Ibn ʿAsākir rapporta qu’Iyās entendit la voix d’une femme depuis sa maison et déclara : « Cette femme est enceinte d’un garçon. » Lorsqu’elle mit effectivement au monde un enfant, comme il l’avait prédit, on l’interrogea : « Comment l’as-tu su ? » Il répondit : « J’ai entendu sa voix et son souffle mêlés, j’ai donc compris qu’elle était enceinte. De plus, j’ai perçu dans sa voix une certaine intonation rauque (ṣaḥal) (1), ce qui m’a fait comprendre qu’il s’agissait d’un garçon. »
Ils racontent ensuite qu’un jour, Iyās passa près de quelques écoles et aperçut un enfant. Il dit alors : « Si j’ai quelque savoir, cet enfant est le fils de cette femme. » Et il s’avéra qu’il l’était vraiment.
Mâlik a rapporté, d’après az-Zuhrî, d’après Abû Bakr, qu’un homme vint témoigner devant Iyās. Celui-ci lui demanda : « Quel est ton nom ? » L’autre répondit : « Abû al-ʿunqur (2). » Iyās refusa alors d’accepter son témoignage.
Sufyân ath-Thawrî, citant al-Aʿmash, dit : « On me conduisit chez Iyās, et je vis un homme qui, chaque fois qu’il finissait un récit, en commençait un autre. »
Iyās affirmait : « Tout homme qui ne connaît pas ses propres défauts est un sot. » Lorsqu’on lui demanda : « Et quel est ton défaut ? » il répondit : « Je parle trop. »
On rapporte également que, lorsqu’il perdit sa mère, il pleura. On lui en fit la remarque : « Pourquoi pleures-tu ? » Il répondit : « J’avais deux portes grandes ouvertes vers le Paradis, or l’une d’elles vient de se refermer. » Son père lui dit un jour : « Les gens mettent au monde des enfants, tandis que moi, j’ai mis au monde un père ! »
Ses compagnons s’asseyaient autour de lui pour noter ses remarques perspicaces (firâsa). Un jour qu’ils étaient rassemblés, Iyās observa un homme qui venait d’arriver et qui s’était assis sur la banquette d’une boutique (4). Cet homme, à chaque personne qui passait, lançait un regard. Puis il se leva, considéra le visage d’un individu, et revint vers ses compagnons en disant : « Cet homme est un maître d’école (faqîh kuttâb) à qui s’est échappé un esclave borgne, et il le recherche. » Ils allèrent donc questionner ce visiteur, et constatèrent qu’Iyās avait vu juste. Ils interrogèrent Iyās sur sa méthode. Il expliqua : « Lorsqu’il s’est assis sur la banquette du magasin, j’ai compris qu’il détenait une certaine autorité. Puis, en l’observant, j’ai saisi qu’il ne pouvait être qu’un maître dans une école. Comme il dévisageait chaque passant, j’en ai déduit qu’il avait perdu un esclave. Ensuite, lorsque je l’ai vu se lever et examiner le profil de cet homme, j’ai compris que son esclave était borgne. »
Ibn Khallikân a mentionné de nombreux récits dans sa biographie (5). Parmi ceux-ci, il rapporte qu’Iyās entendit un jour le témoignage d’un homme à propos d’un verger, et il dit