Kilâb ibn Murra, Abû Bakr al-Qurachî az-Zuhrî, fut l’un des grands savants parmi les imams de l’Islam, un vénérable Tâbi‘î qui a entendu nombre de Tâbi‘ûn et d’autres encore.
L’historien et traditionniste Ibn ‘Asâkir rapporte d’après az-Zuhrî : « Un rude affaiblissement s’abattit sur les gens de Médine, si bien que je partis pour Damas. J’avais une famille nombreuse. Une fois arrivé, je me rendis à la grande mosquée et m’assis dans le plus vaste cercle de transmission. Sur ces entrefaites, un homme sortit de chez le Commandeur des Croyants, ‘Abd al-Malik, et dit : “Une question est parvenue à l’émir des Croyants. Il avait entendu quelque chose à ce sujet de Sa‘îd ibn al-Musayyib, et cela lui était sorti de l’esprit à propos des ‘Mères d’enfants’, qu’il relatait d’après ‘Umar ibn al-Khattâb.” Il me dit : ‘Va lui dire : ‘Je me souviens de ce qu’a rapporté Sa‘îd ibn al-Musayyib d’après ‘Umar ibn al-Khattâb.”’ Il m’emmena donc auprès de ‘Abd al-Malik, qui me demanda : “Qui es-tu ?” Je me présentai, lui fis part de mes difficultés et de ma famille nombreuse, puis il me demanda : “Sais-tu le Coran par cœur ?” Je dis : “Oui, ainsi que les prescriptions et les traditions.” Il m’interrogea alors sur tout cela, je lui répondis (1), il paya ma dette, puis ordonna qu’on me remette un présent et me déclara : “Cherche la science, car je vois chez toi un œil qui retient et un cœur perspicace.” »
Az-Zuhrî poursuit : « Je retournai donc à Médine pour y rechercher le savoir et l’approfondir. J’appris qu’une femme de Qubâ avait fait un songe étrange ; je me rendis auprès d’elle et la questionnai à ce sujet. Elle me raconta : “Mon mari est mort, nous laissant un serviteur, un animal domestique et quelques petits palmiers. Nous buvions son lait et mangions ses dattes. Or, pendant mon demi-sommeil, je vis mon fils aîné – qui était déjà robuste – arriver, prendre un couteau et égorger le petit de l’animal, en disant : ‘Il nous réduit trop la quantité de lait.’ Puis il installa la marmite, le découpa et le mit dedans. Ensuite, il s’empara de la même lame et égorgea son jeune frère, encore petit. Là-dessus, je me réveillai en sursaut. Mon fils aîné rentra juste après et dit : ‘Où est le lait ?’ Je lui répondis : ‘Mon fils, le petit de l’animal l’a bu.’ Il répliqua : ‘Il nous prive alors de trop de lait.’ Il prit alors le couteau, l’égorgea, le découpa et le jeta dans la marmite. Je demeurai angoissée et effrayée par ce que j’avais vu. J’emmenai mon plus jeune fils et le mis à l’abri chez des voisins. Puis je revins à la maison, très inquiète de ma vision, et je m’assoupis.
Je vis alors en rêve quelqu’un qui me demanda : ‘Pourquoi es-tu si troublée ?’ Je répondis : ‘J’ai fait un songe qui me fait peur.’ Il dit : ‘Ô Ru’yâ, ô Ru’yâ !’ Surgit alors une femme d’une grande beauté. Il lui demanda : ‘Que voulais-tu à cette femme vertueuse ?’ Elle répondit : ‘Je ne voulais que son bien.’ Puis il appela : ‘Ô Ahlâm, ô Ahlâm !’ Vint alors une femme d’une beauté moindre. Il l’interrogea : ‘Que voulais-tu à cette femme vertueuse ?’ Elle dit : ‘Je ne voulais que son bien.’ Ensuite, il appela : ‘Ô Adghâth, ô Adghâth !’ et apparut une femme noire et hirsute. Il lui demanda : ‘Que cherchais-tu auprès de cette femme pieuse ?’ Elle répondit : ‘C’est une femme vertueuse ; j’ai simplement voulu l’éprouver un instant.’ Je me réveillai aussitôt.
Mon fils aîné arriva ensuite, disposa le repas et dit : ‘Où est mon frère ?’ Je lui dis : ‘Il est parti chez nos voisins.’ Il s’y rendit, comme si on le lui avait indiqué, le ramena en l’embrassant, puis nous nous assîmes tous ensemble et nous mangeâmes de ce repas.” (2) »