Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Dieu est entre moi et son maître… Il s’enfuit de moi avec elle, et je le poursuis. Il n’est pas moins que celui que tu as mentionné ; qui donc se trouve ici, hormis lui ?

Jamil ibn Ma‘mar dit : « Celui qui récite :

« Qu’il nous soit permis de vivre ensemble, et si nous mourons,
que dans la mort sa tombe soit attenante à la mienne.
Je ne désire point la longue vie quand on dira :
“On a déjà scellé sa tombe.” » (1)

Et si l’ennemi de Dieu avait souhaité la rencontrer en ce bas monde pour ensuite accomplir une bonne action et se repentir ; par Dieu, il n’entrera jamais chez moi ! Y a-t-il quelqu’un d’autre à la porte que lui ?

Je dis : « Jarir. »

Il répondit : « C’est bien lui qui a dit :

“Elle t’a rendu visite, toi le preneur de cœurs, mais ce n’est pas
le moment adéquat pour la visite. Repars en paix.” » (2)

S’il le faut, alors donne la permission à Jarir. On lui donna donc l’autorisation, et il entra auprès de ‘Umar en lui disant :

« Celui qui a envoyé le Prophète Muhammad
accorda la fonction de calife à l’imam équitable.
Son équité et sa loyauté embrassèrent toutes les créatures,
au point que le dévoyé revint à la raison et se redressa.
J’espère de toi un bienfait immédiat,
car l’âme est éprise de ce qui est prompt. » (3)

‘Umar lui dit : « Malheur à toi, ô Jarir ! Crains Dieu dans ce que tu dis. » Puis Jarir demanda la permission de déclamer des vers ; ‘Umar ne lui donna ni assentiment ni refus, si bien qu’il lui récita un long poème pour le louer (4).

‘Umar lui dit alors : « Malheur à toi, ô Jarir, je ne vois pas qu’il te revienne un droit quelconque dans ce qui est ici. »

Jarir répondit : « Je suis un homme miséreux et un voyageur. »

‘Umar poursuivit : « Nous avons reçu cette responsabilité alors que nous ne possédons que trois cents dirhams ; Umm ‘Abd Allâh en a pris cent, son fils en a pris cent, il en reste cent. » Il les lui offrit.

Jarir sortit donc vers les poètes, et ceux-ci lui demandèrent : « Que rapportes-tu donc, ô Jarir ? »

Il répondit : « Rien qui vous contrarie : je viens de quitter le Commandeur des croyants, qui fait l’aumône aux pauvres et refuse de donner aux poètes. Quant à moi, je suis satisfait de lui. » Puis il récita :

« J’ai vu que les conjurations du démon ne le troublaient pas,
mais le mien, issu des djinns, était pourtant un grand sorcier. » (5)

D’aucuns ont rapporté, selon al-Mu‘afâ ibn Zakariyyâ al-Jarirî, qu’une servante dit un jour à al-Hajjâj ibn Yûsuf : « Comment peux-tu laisser cet homme entrer chez nous ? » Il répondit : « À ma connaissance, il est chaste. » Elle répliqua : « Si tu me laissais seule avec lui, tu verrais ce qu’il ferait. » Al-Hajjâj ordonna donc qu’ils soient seuls dans un endroit d’où il pouvait les voir sans qu’eux ne le puissent, et Jarir ne se doutait de rien. Elle lui dit : « Ô Jarir… »

