J’ai participé aux expéditions militaires avec Al-Battâl, qui avait infligé l’humiliation aux Byzantins.
Al-Battâl raconta : « Un jour, l’un des gouverneurs omeyyades m’interrogea sur l’événement le plus étonnant qui me fût arrivé au cours de mes campagnes, et voici ce que je leur ai rapporté : Je partis de nuit à la tête d’un détachement, jusqu’à ce que nous parvenions à un village. Je dis alors à mes compagnons : “Lâchez la bride de vos chevaux et ne vous en prenez à personne — ni par le meurtre ni par aucun autre acte — avant d’avoir complètement investi (1) le village, car ils sont de garde.” Ils suivirent ces instructions et se dispersèrent dans ses ruelles.
Accompagné de quelques compagnons, je me dirigeai vers une maison dont la lampe était allumée (2). Là, j’aperçus une femme qui tentait de calmer son fils qui pleurait en lui disant : “Tais-toi donc, ou je te livrerai à Al-Battâl et il t’emportera !” Puis elle le souleva de son lit et s’exclama : “Prends-le, ô Al-Battâl !” Il dit : “Alors je l’ai effectivement pris (3).”
Muhammad ibn ‘A’idh a rapporté, d’après al-Walîd ibn Muslim, d’après Abû Marwân al-Anṭâkî, d’après Al-Battâl, qui déclara : « Une fois, je me retrouvai seul à cheval, sans aucun soldat avec moi. J’avais accroché (4) derrière moi un sac rempli d’orge, et je portais également une serviette contenant du pain et de la viande rôtie. Je chevauchais dans l’espoir de surprendre un homme isolé ou de récolter des informations, quand soudain j’arrivai à un verger aux légumes magnifiques. Je mis pied à terre et je mangeai de ces légumes, accompagnés de mon pain et de ma viande rôtie. Je fus alors saisi d’une forte diarrhée, allant et venant à maintes reprises. Je craignis de m’affaiblir sous l’effet de la diarrhée et remontai donc à cheval, mais cela ne s’arrêta pas. Je redoutais que si je descendais de selle, je ne puisse plus y remonter, tant la diarrhée s’aggrava. Elle fut si intense que je craignis de tomber d’épuisement.
Je saisis la bride de mon cheval et m’allongeai sur le ventre, sans me soucier de la direction où l’animal m’emmenait. Je ne repris mes sens qu’en entendant le bruit de ses sabots sur des dalles. Je levai la tête et vis alors un monastère ; des femmes en sortirent avec une très belle femme. Celle-ci, dans sa langue, les exhortait à me faire descendre. Elles me descendirent de cheval, lavèrent mes vêtements, ma selle et mon cheval, puis m’allongèrent sur un lit et m’apportèrent de quoi manger et boire. Je passai une journée et une nuit inconscient (5), puis je demeurai encore trois jours, le temps de retrouver mes forces.
Alors que j’étais encore dans cet état, on annonça la venue d’un patrice (bîṭrîq) venu pour l’épouser. Elle ordonna que l’on déplace mon cheval et qu’on l’attache à la porte de la pièce où je me trouvais. C’était un grand dignitaire parmi eux, venu la demander en mariage. Les gens du monastère l’informèrent qu’un homme se trouvait dans cette chambre et qu’il y gardait son cheval ; il voulut y entrer de force, mais la femme s’y opposa en lui faisant dire : “S’il franchit cette porte, il n’obtiendra rien de moi.” Cela le découragea d’attaquer. Le patrice demeura là jusqu’en fin de journée, reçut l’hospitalité, puis repartit finalement à cheval, accompagné de ses hommes. »