Dans cette même année, Marwân ibn Muhammad surnommé « al-Himâr » partit en expédition contre les terres des Turcs.
Au cours de cette année également, Asad ibn ‘Abd Allâh al-Qasrî, gouverneur de Khurâsân et de ses provinces au nom de son frère Khâlid ibn ‘Abd Allâh, vint à décéder. Sa mort fut causée par la présence d’une « dubayla » (une sorte d’abcès) dans son ventre. Lors de la fête de Mihrajân cette année-là, les dahâqin – princes des grandes cités – arrivèrent de toutes les régions avec présents et offrandes pour Asad. Parmi eux se trouvait le gouverneur de Hérât et son dihqân, nommé Khurâsân Shâh, qui vint avec de somptueux cadeaux et de précieuses offrandes(1). Il apporta notamment un « palais » en or, un en argent, des aiguières en or, des plats en or et en argent, ainsi que des étoffes de soie de ces contrées, aux couleurs variées(2). Il déposa tout cela devant Asad, si bien que la salle fut remplie. Le dihqân se leva alors pour prononcer un discours, louant Asad pour son intelligence, sa gouvernance, sa justice et son interdiction faite à ses proches et ses familiers d’opprimer qui que ce fût, fût-ce de peu ou de beaucoup. Il célébra également sa victoire sur le « khâqân » suprême, à la tête de cent mille hommes, qu’il vainquit et tua. Il souligna qu’Asad se réjouissait de ce qui lui était apporté, mais qu’il se réjouissait davantage encore de ce qu’il redistribuait. Asad le remercia et l’invita à prendre place. Il distribua alors tous ces présents et toutes ces richesses aux gouverneurs et aux notables rassemblés, ne conservant rien pour lui.
Il se leva ensuite de son siège alors qu’il souffrait déjà de cet abcès. Après un léger répit, on lui apporta un présent de poires, qu’il se mit à offrir, une par une, aux personnes présentes. Il en lança une au dihqân du Khurâsân et, ce faisant, son abcès éclata, lui causant la mort. Il désigna Ja‘far ibn Hanzala al-Bahrânî pour le remplacer à la tête de la province. Celui-ci demeura gouverneur quatre mois, jusqu’à l’arrivée, en rajab de la même année, du décret nommant Nasr ibn Sayyâr. Ainsi, la mort d’Asad survint bien en safar de cette année-là.
Ibn ‘Urs al-‘Abdî le pleura dans un poème funèbre :
« Un messager nous apprit la mort d’Asad ibn ‘Abd Allâh : le cœur du roi obéissant en fut bouleversé.
À Balkh, le destin s’est réalisé(3) et nul ne peut le contrecarrer.
Ô mon œil, répands tes larmes à flot, n’es-tu pas affligé que la compagnie soit dispersée ?
La mort l’atteignit en pleine troupe(4), dans ces rangs maint héros courageux !
Des bataillons qui répondent à l’appel, montés sur des coursiers vifs, marqués et prompts.
Que la pluie bienfaisante t’arrose, toi qui fus toi-même telle une ondée généreuse pour ceux qui cherchaient pâture. »
Durant cette même année, Hishâm destitua Khâlid ibn ‘Abd Allâh al-Qasrî de sa fonction de gouverneur de l’Irak. La cause en était que Hishâm lui tenait rancune pour certaines tournures blessantes rapportées à son sujet et parce que Khâlid l’aurait qualifié de « fils de la sotte femme ». Hishâm lui adressa à ce propos une lettre rédigée en termes sévères, puis lui répondit avec la même âpreté.