Hishâm ibn ‘Abd al-Malik le nomma juge après ‘Abd al-Raḥmân ibn al-Khashkhâsh al-‘Udhrî. Puis il demanda à Hishâm d’être déchargé, et Hishâm le releva de ses fonctions. À sa place, il désigna Yazîd ibn ‘Abd al-Raḥmân ibn Abî Mâlik. Quant à Numayr, il ne rendait pas de jugement à partir d’un seul témoin appuyé par un serment. Il disait : « La bonne éducation vient des pères, et la droiture vient de Dieu. »
D’après certains, il serait décédé en l’an 121 (de l’Hégire). D’autres avancent l’an 122. D’autres encore parlent de l’an 115, ce qui est très étonnant. Dieu – exalté soit-Il – le sait mieux.
[Puis vint l’an 122 de l’Hégire]
Au cours de cette année eut lieu le meurtre de Zayd ibn ‘Alî ibn al-Ḥusayn ibn ‘Alî ibn Abî Ṭâlib. La cause de cet événement est la suivante : lorsque Zayd reçut l’allégeance de ceux de Koufa qui lui prêtèrent serment, il leur ordonna, au début de cette année, de se préparer et de s’équiper en vue de se soulever. Ils commencèrent donc leurs préparatifs, mais un homme nommé Sulaymân ibn Surâqa se rendit auprès de Yûsuf ibn ‘Umar, gouverneur de l’Irak, alors établi à al-Ḥîra, pour l’informer des intentions de Zayd ibn ‘Alî et de l’identité de ses partisans parmi les gens de Koufa. Yûsuf ibn ‘Umar se mit alors à le rechercher avec insistance.
Lorsque les partisans de Zayd l’apprirent, ils se réunirent auprès de lui et l’interrogèrent : « Que dis-tu, qu’Allâh te fasse miséricorde, d’Abû Bakr et de ‘Umar ? » Il répondit : « Qu’Allâh leur pardonne. Je n’ai entendu personne parmi les miens s’en désavouer ni en dire autre chose que du bien. » Ils objectèrent : « Pourquoi donc cherches-tu à venger le sang de la famille du Prophète ? » Il répliqua : « Nous étions les plus dignes de détenir l’autorité, mais les gens nous en ont privé et nous l’ont confisquée. Cependant, nous ne les avons pas considérés comme mécréants pour autant. Ils ont régné avec justice et se sont conformés au Livre et à la Sunna. » Ils demandèrent alors : « Pourquoi combats-tu ceux-ci, dans ce cas ? » Zayd dit : « Ceux-ci ne sont pas comme ceux-là. Ils ont opprimé les gens et se sont fait du tort à eux-mêmes. J’appelle à respecter le Livre de Dieu et la Sunna de Son Prophète (ﷺ), à faire revivre les traditions prophétiques et à abolir les innovations. Si vous m’écoutez, cela sera meilleur pour vous et pour moi. S’ils s’y refusent, je ne réponds pas de vous. »
À ces mots, ils le rejetèrent, rompirent leur serment et l’abandonnèrent. On les appela alors « Râfiḍa » (les « dissidents ») ce jour-là, tandis que ceux qui suivirent Zayd s’appelèrent « Zaydiyya ». La plupart des habitants de Koufa sont rattachés au « Râfiḍisme », et la plupart des habitants de La Mecque, jusqu’à ce jour, suivent le madhhab (école) zaydite. Leur doctrine contient une part de vérité – à savoir qu’ils tiennent les deux premiers califes pour justes – mais aussi une part de fausseté, car ils estiment que ‘Alî est supérieur à ceux-ci. Or, ‘Alî ne leur est pas supérieur, pas plus qu’il ne surpasse ‘Uthmân, selon l’avis le plus exact des gens de la Sunna authentique et des traditions fiables rapportées des Compagnons (– qu'Allah soit satisfait d'elle –). Nous avons déjà évoqué ce point dans la biographie d’Abû Bakr et de ‘Umar.
Par la suite, Zayd se prépara à sortir au combat avec les compagnons qui lui restaient. Il leur donna rendez-vous la nuit du mercredi, premier jour de Ṣafar de cette année. Quand Yûsuf ibn ‘Umar l’apprit, il écrivit à son lieutenant à Koufa, al-Ḥakam ibn aṣ-Ṣalt, en lui ordonnant de rassembler toute la population dans la grande mosquée. Celui-ci exécuta l’ordre le mardi, dernier jour de Muḥarram, veille du soulèvement de Zayd. Zayd sortit durant la nuit du mercredi, malgré un froid intense, avec les hommes qui lui restaient. Ses compagnons allumèrent des feux et crièrent : « Ô Manṣūr ! Ô Manṣūr ! » lorsque l’aube se leva