-il advenu de ce que tu nous dois ? » ‘Alī répondit : « Il est encore entier et nous t’en sommes reconnaissants. » Hišām dit alors : « Qu’il soit tien. »(1)
Hišām était parmi ceux qui répugnaient le plus à verser le sang. La mise à mort de Zayd ibn ‘Alī et de son fils Yaḥyā le bouleversa profondément, au point qu’il déclara : « J’aurais souhaité pouvoir les racheter par tout ce que je possède. » Al-Madā’inī rapporte, d’après un homme de la tribu de Ġanī(2) citant Bišr, l’affranchi de Hišām, qu’on arrêta un individu qui possédait des chanteuses, du vin et un barbaṭ (luth). Hišām ordonna : « Brisez le luth (ṭanbūr) sur sa tête. » Le vieil homme éclata en sanglots. Bišr raconta : « Je lui dis alors en guise de consolation : “Endure avec patience.” Il me rétorqua : “Penses-tu que je pleure à cause du coup ? Je pleure plutôt parce que vous avez ravalé le barbaṭ au point de l’appeler ṭanbūr.” »
Un jour, un homme parla à Hišām avec brusquerie, et il lui répondit : « Tu n’as pas le droit de tenir de tels propos à l’égard de ton imām. » Un vendredi, Hišām constata l’absence de l’un de ses fils à la prière ; il lui envoya donc quelqu’un pour lui demander : « Pourquoi n’as-tu pas assisté à la prière du vendredi ? » Celui-ci répliqua : « Ma mule n’arrivait plus à me porter. » Hišām enchaîna : « Ne pouvais-tu pas marcher ? » Il estimait qu’il n’était pas contraire au respect dû à la tradition(3) de se rendre à la prière du vendredi à pied au lieu de monter une monture.
Al-Madā’inī raconte encore qu’un homme offrit deux oiseaux à Hišām. Le messager les lui présenta tandis qu’il était assis sur un lit au milieu de sa demeure. Hišām ordonna : « Relâche-les dans la maison. » Puis l’homme s’exclama : « Ma récompense, ô Commandeur des croyants ! » Hišām rétorqua : « Malheur à toi ! Qu’attends-tu donc comme gratification pour un présent composé de deux oiseaux ? Prends-en un. » Voyant alors l’homme courir après l’un des deux, Hišām lui demanda : « Pourquoi agis-tu ainsi ? » L’autre de répondre : « Je veux choisir le meilleur des deux. » Hišām s’étonna : « Tu veux en plus prendre le meilleur et délaisser le moins bon ! » Puis il ordonna qu’on lui remît quarante ou cinquante dirhams.
Al-Madā’inī rapporte enfin, selon Qaḥḏam(4), le secrétaire de Yūsuf ibn ‘Umar, que celui-ci l’envoya auprès de Hišām avec un rubis rouge et une perle ayant appartenu à Rābi‘a(5), l’esclave de Ḫālid ibn ‘Abd Allāh al-Qaṣrī, dont le rubis avait été acheté soixante-treize mille dinars. Qaḥḏam relate : « En pénétrant auprès de lui, je le trouvai installé sur un lit recouvert de tant de coussins empilés que je ne distinguais pas sa tête. Je lui remis le rubis et la perle, et il me demanda : “Quel est son poids ?” Je répondis : “Une telle pierre ne peut être comparée.” Il garda alors le silence. »