Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Al-Ḥasan et Ibn Sīrīn le saluèrent alors, et Iyas se mit à pleurer en évoquant le hadith : « Les juges sont au nombre de trois : deux sont en Enfer et un seul est au Paradis. » Al-Ḥasan reprit alors : « En vérité, Dieu – Exalté soit-Il – a dit : “Et [souviens-toi] de David et de Salomon, lorsqu’ils jugeaient au sujet du champ...” (Les Prophètes, 78). » Iyas s’assit ensuite dans la mosquée pour accueillir les gens, qui se présentèrent à lui afin qu’il tranche leurs différends. Il ne se releva qu’après avoir statué sur soixante-dix affaires, au point qu’on le compara au juge Churayḥ.

On rapporte à son sujet que, lorsqu’il rencontrait une difficulté, il envoyait demander conseil à Muḥammad ibn Sīrīn. Il disait : « Je ne m’adresse aux gens qu’avec la moitié de mon intelligence. Mais lorsque deux personnes viennent plaider leur cause devant moi, je déploie toute mon intelligence. »

Un jour, un homme lui déclara : « Tu es trop satisfait de ta propre opinion. » Iyas répondit alors : « Sans cette confiance, je ne pourrais juger. » Un autre homme lui dit : « Il y a chez toi des traits qui me déplaisent : tu émets un jugement avant de comprendre pleinement, tu ne fréquentes pas tout le monde et tu portes des vêtements grossiers. » Iyas objecta : « Dis-moi, qu’y a-t-il de plus : trois ou deux ? » L’homme répondit : « Trois. » Iyas rétorqua : « Comme tu as répondu vite ! » L’autre s’exclama : « Y a-t-il quelqu’un pour l’ignorer ? » Iyas poursuivit : « De la même manière, je tranche aisément les litiges. Quant au fait que je ne côtoie pas toutes les personnes, je préfère celles qui reconnaissent ma valeur à celles qui ne la reconnaissent pas. Pour ce qui est de mes vêtements rugueux, je porte simplement ce qui me protège, et non ce que je protège moi-même. »

On raconte aussi que deux hommes se présentèrent devant Iyas : l’un avait déposé une somme d’argent chez l’autre, puis celui-ci nia l’avoir reçue. Iyas demanda au premier : « Où as-tu déposé ton argent ? » Il répondit : « Au pied d’un arbre dans un verger. » Alors Iyas lui ordonna : « Va t’y tenir, peut-être te souviendras-tu de quelque chose. » Dans une autre version, il lui dit : « Pourrais-tu t’y rendre et rapporter quelques feuilles de cet arbre ? » L’homme répondit qu’il le pouvait, puis s’en alla. Iyas resta avec l’accusé, tout en continuant de traiter les litiges des autres personnes, et il ne le quittait pas du regard. Au bout d’un moment, Iyas l’appela et lui demanda : « Ton compagnon est-il déjà arrivé au pied de l’arbre ? » L’homme rétorqua : « Pas encore, que Dieu te fasse miséricorde ! » « Relève-toi, ennemi de Dieu, ordonna Iyas, et rends-lui son dû, ou je ferai de toi un exemple ! » Le débiteur se leva sur-le-champ et restitua la somme au déposant.

Un autre homme vint se plaindre à Iyas en disant : « J’ai confié de l’argent à un tel, et il refuse de me le rendre. » Iyas lui dit : « Va-t’en pour l’instant et reviens demain. » Dès qu’il fut parti, Iyas convoqua ce débiteur et lui dit : « Nous avons ici une somme d’argent que nous souhaitons placer en sécurité, et nous n’avons trouvé personne de plus fiable que toi. Peux-tu la garder ? » L’homme accepta volontiers, et Iyas lui ordonna de revenir le lendemain. Le lendemain, le plaignant revint, et Iyas lui dit : « Va trouver ton débiteur et dis-lui : “Rends-moi ce que tu me dois, ou je te dénoncerai au juge.” » Le débiteur s’empressa de rendre l’argent pour éviter de perdre le dépôt promis, et le créancier l’annonça aussitôt à Iyas. Quant au débiteur, il se présenta le jour suivant en espérant recevoir la somme à garder, mais Iyas le rabroua et le chassa, en lui lançant : « Tu es un traître. »

Deux autres hommes plaidèrent devant Iyas au sujet d’une esclave : l’acheteur affirmait qu’elle avait l’esprit faible. Iyas lui demanda : « Lequel de tes deux pieds est le plus long ? » Elle répondit : « Celui-ci. » Il poursuivit : « Te souviens-tu de la nuit de ta naissance ? » Elle répondit : « Oui. » Alors Iyas déclara au vendeur : « Rends-la, rends-la ! » (autrement dit, annule la vente).

