Al-Baṭṭāl raconta : « Je me mis à leur poursuite et elle voulut m’en empêcher, craignant qu’ils ne me fissent du mal, mais je n’ai pas accepté. Je les rattrapai et je me jetai sur lui, si bien que ses compagnons s’écartèrent. Il voulut s’enfuir, je le rattrapai, je lui tranchai la tête, puis je le dépouillai de ses biens. J’attachai sa tête à mon cheval et je retournai au monastère. Les femmes sortirent vers moi et se tinrent devant moi. Je leur dis : “Montez !”, et elles prirent les montures qui se trouvaient là. Je les emmenai ensuite auprès du commandant de l’armée, à qui je les remis. Il me laissa choisir parmi elles celles que je voulais, et je pris la femme la plus belle de toutes : elle est la mère de mes enfants. Le terme “biṭrīq” dans la langue des Romains désigne leur grand émir. Son père était l’un de ces grands émirs — c’est de lui qu’il est question — et, par la suite, al-Baṭṭāl entretint une correspondance avec lui et lui envoyait des présents. »
Muḥammad ibn ‘Ā’idh a rapporté d’après al-Walīd, qui disait : « J’ai entendu ‘Abd Allāh ibn Rāshid, affranchi de Khuzā‘a, raconter ce que quelqu’un avait entendu de la bouche d’al-Baṭṭāl : lorsque Hishām ibn ‘Abd al-Malik ibn Marwān le nomma gouverneur de la Miṣṣīṣa, al-Baṭṭāl envoya un détachement en territoire byzantin, mais il resta sans nouvelles d’eux et ignorait ce qu’ils étaient devenus. Il sella alors son cheval et partit seul, jusqu’à arriver à ‘Ammūriyya. Il en frappa la porte la nuit, et le portier lui demanda : “Qui est-ce ?” Al-Baṭṭāl répondit : “C’est moi, le bourreau du roi et son émissaire auprès du biṭrīq.” Le portier me conduisit auprès de lui. En entrant, je trouvai le biṭrīq assis sur un trône ; je m’assis alors à ses côtés. Je lui dis : “Je viens à toi porteur d’un message. Ordonne à ceux qui sont présents de se retirer.” Il fit sortir tous les hommes, puis se leva, ferma la porte de l’église sur nous deux et revint s’asseoir. Je dégainai alors mon épée, je le frappai sur le crâne du plat de la lame et je lui dis : “Je suis al-Baṭṭāl. Dis-moi la vérité sur ce que je vais te demander, sinon je te tranche la tête sur-le-champ.” Il demanda : “De quoi s’agit-il ?” Je dis : “Le détachement que j’ai envoyé, qu’est-il devenu ?” Il répondit : “Ils sont dans mon pays, occupés à piller ce qu’ils peuvent. Voici une lettre qui vient de m’arriver, m’informant qu’ils sont dans telle et telle vallée. Par Dieu, je t’ai dit la vérité.” Je lui dis : “Accorde-moi un sauf-conduit.” Il me l’accorda. Je lui dis : “Apporte-moi à manger.” Il ordonna à ses hommes de m’apporter un repas, et l’on disposa de quoi manger devant moi. Je mangeai, puis me levai pour partir. Il s’adressa alors à ses hommes en leur disant : “Sortez devant l’émissaire du roi !” Ils se mirent à courir devant moi, tandis que je me rendais dans la vallée qu’il avait indiquée. J’y retrouvai mes compagnons, je les ramenai et je retournai à la Miṣṣīṣa. Voilà la chose la plus surprenante qui arriva. »
Al-Walīd poursuivit : « L’un de nos aînés m’informa qu’il vit al-Baṭṭāl alors qu’il revenait de son pèlerinage. Il avait été si absorbé par la guerre sainte qu’il n’avait pas pu accomplir le ḥajj et demandait toujours à Dieu de pouvoir effectuer son pèlerinage, puis d’obtenir le martyre. Il ne put réaliser son ḥajj qu’au cours de l’année où il succomba en martyr — que Dieu lui fasse miséricorde. La cause de sa mort fut que Léon, roi des Byzantins, sortit de Constantinople à la tête de cent mille cavaliers. Le biṭrīq — dont al-Baṭṭāl avait épousé la fille, comme nous l’avons mentionné — avertit al-Baṭṭāl de cette expédition. Al-Baṭṭāl prévint alors le chef des armées musulmanes, l’émir Mālik ibn Shabīb, en lui disant : “Pour notre sûreté, nous ferions mieux de nous retrancher à Ḥarrān, jusqu’à l’arrivée de Sulaymān ibn Hishām avec les troupes musulmanes.” Mais l’émir refusa, et ils virent soudain fondre sur eux l’armée byzantine. S’ensuivit un combat acharné, avec al-Baṭṭāl en première ligne, au milieu des héros. Personne n’osait l’appeler par son nom, de peur que les Byzantins ne le reconnaissent. Mais quelqu’un, voulant le protéger, le mentionna par inadvertance. Dès que les cavaliers byzantins l’entendirent, ils se ruèrent en masse sur lui, le firent tomber de sa selle à coups de lances, le jetèrent à terre, puis poursuivirent le reste de l’armée, tuant et faisant prisonniers sur leur passage. »