Il les fit comparaître et ils jurèrent ce qu’ils jurèrent. Puis, un groupe de chiites se rallia autour de Zayd ibn ‘Alî, à peu près quarante mille hommes. Certains conseillers, dont Muḥammad ibn ‘Amr ibn ‘Alî ibn Abî Ṭâlib, l’en dissuadèrent, en lui disant : « Ton grand-père valait mieux que toi, et pourtant quatre-vingt mille personnes d’Irak s’étaient ralliées à son acte d’allégeance ; ensuite, elles l’abandonnèrent au moment où il avait le plus besoin d’elles. Je crains que les gens d’Irak ne te fassent subir le même sort. » Zayd n’écouta pas ces conseils et continua en secret à faire prêter allégeance aux habitants de Kûfa, selon le Livre de Dieu et la Sunna de Son Messager, tandis que le mouvement prenait de l’ampleur. Il changeait fréquemment de demeure, et persévéra ainsi jusqu’à l’année 122 (de l’Hégire), durant laquelle il fut tué, comme nous le rapporterons bientôt.
Cette même année, Naṣr ibn Sayyâr, émir du Khurâsân, mena plusieurs campagnes militaires contre les Turcs. Au cours de l’une d’elles, il fit prisonnier leur roi, Korsul, sans d’abord le reconnaître. Lorsqu’il eut confirmation de son identité, Korsul lui demanda de le libérer en échange de mille chameaux turcs (les « bakhâtî ») et mille chevaux de trait (« baradhûn »). Korsul, qui était très âgé, fit cette proposition, mais Naṣr consulta les émirs présents auprès de lui : certains conseillèrent de le libérer, d’autres de le tuer.
Naṣr ibn Sayyâr demanda alors au captif : « Combien de campagnes as-tu menées ? » Korsul répondit : « Soixante-douze. » Naṣr lui rétorqua : « On ne libère pas quelqu’un comme toi, après tout ce dont tu as été témoin. » Puis il ordonna qu’on lui tranche la tête et qu’on l’expose en croix. Quand son armée apprit sa mort, ils passèrent la nuit à se lamenter, à pleurer, se rasant la barbe et les cheveux, se coupant les oreilles, brûlant de nombreuses tentes et massacrant quantité de bétail. Le lendemain, Naṣr ordonna de faire brûler son corps afin qu’ils ne puissent pas le récupérer. Cela leur causa un chagrin pire encore que sa mise à mort. Ils se retirèrent alors, humiliés, sans avoir obtenu ce qu’ils voulaient. Ensuite, Naṣr reprit l’offensive sur leurs terres, en tua un grand nombre et fit quantité de prisonniers. Parmi ces captifs se trouvait une très vieille femme, d’origine non arabe ou turque, issue d’une famille royale. Présentée à Naṣr, elle lui déclara : « Tout roi qui ne réunit pas six choses n’est pas un vrai roi : un vizir loyal qui tranche équitablement les différends et le conseille fidèlement ; un cuisinier capable de préparer tout ce qu’il désire ; une épouse belle qui, lorsqu’il entre auprès d’elle en étant attristé, par sa seule vue le réjouit et chasse sa peine ; une forteresse imprenable où ses sujets peuvent se réfugier en cas de danger ; une épée fiable dont il ne craint pas la traîtrise au combat ; et enfin des provisions qui, transportées partout, lui permettent de vivre où qu’il se trouve. »
Cette année-là, le pèlerinage fut dirigé par Muḥammad ibn Hishâm ibn Ismâ‘îl, gouverneur de la Mecque, de Médine et de Ṭâ’if. Yûsuf ibn ‘Umar était gouverneur d’Irak, Naṣr ibn Sayyâr gouverneur du Khurâsân, et Marwân ibn Muḥammad ibn Marwân, surnommé « al-Ḥimâr », gouverneur d’Arménie.
Mention de ceux qui moururent cette année : Zayd ibn ‘Alî ibn al-Ḥusayn ibn ‘Alî ibn Abî Ṭâlib (1). Le plus connu est qu’il aurait été tué l’année suivante, comme nous le préciserons, si Dieu le veut.