Au nombre de moins d’une centaine, ils reçurent l’ordre de tuer Khâlid al-Qasrî. Celui-ci leur envoya des troupes, mais ils battirent ces armées, et leur influence s’accrut considérablement grâce à leur courage, à leur endurance et au manque de ténacité de ceux qui les combattaient. Ils repoussèrent ainsi des effectifs de milliers de soldats bien équipés, dotés d’armes et de chevaux de choix, alors même qu’eux-mêmes ne dépassaient pas la centaine. Par la suite, ils projetèrent de se rendre en Syrie pour assassiner le calife Hishâm, et ils s’y dirigèrent. Mais une armée les intercepta dans la région d’al-Jazîra, et une grande bataille s’ensuivit. La plupart des compagnons de Buhlûl le kharijite furent tués. Finalement, un homme de Jadîla, surnommé Abû al-Mawt, porta un coup à Buhlûl et le terrassa. Le reste de ses compagnons se dispersa, et ils étaient au total soixante-dix hommes.
(1)
L’un de leurs proches composa à leur sujet cette élégie :
« Pourtant, après Abû Bishr et son amitié,
Voilà qu’un peuple s’est dressé pour s’allier aux factions contre moi.
Ils s’en vont comme s’ils n’avaient jamais été nos compagnons,
Comme s’ils n’étaient point hier nos chers amis.
Ô mon œil, répands tes larmes à flots,
Et pleure les compagnons disparus et les voisins partis.
Ils nous ont laissé l’apparence et l’essence de ce monde,
Et sont devenus voisins dans les Jardins de l’éternité. »
(2)
Ensuite, un autre groupe de leurs rangs se réunit de nouveau autour de certains de leurs chefs ; ils combattirent et furent tués. Khâlid envoya contre eux des armées et ne cessa de les poursuivre qu’après les avoir totalement anéantis, sans laisser aucun survivant.
La même année, Asad al-Qasrî fit une expédition contre les terres turques. Leur roi, Badr Tûrkhân, lui offrit un million (d’unités monétaires), mais Asad refusa catégoriquement. Il le captura, le mit à mort devant lui, s’empara de sa cité, de sa forteresse, de ses réserves, de ses femmes, de ses biens et de ses propriétés.
Au cours de cette année encore, al-Ṣaḥârî ibn Shabîb, le kharijite, sortit en révolte avec un petit groupe d’environ trente hommes. Khâlid al-Qasrî envoya une troupe à leur rencontre, qui les tua tous, sans laisser un seul survivant.
Cette année-là, la caravane du pèlerinage fut conduite par Abû Shâkir Maslama ibn Hishâm ibn ‘Abd al-Malik, accompagné d’Ibn Shihâb al-Zuhrî pour lui enseigner les rites et les règles du ḥajj. Le gouverneur de La Mecque, de Médine et de Tâ’if était Muḥammad ibn Hishâm ibn Ismâ‘îl. Le gouverneur de l’Irak et de tout l’Orient était Khâlid ibn ‘Abd Allâh al-Qasrî, assisté en Khurâsân dans son ensemble par son frère Asad ibn ‘Abd Allâh al-Qasrî. On raconte qu’Asad mourut cette même année, selon d’autres en l’an 120 ; Dieu sait mieux ce qu’il en est. Marwân ibn Muḥammad ibn Marwân, surnommé al-Ḥimâr, était gouverneur de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan. Dieu est plus savant.
[En l’an 120 de l’Hégire]
Cette année-là, Sulaymân ibn Hishâm ibn ‘Abd al-Malik lança une expédition contre les terres byzantines (rûm) et y conquit des forteresses. De même, Isḥâq ibn Muslim al-‘Uqaylî mena campagne contre Tûmân Famâh ; il s’en empara et dévasta ses contrées.