(1) Rapporté par al-Tirmidhī (3/613) (1322) d’après Burayda dans « al-Aḥkām », chapitre concernant ce qui a été rapporté du Messager de Dieu ﷺ à propos du juge, ainsi que par Abū Dāwūd (3/299) (3573) dans « al-Aqḍiyya », chapitre sur l’erreur du juge. Il s’agit d’un hadith authentique selon ses chaînes de transmission et ses témoins.
الحسنُ وابنُ سِيرين فسلَّمَا عليه، فبكى إياس، وذكر الحديث "القُضاةُ ثلاثة: قاضيانِ في النار وواحدٌ في الجنة" (١) . فقال الحسن: فقد قال اللّه تعالى: ﴿وَدَاوُودَ وَسُلَيْمَانَ إِذْ يَحْكُمَانِ فِي الْحَرْثِ﴾ [الأنبياء: ٧٨] ، قال: ثم جلس للناسِ في المسجد، واجتمعَ عليه الناسُ للخصومات، فما قام حتى فصل سبعين قضيَّة، حتى كان يُشبَّهُ بشُرَيح القاضي. ورُوِي عنه أنَّه كان إذا أشكلَ عليه شيءٌ بعث إلى محمد بن سيرين فسأله عنه. وقال إياس: إني لأكلِّمُ الناسَ بنصفِ عَقْلي، فإذا اختصم إليَّ اثنان جمعت لهما عقلي كُلَّه. وقال له رجل: إنَّك لتُعجَبُ بِرأيك. فقال: لولا ذلك لم أقْضِ به. وقال له آخر: إنَّ فيك خِصالًا لا تُعجبُنِي. فقال: تحكمُ قبلَ أنْ تفهم، ولا تجالسُ كلَّ أحد، وتَلبَسُ الثيابَ الغَلِيظة. فقال له: أيُّها أكثر، الثلاثة أو الاثنان؟ قال: الثلاثة. فقال ما أسرَعَ ما فهِمتَ وأجبتَ! فقال: أوَ يَجهَلُ هذا أحد؟ ! فقال: وكذلك ما أحكمُ أنا بِه. وأما مجالستي لكلِّ أحَد فأنْ أجتمعَ بِمَنْ يَعرِفُ لي قدري أحَبَّ إلي من أنْ أجتمع بِمَنْ لا يَعرِفُني. وأما الثيابُ الغِلاظ فأنا ألْبَسُ منها ما يَقِيني لا ما أقيهِ أنا. قالوا: وتحاكمَ إليه اثنانِ قد أودَعَ أحدُهما عندَ الآخرِ مالًا، وجحَدَهُ الآخر، فقال إياس للمُودِع: أين أودعتَهُ؟ قال: عند شجرةٍ في بُستان، فقال انطِلقْ إليها فقِفْ عندَها لعلَّكَ تتذكَّرُ - وفي رواية: أنه قال له: هل تستطيعُ أنْ تذهبَ إليها فتأتيَ بورقٍ منها؟ قال: نعم - قال: فانطلق وجلس الآخر، فجعلَ إياسٌ يحكُمُ بين الناس، ويلاحظُه، ثم استدعاهُ فقال له: أوَصَلَ صاحبُكَ بعدُ إلى المكان؟ فقال: لا بعدُ أصلحكَ اللّه. فقال له: قُمْ يا عَدُوَّ اللّه، فأدِّ إليه حَقَّه، وإِلَّا جعلتُكَ نَكَالًا. وجاء ذلك الرجل، فقام معه فدفع إليه وديعتَهُ بكمالِها. وجاء آخَرُ فقال له: إنِّي أودَعْتُ عندَ فلانٍ مالًا، وقد جَحَدني. فقال له: اذهَبِ الآنَ وأْتِنِي غدًا. وبعثَ من فَوْرِهِ إلى ذلك الرجل الجاحِدِ فقال له: إنَّه قدِ اجتمعَ عندَنا هاهنا مال، فلم نرَ لَهُ أمينًا نضَعُهُ عندَهُ إلَّا أنت، فضَعْهُ عندَكَ في مكانٍ حَرِيز. فقال له: سمعًا وطاعةً. فقال له: اذهبِ الآن وأْتِنِي غدًا. وأصبح ذلك الرجلُ صاحبُ الحق، فجاء فقال له: اذهَبِ الآن إليه، فقل له: أعطِني حَقِّي وإلَّا رفعتُكَ إلى القاضي. فقال له ذلك، فخافَ أنْ لا يُودعَ القاضي عنده المال فدفع إليه حقه وجاء إلى إياس فأعلمَهُ ثم جاء ذلك الرجلُ من الغَدِ رجاءَ أنْ يُودِع، فانتهرَهُ إياسٌ وطرَدَهُ وقال له: أنت خائن. وتحاكَمَ إليه اثنان في جارية، فادَّعَى المشتري أنَّها ضعيفةُ العَقْل، فقال لها إياس: أيُّ رجلَيْكِ أطول؟ فقالت: هذه. فقال لها: أتذكرينَ ليلةَ وُلدتِ؟ فقالت: نعم. فقال للبائع: رُدَّ رُدّ.
(١) أخرجه الترمذي (٣/ ٦١٣) (١٣٢٢) عن بريدة في الأحكام: باب ما جاء عن رسول الله ﷺ في القاضي، وأبو داود (٣/ ٢٩٩) (٣٥٧٣) في الأقضية: باب في القاضي يخطئ، وهو حديث صحيح بطرقه وشواهده.

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