Iyas le ramena à son propos et lui dit : « Récites-tu le Coran ? » Il répondit : « Oui. » Iyas reprit : « Te souviens-tu de la parole : “Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion” [Al-Mâ’ida, 3] ? » Il répondit : « Oui. » Iyas poursuivit : « Te rappelles-tu ce qui précède et ce qui suit ce verset ? » Il dit : « Oui. » Iyas conclut alors : « Cette parole laisse-t-elle encore place à l’opinion d’Al Shubruma ? »
Abbas a rapporté d’après Yahyâ ibn Maʿîn(1) : « Saʿîd ibn ʿÂmir nous a raconté, ʿUmar ibn ʿAlî nous a raconté ceci : Un homme dit un jour à Iyas ibn Muʿâwiyya : “Ô Abû Wâthila, jusqu’à quand les gens vont-ils demeurer, et jusqu’à quand vont-ils continuer à naître et à mourir ?” Iyas s’adressa alors à ses compagnons : “Répondez-lui !” Mais ils ne surent que dire. Iyas dit : “Jusqu’à ce que se complètent les deux effectifs : le nombre des gens du Paradis et le nombre des gens de l’Enfer.” »
On rapporte aussi : Iyas ibn Muʿâwiyya loua une place dans une caravane partant de Syrie en direction du pèlerinage. Dans cette même caravane se trouvait Ghaylân, le qadari, sans que l’un ou l’autre ne sache à qui il avait affaire. Pendant trois jours, ils ne se parlèrent pas, puis, au bout de ces trois jours, ils échangèrent quelques mots et découvrirent qui était l’autre, s’étonnant de se trouver réunis malgré leur divergence sur la question du destin (qadar). Iyas dit alors : « Les gens du Paradis diront, au moment d’y entrer : “Louange à Dieu qui nous a guidés ici ! Nous n’aurions pu être guidés sans que Dieu ne nous ait guidés” [Al-Aʿrâf, 43], tandis que les gens de l’Enfer diront : “Ô notre Seigneur, notre misère a prévalu sur nous” [Al-Mu’minûn, 106], et les anges disent : “Gloire à Toi ! Nous n’avons de savoir que ce que Tu nous as enseigné” [Al-Baqara, 32]. » Ensuite, il lui cita des poèmes arabes et des proverbes d’origine étrangère qui affirment la réalité du destin. Plus tard, Iyas et Ghaylân se retrouvèrent encore une fois auprès de ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzîz, qui organisa leur débat. Iyas l’emporta, et ne cessa de le mettre en difficulté jusqu’à ce que Ghaylân reconnaisse son incapacité et affiche sa repentance. ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzîz invoqua le châtiment divin contre lui s’il n’était pas sincère. Dieu exauça sa prière : on s’empara de Ghaylân, qui fut ensuite exécuté et crucifié. Qu’à Dieu soient la louange et le bienfait !
Iyas disait également avec sagesse : « Il vaut mieux que les actes d’un homme dépassent ses paroles, plutôt que ses paroles ne soient supérieures à ses actes. »
Sufyân ibn Ḥusayn relata : « J’ai médit d’un homme devant Iyas ibn Muʿâwiyya. Il me dévisagea et me dit : “As-tu fait la guerre aux Romains ?” Je répondis : “Non.” – “Aux gens du Sind ?” – “Non.” – “Aux Hindous ?” – “Non.” – “Aux Turcs ?” – “Non.” Iyas dit alors : “Les Romains, les gens du Sind, de l’Inde et les Turcs ont donc été épargnés par toi, mais ton frère musulman, lui, n’a pas été épargné ?!” Après cela, je ne recommençai plus.” »
Al-Aṣmaʿî rapporte d’après son père : « J’ai vu Iyas ibn Muʿâwiyya dans la demeure de Thâbit al-Bunânî. Il était de teint rouge, avait de longs bras, portait des étoffes épaisses et enroulait son turban. Il dominait entièrement la conversation, si bien que nul ne pouvait discuter avec lui sans se faire surpasser. Il lui dit alors… »