(1) Les deux vers se trouvent dans le dīwān de Jamīl, p. 67. (2) Le vers est dans le dīwān de Jarīr, p. 452. (3) Les vers se trouvent dans le dīwān de Jarīr, p. 331. (4) Voir-les dans al-Muntaẓam (7/37), ils sont dans son dīwān, p. 210, dont le début est : Lajj'at Umāmah fī l-lawmī wa-mā ʿalimat … ʿarḍa al-samāwah rawḥātī wa-lā bukrī. (5) Ibn al-Jawzī rapporte la tradition dans son al-Muntaẓam (7/35-38) dans son intégralité.
اللهُ بيني وبينَ سيِّدِها … يفرُّ منِّي بها وأتْبَعُهُ فما هو دونَ منْ ذكرت، فمَنْ هاهنا غيره؟ قال جَمِيل بن مَعْمَر، قال: الذي يقول: ألا ليتنا نَحْيَا جَميعًا وإنْ نَمُتْ … يوافقُ في الموتى ضريحي ضَريحُها فما أنا في طولِ الحياةِ براغبٍ … إذا قيلَ قد سُوِّي علَيْها صَفِيحُها (١) فلو كان عدوُّ الله تمنَّى لقاءَها في الدنيا ليعمل بعد ذلك صالحًا ويتوب؛ واللّه لا يدخل عليَّ أبدًا؛ فهل بالباب أحدٌ سوى ذلك؟ قلت: جَرير، قال: أما إنه الذي يقول: طرَقَتْك صائدةُ القلوبِ وليس ذا … حينَ الزيارةِ فارْجِعي بسلامِ (٢) فإنْ كان لا بدَّ فأذَنْ لجرير، فأذن له، فدخل على عمر وهو يقول: إنَّ الذي بعثَ النبيَّ محمدًا … جعلَ الخلافةَ للإمامِ العادلِ وسعَ الخلائقَ عَدْلُهُ ووفاؤه … حتى ارْعوى وأقامَ ميلَ المائلِ إني لأرجو منكَ خيرًا عاجلًا … والنفسُ مولَعةٌ بحُبِّ العاجلِ (٣) فقال له: ويحك يا جرير، اتَّقِ اللَّه فيما تقول، ثم إنَّ جريرًا استأذن عمرَ في الإنشاد فلم يأذنْ له، ولم يَنْهه، فأنشده قصيدةً طَويلة يمدَحُهُ بها (٤) ، فقال له: ويحك يا جَرير لا أرى لك فيما هاهنا حقًا، فقال: إني مِسْكين وابنُ سَبيل. قال: إنَّا وَلينا هذا الأمر ونحنُ لا نملكُ إلا ثلاثَ مئة درهم، أخذتْ أمُّ عبد الله مئة، وابنها مئة، وقد بقيَتْ مئة، فأمر له بها، فخرج على الشعراء فقالوا: ما وراءك يا جرير؟ فقال: ما يسوؤكم، خرجتُ من عندِ أمير المؤمنين وهو يُعطي الفقراء، ويمنعُ الشعراء وإني عنه لراضٍ، ثم أنشأ يقول: رأيتُ رُقَى الشيطانِ لا تستفزُّه … وقدْ كانَ شيطاني منَ الجِنِّ راقيا (٥) وقال بعضُهم فيما حكاه المعافَى بنُ زكريا الجريري قالتْ جاريةٌ للحجَّاج بنِ يوسف: إنك تُدخل هذا علينا! فقال: إنه ما علمتُ عفيفًا، فقالت: أما إنك لو أخليتَني أنا وإياه سترى ما يصنع، فأمر بإخلائها مع جرير في مكان يراهما الحجَّاج ولا يريانِه، ولا يشعُر جرير بشيءٍ من ذلك، فقالتْ له: يا جرير،
(١) البيتان في ديوان جميل ص (٦٧). (٢) البيت في ديوان جرير ص (٤٥٢). (٣) الأبيات في ديوان جرير ص (٣٣١). (٤) انظرهما في المنتظم (٧/ ٣٧)، وهي في ديوانه ص (٢١٠) ومطلعها: لجَّتْ أمامة في لومي وما علمت … عَرْضَ السماوةِ رَوْحاتي ولا بُكَري (٥) أخرج الخبر بطوله ابن الجوزي في المنتظم (٧/ ٣٥ - ٣٨).

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