Il est rapporté (1) : « Et l’on fut détourné du chemin. Quant à la ruse de Pharaon, elle ne conduit qu’à la perdition. » Ibn ‘Abbâs et Mujâhid ont dit : c’est-à-dire qu’elle n’aboutit qu’à une perte, un projet vain qui ne lui procurera rien de ce qu’il visait. En vérité, il est impossible aux humains d’atteindre le ciel par leurs propres forces, ne serait-ce que le ciel le plus proche. Que dire alors des plus hauts cieux et de ce qui les surpasse en élévation, dont seul Dieu connaît la mesure (2) ?
Plusieurs commentateurs ont rapporté qu’il s’agissait du palais – ce « haut édifice » – que le ministre Hâmân construisit pour Pharaon, et que nul autre édifice ne l’égala en hauteur. Il était bâti à partir de briques cuites au feu. C’est pour cela que Pharaon dit : « Allume pour moi un feu sur l’argile, ô Hâmân, et construis-moi un haut édifice. » Selon les Gens du Livre, les Enfants d’Israël étaient réduits à produire ces briques. Parmi les contraintes que Pharaon leur imposait, ils devaient eux-mêmes récolter la terre, la paille et l’eau, et se voyaient fixer un quota quotidien à respecter sous peine de coups, d’humiliations et de supplices.
C’est pour cela qu’ils dirent à Moïse : « Nous avons été maltraités avant que tu ne viennes, et après ta venue. » Il répondit : « Il est possible que votre Seigneur fasse périr votre ennemi et vous établisse ensuite (comme successeurs) sur la terre ; alors Il verra ce que vous ferez. » Dieu les rassura ainsi que la victoire finale reviendrait aux fils d’Israël contre les Coptes, et les faits confirmèrent cette promesse. C’est là l’un des signes de la prophétie.
Revenons à l’exhortation et au conseil de ce croyant ainsi qu’à son argumentation. Dieu – Exalté soit-Il – dit : « Et celui qui avait cru dit : “Ô mon peuple, suivez-moi, je vous guiderai sur la voie de la bonne direction. Ô mon peuple, la vie d’ici-bas n’est qu’une jouissance éphémère, tandis que l’au-delà est la demeure de la stabilité. Quiconque fait le mal ne sera rétribué que par son pareil, et quiconque fait le bien, homme ou femme, tout en étant croyant, ceux-là entreront au Paradis où ils seront pourvus sans compter.” » (Ghafir, 38-40). Il les invite à emprunter la voie de la rectitude et de la vérité, c’est-à-dire à suivre le Prophète de Dieu, Moïse, et à le croire dans ce qu’il a reçu de son Seigneur.
Ensuite, il les détourne de l’attachement à ce bas monde, à la fois vil et éphémère, et les incite à rechercher la récompense auprès de Dieu qui ne fait jamais perdre le salaire de celui qui agit pour Lui. Dieu est en effet Tout-Puissant, à qui appartient la royauté de toute chose, Il donne beaucoup en échange de peu et, dans Sa justice, ne punit la mauvaise action qu’à la mesure de celle-ci. Il informe enfin que l’au-delà est la demeure de la stabilité : quiconque y parvient dans la foi et en ayant accompli des œuvres pies, se verra accorder les Jardins élevés, des chambres sûres, de nombreux biens supérieurs, et des subsistances inépuisables qui ne cessent de croître.
Puis il démontre la fausseté de ce à quoi ils adhéraient, et les met en garde contre ce qui les attend : « Ô mon peuple, pourquoi donc est-ce moi qui vous appelle au salut, alors que vous m’appelez au Feu ? Vous m’appelez à renier Dieu et à Lui associer ce dont je n’ai aucune connaissance, tandis que moi, je vous appelle au Tout-Puissant, au Grand Pardonneur. En vérité, ce à quoi vous m’appelez ne mérite aucune invocation, ni ici-bas ni dans l’au-delà. Notre retour sera vers Dieu, et ceux qui outragent la mesure sont… » (Ghafir, 41-43).