Al-Zuhrī naquit en l’an cinquante-huit (58), à la fin du califat de Muʿāwiya. Il était de petite taille, portait peu de barbe, possédait quelques longs cheveux et des joues peu fournies.
On raconte qu’il avait lu le Coran en l’espace d’environ quatre-vingt-huit jours. Il fréquenta Saʿīd ibn al-Musayyib durant huit années, son genou touchant le sien. Il était au service de ʿAbd Allāh (1) ibn ʿAbd Allāh pour qui il puisait de l’eau salée. Il allait rencontrer les maîtres du ḥadīth, muni de tablettes sur lesquelles il consignait leurs propos, écrivant tout ce qu’il entendait d’eux, jusqu’à devenir l’un des hommes les plus instruits, voire le plus savant de son époque, au point que les gens de son temps eurent besoin de lui.
ʿAbd al-Razzāq rapporta : « Maʿmar nous informa d’après al-Zuhrī, qui dit : “Nous répugnions à consigner la science par écrit, jusqu’à ce que ces émirs nous y contraignent. Nous considérâmes alors qu’il ne convenait pas d’en priver quiconque parmi les musulmans.” » (2)
Ibn Isḥāq raconta : « Al-Zuhrī revenait de chez ʿUrwa et disait à une servante qui vivait chez lui, laquelle parlait avec un certain accent : “ʿUrwa nous a transmis un propos, untel nous a transmis…” Puis il lui répétait tout ce qu’il avait entendu de lui. La servante lui disait : “Par Dieu, je ne comprends pas ce que tu dis.” Il lui répliquait : “Tais-toi, misérable ! Je ne te parle pas, c’est à moi-même que je m’adresse.” » (3)
Par la suite, il se rendit à Damas auprès de ʿAbd al-Malik ibn Marwān – comme cela a été précédemment évoqué. Celui-ci l’honora, acquitta sa dette et lui attribua une pension provenant du trésor public. Al-Zuhrī devint alors l’un de ses proches et demeura ainsi chez ses fils après lui, al-Walīd et Sulaymān, ainsi que sous ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz et Yazīd ibn ʿAbd al-Malik. Yazīd le nomma juge conjointement avec Sulaymān ibn Ḥabīb. Il fut ensuite en faveur auprès de Hishām, l’accompagna au pèlerinage, et il fut précepteur de ses enfants, jusqu’à son décès survenu cette même année, un an avant la mort de Hishām.
Ibn Wahb dit : « J’ai entendu al-Layth déclarer qu’Ibn Shihāb disait : “Jamais je n’ai confié quoi que ce soit à ma mémoire sans le retenir.” Il ajoutait qu’il détestait manger des pommes et boire l’eau touchée par une souris, estimant que cela favorise l’oubli. En revanche, il buvait du miel, disant que cela aide la mémoire. » (4)
Fāʾid ibn Aqram a dit à son sujet :
« Rends visite à cet homme et rends hommage au généreux Muḥammad,
Évoque ses vertus auprès de ses compagnons.
Et si l’on demande qui, de sa fortune, est le plus prodigue,
On répondra : “C’est Muḥammad ibn Shihāb, le magnanime.”
Les citadins connaissent bien sa valeur,
Et les Bédouins profitent de l’abondance de son hospitalité.
Il comble ses coupes de libéralités en continu,
Les renforce de morceaux de croupe (5) et de moelle généreuse. »